‹ La Vocation ReligieuseChapitre 84 sur 105 · DEVOIRS DES PRÊTRES A L’ÉGARD DE LA VOCATION · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES PRÊTRES A L’ÉGARD DE LA VOCATION

religieuse ? Son apostolat ne peut se borner à une attitude simplement passive, où il donnerait des conseils quand on lui en demanderait ; mais, par amour de Jésus et par zèle des âmes, il est tenu de se préoccuper de cette grave question, selon sa situation et l’étendue de son ministère. Dans la direction et la confession, qu’il étudie les sujets et cherche à connaître les volontés divines sur eux ; qu’il prenne au besoin les devants, non pour presser aucunement sur les consciences, mais pour suggérer les pensées de vie religieuse et faire surgir des désirs, qu’il y aura lieu ensuite d’apprécier et d’orienter.

Pour un bon nombre d’âmes, ce sera le germe de la vocation déposé en elles, que la grâce fera ensuite croître et fructifier. Il est évident qu’il y a beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles qui n’ont jamais pensé à la vie religieuse, parce qu’on ne leur en a pas parlé, et qui y auraient trouvé leur vocation. A qui donc revient cet apostolat, si ce n’est au Prêtre ? En vérité, peuton être indemne de toute faute, lorsqu’on a sous la main un moyen si facile de faire du bien aux âmes et, pour plusieurs, de les sauver, et de ne pas s’en servir ?

On ne peut objecter que l’on n’ose pas devancer la grâce — ce en quoi l’on est louable, puisque le rôle du vrai directeur est de suivre la grâce et non de la précéder — mais ce n’est pas

la devancer que d'établir l'âme dans les conditions de la mieux recevoir, en lui en donnant une plus grande intelligence et en la disposant à mieux en profiter. Ce prétexte de réserve pourrait voiler parfois ou un manque de zèle ou une fausse conception de son devoir ; il est bon de s'en méfier. Il vaut mieux se dresser une ligne de conduite plus en harmonie avec les desseins miséricordieux de Jésus, qui, sans aucun doute, appelle beaucoup dames à la vie religieuse, mais qui compte sur le concours de ses chers Prêtres pour en appeler davantage.

Lorsqu'il s'agit de la jeunesse, n’attendons pas que les séductions du monde l'aient déflorée et que les passions l'aient entraînée dans la fange. Prenons les devants, montrons les joies pures de la vertu, faisons entrevoir les avantages immenses de la vie religieuse, inspirons des désirs de plus grande perfection, et faisons en sorte de mettre à l'abri tant de jeunes cœurs faits pour aimer Dieu et qui ne lui resteront peut-être fidèles que s’ils se donnent à lui sans partage.

Saint Thomas délimite clairement le rôle du directeur, lorsqu’il définit en quoi consiste la consultation du pénitent : « Celui qui songe à entrer en religion, dit-il, peut licitement consulter un homme prudent et examiner mûrement, non pour savoir s’il est bon d'entrer en religion, car il est certain que c'est une bonne

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chose, ni pour connaître s’il en a la force (morale), puisqu’il doit mettre sa confiance dans le secours de Dieu ; mais il peut délibérer sur ses infirmités corporelles, sur le poids de ses dettes, ou rechercher quel est l’Ordre (c’est-à-dire le genre de vie) qu’il doit embrasser de préférence».

Le champ d’action du Prêtre est assez vaste, puisqu’il a d’une part à seconder la marche de la grâce, et d’autre part à instruire l’âme de ses devoirs futurs et de la manière d’y conformer le plus possible sa vie présente, en la maintenant dans des vues surnaturelles, en l’aidant à surmonter les obstacles et en ravivant en elle un désir toujours plus ardent de tendre à la perfection.

Cet apostolat, le Prêtre, conscient de sa mission, l’accomplit d’abord dans la prière, en demandant à Jésus de l’assister, de l’éclairer et de lui accorder la grâce de faire son œuvre dans les âmes ; puis, en intercédant sans cesse en faveur de ses dirigés, pour qu’ils correspondent généreusement aux desseins de Jésus sur eux.

