LA MÉDITATION PROPREMENT DITE
Nota. — Nous supposons toujours qu'on apporte à la méditation les diverses préparations éloignée , prochaine , et immédiate , que nous avons exposées plus haut.
La méditation est une application des trois facultés de notre âme à un sujet de piété pour nous porter vers Dieu et en devenir meilleurs. C'est donc un exercice de la mémoire, de l'entendement et de la volonté.
Exercice de la mémoire.
Il consiste à se rappeler brièvement et dans son ensemble le sujet qu'on a préparé, comme si on devait le raconter à une autre personne. Ensuite on revient sur le premier point, et après qu'on se l'est représenté, on pourra faire un acte de foi sur cette vérité ou sur ce mystère. La mémoire s'exerce aussi de temps en temps dans la méditation, toutes les fois qu'il est nécessaire de se rappeler quelque circonstance ou quelque chose analogue au sujet, pour avoir matière à de nouvelles considérations ou affections.
Exercice de l'entendement.
Il consiste dans la considération et dans l'application.
I. La considération se fait en réfléchissant sur ce qu'on doit croire, ou faire, ou éviter par rapport à la vérité ou au mystère qu'on médite ; sur les motifs d'uti-
lité, de nécessité, de justice, de facilité, etc., qu'on y trouve; sur les dommages qui nous en reviendraient si nous la négligions. On peut examiner quels avis on donnerait sur cette matière à son meilleur ami , ou ce qu'on voudrait avoir fait au moment de la mort. On passe ensuite à la considération de quelques motifs ou de quelques conséquences qui puissent toucher le cœur, de la même manière que si l'on voulait engager une autre personne à en venir à la pratique.
II. L'application est de deux sortes : l'une générale, l'autre particulière.
1° L'application générale se fait en considérant quelle conduite la plupart des hommes tiennent par rapport à cette vérité , et quel jugement nous portons nous-mêmes sur cette conduite. Nous nous ferons l'application de ce jugement, si nous nous trouvons être du nombre de ces aveugles. On doit prendre garde de s'arrêter trop longtemps sur cette application, et veiller à ce qu'elle ne donne pas lieu à des distractions.
2° Dans l'application particulière , on recherche avec soin quel cas on a fait d'une vérité aussi importante pour le salut; si on a coutume de régler sa conduite sur ce qu'elle enseigne, ou si on le néglige. Dans ce dernier cas, on considère en quoi, et quel tort on s'est fait par là; on en examine la cause, les motifs, etc.; on compare sa négligence avec l'ardeur des gens du monde pour acquérir les richesses, les honneurs, etc.; on tâche de prévoir ce qu'on aura désormais à faire ou à éviter.
Exerctce de la volonté.
La volonté, qui a coutume de suivre la conviction de l'entendement, produit différents actes dans la médita-
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don, et ces actes en sont la partie la plus noble et la plus essentielle.
I. La volonté excite de saintes affections analogues au sujet qu'on médite, à l'état et à la disposition actuelle de l'âme, et aux mouvements de l'Esprit-Saint.
Les affections les plus ordinaires sont : 1° de confusion et de douleur; 2° d'humilité ; 3° d'admiration; 4° de reconnaissance; 5° de défiance de soi-même; 6° de patience; 7° de résignation entre les mains de Dieu, pour faire, pour perdre, pour souffrir...; 8° de confiance dans la bonté divine et dans les mérites de Jésus- Christ; 9° d'offrande de soi-même; 10° de sacrifice de ce qui empêche ou retarde les progrès dans la vertu; li° de préparation pour subir les adversités qu'on peut prévoir; 12° de zèle ; 13° d'amour; 14° de conformité à la volonté de Dieu ; 15° d'abandon à la divine Providence. On se borne à celles qu'indique le sujet médité.
II. La volonté forme des résolutions fondées sur des motifs raisonnes. Il faut, 1° former une résolution générale ; 2° une ou deux résolutions particulières qui appliquent la résolution générale au besoin présent de l'âme; 3° on peut y ajouter une résolution plus pratique encore, qui roulera sur tel moyen à prendre pour mieux assurer l'exécution de la résolution particulière, surtout pour le jour présent.
III. La volonté produit aussi ce qu'on appelle le colloque de la méditation. On peut en faire un ou plusieurs , selon qu'on s'y sentira porté , surtout vers la fin de la méditation. Le colloque est un entretien familier et respectueux avec Dieu, dans lequel nous le louons, nous le remercions, nous nous offrons à lui, nous lui demandons quelques grâces, etc. Dans ces colloques, on prendra envers Dieu, tantôt la qualité de fils, tantôt
celle de serviteur, de malade, etc. Le colloque peut aussi s'adresser à Jésus-Christ, à la sainte Vierge, à un saint. On finit par un Pater et un Ave.
Récollection après la méditation.
Il faut 1° examiner un instant le bon ou le mauvais succès de la méditation, et voir la cause de ce dernier; se rappeler quelles lumières on a reçues, quelles impressions de la grâce on a éprouvées, quelles résolutions on a prises.
2° Offrir ses résolutions à Dieu, lui demander pardon, et implorer le secours de la sainte Vierge et des saints protecteurs.
3° On pourra choisir quelques-unes des principales réflexions ou affections pour former comme un bouquet spirituel. On se le rappellera de temps en temps dans la journée, pour se renouveler dans les dispositions que la grâce a inspirées pendant la méditation.
Exemple de la méthode proposée.
Un négociant apprend par un ami que telles marchandises sont à vendre en tel lieu (voilà la matière de la méditation qu'on prépare); sur cela rentrant en lui-même, se recueillant, se figurant même voir la chose de ses yeux (voilà la préparation prochaine, les préludes), il se rappelle que ces marchandises, qui ont telles qualités, sont à vendre en telle ville, à tel prix, etc. (voilà la mémoire); ensuite il considère les différents usages qu'on peut en faire, les motifs capables de l'engager à les acheter, les suites heureuses qu'aura l'achat, le gain qui en résultera, etc. (voilà l'entendement qui considère); il voit que plusieurs autres négociants ont déjà profité d'une si belle occasion ; qu'ils y ont gagné beaucoup, et il ne peut s'empêcher de les
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approuver (voilà l'application générale); il reconnaît que, par sa faute, il a négligé de découvrir plus tôt cette occasion, ou d'en profiter, puisqu'il avait de l'argent, ou qu'il pouvait s'en procurer; il considère quelle perte cette négligence lui a causée et comment il la réparera, comment il aplanira les obstacles, s'il y en a, quels moyens il emploiera, etc. (voilà l'application particulière) ; il se reproche sa négligence , il s'en repent, il se propose de la réparer sans délai, et conclut qu'il emploiera tant d'argent à acheter telle quantité de marchandises et de telle manière (voilà les affections et les résolutions générales et particulières). S'il expose son projet à un prolecteur ou à un ami, ce sera le colloque; enfin, il pourra examiner s'il a bien réfléchi sur cette affaire et confirmer ses résolutions (ce sera la récollection).
A la place du négoce, mettez une vérité de salut, un mystère, ou une vertu, etc., suivez la même marche que le négociant, en demandant cependant à Dieu sa grâce, et vous méditerez bien.
Cette comparaison prouve que tout le monde peut et sait méditer, et que la méthode proposée est conforme à la marche naturelle de l'esprit humain, et plus facile qu'on ne l'imagine souvent.
IIe MÉTHODE