CHAPITRE QUATRIÈME
L'appel à la Vocation Religieuse est l'effet d'un choix complètement libre de la part de Jésus
Dieu se suffit à lui-même, et quand il opère une œuvre quelconque en dehors de lui, il le fait par pure bonté et parce que cela lui plaît. C’est dans ce sens que le Psalmiste dit : « Tout ce que veut le Seigneur au ciel et sur la terre, il le fait » (Ps. cxxxiv, 6).
Ce qui est vrai dans l'ordre de la nature, l'est également dans l’ordre de la grâce. Dieu n'est point tenu de donner sa grâce aux uns plutôt qu'aux autres, ni même de la donner plus abondamment parce qu’on l'aurait demandé et qu'on pourrait croire l'avoir méritée. La grâce ne nous fait jamais défaut, mais Dieu est libre de la départir à qui il lui plaît. « C'est par la grâce, dit saint Paul, que vous avez été sauvés ; et cela ne vient pas de vous, puisque c'est un don de Dieu » (Ephés., ii, 8).
Ce don de Dieu est précisément ce qui en fait la valeur; et c’est pourquoi le grand Apôtre ne
cessait d’exhorter d’être fidèle à la grâce. « Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t’a été donnée », écrivait-il à son disciple Timothée (I Tim., iv, 14).
Quand cette grâce prend le caractère d’une vocation, elle doit être doublement appréciée, parce qu’elle a des conséquences dans tout le reste de la vie, selon la générosité qu’on apporte à y être fidèle. D’où la recommandation de l’apôtre saint Pierre : « Efforcez-vous de plus en plus d’affermir, par vos bonnes œuvres, votre vocation et votre élection » (I Pier., i, 10).
Toute vocation, comme toute grâce, découle de Notre Seigneur Jésus-Çhrist. « Nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce » (Jean, i, 16). « Sa grâce a surabondé en nous » (Ephés., i, 8).
Mais saint Paul prend soin de nous prémunir contre toute ingérence dans le domaine de la grâce ; nous pouvons demander humblement la grâce d’une vocation, mais nous ne devons jamais oser nous en attribuer l’honneur, comme un bien dont nous serions les maîtres. « Nul, dit-il, ne doit se conférer l’honneur à lui-même, mais celui-là seul qui est appelé de Dieu » (Hébr., v, 4).
« Celui-là, dit dans le même sens saint Laurent Justinien, était appelé par Jésus-Çhrist, à qui il fut dit : Suivez-moi ; il a suivi Jésus-Christ parce qu’il était appelé par Lui. » « Si Dieu n’ap-
pelle, n’instruit et ne sauve, dit à son tour saint Prosper, nul ne peut venir, être instruit et sauvé. »
Le divin Maître nous a Lui-même donné sur ce point un enseignement formel. Après nous avoir dit que « l’Esprit souffle où il veut et que nous ne savons même pas d’où il vient et où il va » (Jean, iii, 8), comme pour nous faire bien comprendre que ses dons sont purement gratuits et que Lui seul en a la libre disposition ; Il nous montre, dans la parabole des ouvriers envoyés à la vigne, combien II se complaît dans les faveurs qu’il daigne octroyer aux âmes de son choix. « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux? Votre œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (Mat., xx, 1 5), reproche-t-il à celui qui trouvait à redire de ce que le compagnon de la onzième heure avait reçu autant que lui.
Mais quand il s’agît de la plus haute vocation qu’il y ait sur terre, celle de ses Apôtres, Jésus est plus explicite encore. La vocation de chacun des Apôtres est l’expression d’un choix manifeste, que les circonstances de l’appel rendent saisissant. Et comme s’il voulait graver profondément cette vérité dans leur esprit, il profite du moment des adieux, dans la dernière Cène, lorsqu’ils sont tous réunis autour de Lui, pour leur déclarer solennellement que c’est Lui seul qui
les a choisis et leur a donné leur mission : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis, pour que vous alliez et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jean, xv, 16).
Ces paroles, Jésus les adresse à toutes les âmes appelées à la vie religieuse. Leur bonheur, comme leur dignité, c’est d’avoir été choisies par Jésus Lui-même. Choix sacré et divin, qui réclame la fidélité et conduit à la sainteté.