Dans les conseils qu’il est appelé à leur donner, il doit le faire avec une grande liberté d’esprit et de cœur, n’ayant en vue que le bien spirituel des âmes. Dès la première ouverture, il doit éclairer, encourager et appuyer l’action de la grâce, selon que le recommande Suarez :

« Il faut dire ouvertement la vérité à celui qui demande conseil. Celui que l’Esprit-Saint commence à mouvoir doit être aidé, soit afin qu’il reste ferme dans son projet, soit afin qu’il ne résiste pas à la grâce, mais que plutôt, par les prières et les bonnes œuvres, il obtienne une grâce plus abondante ».

Ce qui ne doit pas l’empêcher toutefois d’agir avec circonspection, et de s’appliquer à luimême la règle que saint Thomas prescrit aux Supérieurs de Communauté, avant de recevoir un sujet : « Ils doivent éprouver si celui qui se présente est mû par l’esprit divin ». Ce qui n’exclut pas davantage la prudence dont on peut user, dans certains cas, pour éprouver le sujet, selon le conseil qu’en donne saint Alphonse : « La prudence peut conseiller quelquefois de différer l’exécution, afin de mieux éprouver si la résolution est ferme et persévérante ».

Lorsqu’il s’agit du choix d’une Communauté, le Prêtre doit agir avec le même esprit surnaturel qu’à l’égard de la vocation elle-même. Nous en avons indiqué les règles générales dans le chapitre dix-neuvième.

Qu’il s’inspire des motifs essentiels de la vocation religieuse, qui sont la gloire de Dieu et la sanctification de l’âme, et il saura suivre délicatement les inspirations de la grâce et discerner

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le genre de vie ainsi que la Communauté qui correspondent le mieux aux dispositions et aux aptitudes de son dirigé.

A priori, et d'après saint Alphonse, le Confesseur doit se faire un devoir de ne pas conseiller d’entrer dans une Congrégation relâchée ; ce serait exposer une âme à faire un essai infructueux, ou peut-être à se perdre si elle persévère, car des âmes qui, dans l’état de perfection, sont infidèles aux grâces de leur vocation, compromettent leur salut éternel.

Il doit, autant que possible, se rendre compte par lui-même, des rapports favorables ou défavorables sur la Communauté en vue, afin de donner son avis en connaissance de cause ; en se rappelant toutefois que les appréciations diverses, et surtout malveillantes, sont parfois formulées avec une grande légèreté et sur de simples racontars sans fondement. Il serait regrettable, et préjudiciable à ces Communautés, que des Prêtres, faute d’examen, se montrassent partisans de ces jugements erronés qui n’ont que trop facilement cours.

Une dernière réflexion, qui éclaire et domine toutes les autres : la vocation religieuse est une des plus grandes grâces que Jésus puisse faire à une âme ; c’est au Prêtre qu’il appartient de l’inspirer, de la développer, de la fortifier, de la

diriger et de la conduire à sa pleine réalisation. C’est pour lui un honneur, un devoir, une consolation et une récompense. « Ceux qui engagent les autres à embrasser l’état religieux, dit saint Thomas, méritent une grande récompense». Récompense lumineuse et éternelle, d’après le prophète Daniel (xii, 3) : « Ceux qui en auront conduit plusieurs dans le chemin de la justice, brilleront comme des étoiles dans toute l’éternité ».

Heureux les Prêtres qui auront envoyé beaucoup d’âmes en Communauté ! Heureux les Ministres du Seigneur qui se seront faits les coopérateurs zélés des desseins miséricordieux de Jésus sur les âmes ! Heureux les « amis » du Sauveur Jésus qui auront travaillé à remplir les cloîtres, pour mieux peupler le ciel ! Les « âmes religieuses » seront là -haut leur plus belle couronne.

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