IG REMÈDE PRINCIPAL
ARTICLE XL
Bien/aire sentir la nécessité où Von est réduit de dépendre du conseil d'autrui.
11 faut surtout représentera celui qui est dominé par ses scrupules l'inévitable nécessité où il est de dépendre du conseil d'autrui, puisqu'il ne saurait se dispenser d'agir, ni s'en rapporter à ses propres lumières, qu'il est visible que Dieu lui en fait un devoir, en le mettant dans un état qui n'a point d'autre issue qu'une sincère docilité, et que cest aller directement contre son ordre que de vouloir se conduire par des lumières qu'il refuse, et non par les conseils qu'il leur substitue.
Que l'expérience du passé doit instruire pour l'avenir, puisque toutes les consultations précédentes ont été inutiles faute de soumission et de dépendance, et que c'est renoncer à la paix qu'on semble désirer avec ardeur, que de la chercher par une voie qui en a toujours éloigné, au lieu d'aller à elle par un chemin également sûr et abrégé, en aimant mieux obéir que raisonner
« Non, il faut qu'on le sache bien, il n'y a point d'autre parti à prendre pour sortir de ses scrupules que celui de la docilité aux avis de son confesseur. Mais pour mettre l'âme dans cette heureuse disposition, ce n'est pas assez de la désirer et de reconnaître le besoin qu'on en a : les plus indociles sont capables de cette velléité et de cet aveu : il faut encore, comme nous le dirons bientôt, faire céder l'impression du sentiment à la lumière de ses guides, substituer leur raison à la sienne, vaincre ses résistances par Leurs décisions; en un mot, donner sa démission de sa propre conduite, sacrifice bien dura l'orgueil, mais que l'humilité sait adoucir
des scrupules : l'obéissance. 417
« Ce n'est pas là la manière de penser et d'agir des personnes scrupuleuses. On fatigue sans cesse un directeur, on le consulte sur mille choses, il est vrai. Cependant on ne quitte pas pour cela ses petits entêtements, on continue de suivre ses préjugés; on se met en garde contre son guide, on s'imagine qu'il veut élargir le chemin du ciel outre mesure, on le soupçonne de relâchement; en un mot, on n'adopte ses décisions qu'autant quelles plaisent. Souvent, croyant trouver ailleurs plus de lumières, on porte ses doutes de tribunaux en tribunaux à différents confesseurs, comme ces malades inquiets qui consultent tous les médecins qu'ils connaissent, sans donner leur confiance à aucun. Rien de plus opposé à la paix de la conscience que ces interminables consultations; il ne faut à un pénitent qu'un confesseur, comme à un malade il ne faut qu'un médecin. Une telle conduite ne fait que multiplier les peines intérieures, rendre la confession onéreuse et dégoûter des sacrements. On s'éloigne ainsi d'autant plus de Dieu, qu'on paraît vouloir s'en approcher davantage : tristes effets d'une piété mal réglée et gâtée par la suffisance et l'entêtement. Malheur à vous, qui êtes sages et prudents à vos propres yeux, dit le Seigneur (1). Qu'on se soumette au contraire,'"qu'on se défie de son propre esprit, selon le conseil du Sage (2); qu'on impose silence à l'amour-propre, qui empêche de sacrifier sa manière devoir à celle de ses supérieurs, et l'on éprouvera la vérité de cet autre oracle : L'homme obéissant remporte la victoire (3). La paix sera le fruit de cette docilité, comme il arriva à un disciple de saint Bernard à qui ses scrupules ne permet-
(1) Vœ qui sapientes estis in oculis vestris et coram vobismetipsis prudentes! Is., v, 21. — (2) Ne innilaris piudcntite tua}. Prov. in, 5. — (3) Yir obotliens loriuetur viclorias. Prov., xxi, 28.