CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
Devoirs des parents à l’égard de la Vocatiop Religieuse de leurs enfants
Les parents ont un rôle considérable à remplir vis-à-vis de la vocation religieuse de leurs enfants ; non parce qu’ils sont les juges de leur vocation, mais à cause de l’influence bienfaisante qu’ils peuvent exercer sur eux, soit dans leur formation première, soit dans les appuis qu’ils leur donnent au moment de la décision.
Il est juste de reconnaître que beaucoup d’enfants doivent leur vocation religieuse à leurs parents ; cette pensée demeure pour le reste de leur vie une de leurs plus grandes consolations. La formation religieuse reçue dès leur enfance au foyer familial, les encouragements au bien, les bons exemples, l’éloignement des occasions dangereuses, et tout cet ensemble de soins paternels et maternels destinés à inculquer des principes religieux et à orienter sans cesse dans la voie du devoir et de la vertu : voilà autant de bases d’attente capables ensuite de recevoir des obligations plus grandes et de porter les engagements sacrés de la vie religieuse.
Que les parents aient cette perspective devant les yeux, dans l’éducation de leurs enfants. Ils s’habitueront ainsi à entrevoir dans l’avenir les choix possibles de Jésus venant, à son heure, cueillir une fleur privilégiée au sein de la famille. D’avance, le sacrifice sera fait généreusement, car ils comprendront l’honneur que Jésus fait à des parents de se réserver pour Lui seul une âme que leur sollicitude Lui aura pieusement ornée et préparée.
Au lieu de s’attrister du départ de leurs enfants pour la vie religieuse, que les parents se réjouissent plutôt. C'est une source de bénédictions assurées pour eux et pour toute la famille ; car Jésus récompense admirablement ces dons précieux qui coûtent parfois tout le sang du cœur.
La pensée de faire le bonheur de leurs enfants et de leur assurer les moyens de parvenir à une plus grande perfection, doit les soutenir dans le chagrin de la séparation et les engager à faire généreusement tous les sacrifices qu’elle impose. Aucune considération d’intérêt personnel ne doit venir diminuer la valeur du sacrifice, et encore moins y mettre obstacle. Les enfants ne sont que prêtés aux parents ; Dieu conserve sur eux tous ses droits, et, s’il lui plaît d’en réclamer quelques-uns pour son service personnel, parents et enfants doivent mettre leur bonheur à correspondre à ses désirs.
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Des parents qui voudraient s’opposer à la vocation religieuse de leurs enfants, commettraient une grosse erreur et prendraient une lourde responsabilité, S’ils ont donné la vie corporelle à leurs enfants, cela ne leur confère pas le droit de s’ingérer dans leurs affaires spirituelles, au point de contrecarrer les desseins de Dieu sur leur âme.
Si, par une affection exagérée et mal entendue, ils cherchaient à les retenir auprès d’eux, ils s’attireraient infailliblement la terrible condamnation de Jésus, dans l’Evangile (Mat., x, 37) : « Qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi ».
Si, par un faux calcul, ils espéraient, grâce à cette infidélité à leur devoir de chrétien, jouir longtemps de leurs enfants, Jésus, pour les punir, pourrait les leur enlever inopinément par la mort ; et qui sait, peut-être, les châtier plus terriblement encore, en permettant que par leur inconduite ces enfants, étant lancés hors de leur voie, fassent le malheur et le déshonneur de la famille.
Quoiqu’il en soit des suites regrettables des vocations perdues par la faute des parents, il n’y a qu’à considérer les dangers sans nombre auxquels sont exposées les âmes dans le monde, pour comprendre l’aveuglement de ceux qui osent assumer une telle responsabilité. Saint
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Jean Chrysostome pourrait répéter avec plus de raison encore aujourd’hui ce qu’il écrivait de son temps : « Si nous connaissions un lieu qui fût malsain et sujet à la peste, n’en retirerions-nous pas nos enfants, sans nous laisser arrêter ni par la considération des richesses à acquérir, ni par la raison que leur santé n’a pas encore souffert et se conservera longtemps? Et maintenant qu’une contagion si dangereuse a tout envahi, non seulement nous sommes les premiers à les pousser dans le gouffre, mais encore nous chassons comme des imposteurs ceux qui les en veulent retirer ».
