DU RENONCEMENT ET DE L'ABANDON
Voilà comment l'àme qui désire faire des progrès solides dans les voies de la perfection doit se renoncer elle-même dans les choses les plus intimes et jusque dans l'impatience qui lui ferait rechercher son avancement selon la volonté plutôt que selon le bon plaisir de Dieu. C'est ainsi qu'après s'être longtemps exercée à cette abnégation généreuse , elle entre dans les voies de ce complet abandon d'elle-même entre les mains de Dieu qui n'en est que la conséquence, et qui consomme son union avec lui autant que cela se peut sur la terre.
En terminant ce chapitre, faisons une remarque importante, déjà indiquée en passant, et qui peut aussi s'appliquer au chapitre précédent : c'est que Ja doctrine qui y est exposée sur la purification des âmes par le renoncement et les dépouillements intérieurs que Dieu opère en elles, bien qu'elle puisse à un certain degré s'appliquer à toutes , dans la mesure du progrès spirituel auquel Dieu les appelle , ne trouve cependant réalisation complète que dans les âmes que Dieu sépare de la foule pour leur demander une perfection plus haute. C'est pour elles surtout que nous l'avons donné, quoique toutes puissent en tirer quelque profit, si elles en usent avec une humble docilité sous la direction de ceux qui sont chargés de les conduire et auxquels il appartient d'en régler l'application selon l'état et les besoins de chaque personne. Ce serait aller contre cette doctrine même que de s'en servir comme d'un prétexte pour s'attribuer tel ou tel état de progrès et tel degré d'avancement spirituel par un jugement que ne ratifierait pas le directeur, auquel il faut toujours en dernière analyse s'en rapporter, et de vouloir régler en conséquence soi-même sa conduite selon ses prétentions. Ce serait là une illusion périlleuse et dans laquelle l'amour-propre trouverait encore son