REMÈDE PRINCIPAL
taient pas de célébrer les saints mystères. Le pieuxabbé, l'ayant appris, lui dit un jour : Allez, mon frère, et célébrez la messe sur ma parole. Le disciple obéit, et les scrupules disparurent pour toujours. Dieu récompensa sa soumission en rendant la paix à son âme. Ah! dira un scrupuleux, et moi aussi, si j'avais un directeur qui eût la piété et les lumières de saint Bernard, je lui obéirais aussitôt; mais lorsque je considère le peu de lumières de mon confesseur, je n'ose lui confier mon salut et ma conscience. Mais, qui que vous soyez qui parlez ainsi, vous vous abusez; car ce n'est pas précisément à cause de la piété, du savoir et de la prudence de votre confesseur, que vous devez remettre votre âme entre ses mains, quoiqu'il soit bon de rechercher en lui, autant que possible, ces précieuses'qualités; c'est parce qu'il est établi pour vous réconcilier avec Dieu dans le sacrement de pénitence, et qu'il est dépositaire de son autorité : c'est pourquoi vous devez lui obéir non comme à un homme, mais comme à Dieu, qui vous commande par sa bouche. Souvent même cette obéissance rendue ainsi en esprit de foi sera d'autant plus agréable à Dieu et plus fructueuse pour vous, que celui à qui vous vous soumettez pour l'amour de lui mériterait moins votre confiance par ses qualités personnelles. Agir autrement, c'est se conduire d'une manière tout humaine : bien plus, c'est substituer au principe d'autorité, reçu dans l'Église catholique, le principe protestant du sens privé et de l'indépendance; c'est miter ces hérétiques qui ne veulent croire et taire que ce qu'ils jugent à propos, sans se soumettre à personne. Voilà certes un beau modèle à imiter pour des personnes qui font profession de piété !
« Terminons par ces paroles du P. Alvarez de Paz, si instruit dans les voies spirituelles : « Je suis assuré]
des scrupules : l'obéissance. 4-19
« dit-il, que tous les remèdes prescrits contre les scru- « pules ne serviront qu'à ceux qui seront soumis à « leur père spirituel, et qui se laisseront conduire par « ses ordres. Car, pour ce qui est des scrupuleux qui « ne se fient point à leur directeur, il est certain qu'ils « ne seront jamais guéris; et on doit les regarder comme « des malades dont la santé est désespérée, jusqu'à ce « qu'ils se soumettent à celui qui est chargé de leur <c conduite, qu'ils suivent en tout ses avis, et qu'ils « aient une véritable confiance en Dieu (1). » Cette soumission est un devoir que tous les théologiens sans exception imposent au scrupuleux comme une obligation rigoureuse pour lui. »
ARTICLE XII
Faire comprendre que c'est l'impression intime qui s'oppose à la docilité, qu'il faut soumettre (2).
Comme c'est l'impression intime que sentent les personnes scrupuleuses qui les rendent indociles, il faut leur bien faire comprendre que c'est cette impression même dont on leur demande le sacrifice, parce que c'est en elle que consiste le mal, et qu'elle rendra tous les conseils inutiles, si elle n'est immolée pleinement et sans réserve à la lumière d 'autrui.
Choisissez un guide, leur doit-on dire, dont vous estimiez assez la sagesse pour la préférer à la vôtre, mais
(1) Alvarez de Paz. S. J., de Vitâ spiritual], lib. I, part. III, cap. 12, de Victoria tentationum. — (2) On ne saurait trop insister, auprès des personnes scrupuleuses, sur cet article, qui contient le principe môme de leur guérison. Bien, dit Fénelon,.ne guérit tant du scrupule que de le forcer sans hésitation. Sans ce sacrifice des convictions qui semblent les plus évidentes à leurs yeux malades, lorsqu'elles sont en opposition avec l'obéissance, cette guérison est impossible; avec elle, elle est assurée. Tout est là, qu'elles choisissent.
420 REMÈDE PRINCIPAE : L'OBÉISSANCE.
ne rétractez pas ce choix en revenant à vous. Mettez sa raison à la place de la vôtre, au moins pour quelques moments, et essayez laquelle des deux vous rendra plus tranquilles. Ne vous écoutez plus : ou pour le moins ne vous écoutez pas seuls, puisque tout ce que vous vous êtes dit jusqu'ici n'a servi qu'à vous troubler (1). Et puisque vous ne pouvez éviter de craindre en agissant, préférez la crainte qui est jointe à l'obéissance à celle qui serait jointe à l'indocilité. Dieu bénira les premiers essais d'une humble soumission, et peut-être vous trouverez-vous si soulagés d'être déchargés de votre propre conduite, que vous éviterez de mettre un tel fardeau sur vos épaules.
« Il ne sert donc de rien à un scrupuleux d'alléguer, pour se dispenser d'obéir, la répugnance qu'il y éprouve, la persuasion intime et profonde qu'il commettrait un péché en faisant ce qu'on lui dit, persuasion qu'il appelle si mal à propos sa conscience. Non seulement il peut, mais il doit renoncer à cette prétendue conscience fausse et erronée, pour faire, sous l'obéissance de son directeur, tout le contraire de ce qu'elle lui demande; car «'est là, pour lui, prendre le parti le plus sûr, et môme, de l'avis de tous les théologiens, le seul parti qui soit dans l'ordre de la volonté de Dieu sur son âme, et qui puisse le conduire au salut. En agissant ainsi contre ses impressions craintives, il parviendra peu à peu à les détruire, et la paix se rétablira complètement dans son àme. En vain objecterait-il la maxime : qu'on ne doit point agir contre sa conscience; elle est ici, on l'a vu, ^ans application, ou plutôt elle se retourne contre luimôme : car sa véritable conscience, celle contre laquelle
(1) « Comme un hydropique, en buvant, augmente sa soif, un scrupuleux, en écoutant ses scrupules, les augmente, et le mérite bien. Le seul remède est de se faire taire. » !on.)