On a vu des parents déshériter leurs enfants, parce qu’ils entraient en Communauté, et se réjouir aveuglément lorsque ceux-ci leur revenaient par suite de l’infidélité à leur vocation. C’était un premier châtiment, préludant peut-être à un châtiment éternel. Telle est la pensée de saint Bernard, qui les apostrophe ainsi : « O parents cruels et impies ! Ou plutôt, parents qui n’êtes pas des parents, mais des assassins, vous que le salut d’un fils rend malheureux, et qui vous affligez de son bonheur. Vous préférez qu’il périsse avec vous, plutôt que de régner sans vous. Affreuse illusion ! La maison est en feu, les flammes l’ont envahie, et l’on interdit la fuite à qui veut en sortir... Quoi donc! si vous méprisez la mort éternelle pour vous, pourquoi voulez-vous
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aussi celle de votre fils ? Si vous négligez votre salut, que gagnez-vous à lui faire perdre le sien? »
Heureusement toutefois que ces exemples sont plutôt rares, et que les parents vraiment chrétiens favorisent la vocation de leurs enfants. Si ceux-ci les quittent, ils ne les perdent pas. Si la séparation est momentanée, elle n’est pas éternelle ; tout au contraire, elle assure un rendezvous perpétuel dans la Patrie. Si le sacrifice est grand, il est vite récompensé par les bénédictions du Seigneur. Si l'absence sépare les corps, les âmes se rapprochent et des liens surnaturels les unissent dans un même esprit de foi et dans un amour commun pour le Dieu qui couronne les parents par la sainteté des enfants.
Saint Bernard a raison d’adresser aux parents ces paroles consolantes : « Si Dieu fait de votre enfant le sien, que perdrez-vous? Et votre enfant, que perd-il ? De riche, il devient plus riche ; d’honorable, il devient plus noble ; de bonne renommée, il devient plus illustre ; et, ce qui est plus grand que tout cela, de pécheur, il devient un saint ».
Rien ne coûte à qui sait considérer toutes choses dans la lumière des vérités éternelles. Se séparer de ses enfants pour les offrir au Seigneur ; envoyer devant soi dans les asiles bénis de la vie religieuse des âmes qui ne cesseront de prier pour leur père et leur mère ; préparer pour
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les gloires éternelles des saints qui seront l’immortelle couronne des parents qui les auront donnés à Dieu ; s’unir dans la prière et la pratique des vertus aux enfants que Jésus leur a demandés en holocauste pour les confondre ensuite avec eux dans un même amour : n’est-ce point un idéal digne d’envie, capable de faire le bonheur et d’orienter vers la sainteté et les parents qui offrent et les enfants qui se donnent?
Parents chrétiens, donnez, donnez joyeusement vos enfants à Jésus. Il vous les rendra au ciel, pour être votre gloire et votre consolation. Les larmes que vous verserez sur leur séparation brilleront comme des diamants sur votre couronne, et tous les bienheureux vous béniront d’être les parents d’enfants devenus des saints et des gloires du Paradis.
Jésus Lui-même vous bénira et se fera en retour votre suprême récompense ; car lorsqu’il a promis aux enfants, qui sacrifient leurs parents pour Le suivre, « le centuple en cette vie et la vie éternelle en l’autre » (Mat., xix, 29), Il a fait implicitement la même promesse aux parents : le sacrifice de part et d’autre ayant droit à la même récompense. Ici-bas, le bonheur et la paix dans le devoir et la vertu ; là-haut, des joies ineffables sans fin dans la possession de l’objet de l’éternelle béatitude : Jésus !
TABLE DES MATIERES
Préface . i