‹ La Voie douloureuse [microforme]Chapitre 20 sur 21 · PM LL ME TRE RON D · texte numérisé non relu

PM LL ME TRE RON D

XIVème STATION :

La mise au tombeau.

Après l’embaumement du corps de Jésus, on le mit sur une civière de cuir recouverte d'une couverture, et Nicodème, Joseph, Jean et Abnadar eurent l'honneur de le porter.

Deux soldats avec des flambeaux marchaient en avant, car il fallut éclairer l’intérieur de la grotte du sépulcre, Ils marchèrent ainsi près de sept minutes, se dirigeant à travers la vallée, en chantant des psaumes, vers le jardin de Joseph.

Le cortège entra dans le jardin, devant le rocher ; alors on ouvrit la civière, et on enleva le saint corps sur une longue planche. La grotte, nouvellement creusée, avait été récemment nettoyée par les serviteurs de Nicodème, qui y avaient brûlé des parfums, La couche destinée à recevoir le corps était un peu plus large du côté de la tête que du côté opposé ; on y avait tracé en creux la forme d’un cadavre, en laissant une petite élévation à la tête et aux pieds. Les saintes femmes s’assirent à l'entrée du caveau. Les quatre hommes y portèrent le corps du Sei-

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gneur, remplirent encore d'aromates une partie de la couche creusée pour le recevoir, et y étendirent un drap sur lequel ils placèrent le corps. Ils lui témoignèrent encore leur amour par leur larmes ét leurs embrassements et sortirent du caveau. — Alors la Sainte Vierge y entra ; elle s’assit du côté de la tête et se pencha en pleurant sur le corps de son divin Fils. — Quand elle quitta la grotte, Madeleine s'y précipita ; elle avait cueilli dans le jardin des fleurs et des branches, qu’elle jeta sur Jésus ; mais les hommes l'ayant àvertie qu'ils voulaient fermer le tombeau, elle revint auprès des saintes femmes.

La grosse pierre destinée à fermer le tor2beau était très pesante, et ce ne fut qu'avec des pieux qn'ils purent la rouler devant la porte.

Les Sept Paroles de Jésus en croix.

Lorsque les archers eurent mis les larrons en croix, ils vomirent encore quelques injures contre le Sauveur, et se retirèrent. Les soldats de garde faisaient le tour de la plateforme et se moquaient aussi de lui en disant : Situ es le roi des Juifs, sauve-tot maintenant toi-même ! Quelques instants après, Jésus

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— SI — A I EE tomba en faiblesse : alors un soldat mit au haut d’un bâton une éponge trempée de vinaigre et de fiel et la présenta aux lèvres de Jésus qui sembla y goûter .… Ensuite Jésus leva un peu la tête et dit: Mon Père, par-.

donnez-leur, car 1ls ne savent ce qu'ils font ! Puis il continua à prier en silence.

Dismas, le bon larron, fut profondément touché lorsque Jésus pria pour ses ennemis.

Quand Marie entendit la voix de son Fils, rien ne put la retenir : elle se précipita vers la croi::, suivie de Jean ; elle se sentit aussi fortifiée par la prière du Sauveur. Dismas dit à son compagnon qui injuriait Jésus : V’as-t donc pas la crainte de Dieu, toi qui es condamné au même supplice ? Quant à nous, cest avec justice, mais celui-ci n'a rien fait de mal. Songe à ta dernière heure et convertis-toi / Dismas reçut à cette heure la grâce d’un profond repentir.

Il était environ midi et demie lorsque tout à couple ciel s’obscurcit et les étoiles se montrèrent, jetant une lueur sanglante. Une terreur général s’empara des hommes et des animaux : les bestiaux tremblaient et s’enfuyaient ; les oiseaux s’abattaient en foule sur les collines qui entouraient le Calvaire ; on pouvait les prendre avec la :naïin. Ceux qui

injuriaient Jésus baissèrent le ton ; tout le

€ RE A A A TR NE monde avait les yeux levés vers le ciel. Plusiœurs personnes frappaient let " poitrine en disant: Queson sang retomlesur ses meurtriers!

Beaucoup se jetèrent à genoux, implorant leur pardon, et Jésus, dans ses douleurs, tourna les yeux vers eux. Commeles ténèbres s’accroissaient et que la croix était abandonnée de tous, excepté de Marie et des plus chers amis du Sauveur, Dismas, qui était plongé dans un profond repentir, leva la tête vers Jésus avec une humble espérance et lui dit:

Seigneur, pensez à mot quand vous serez dans votre Royaume! Jésus lui répondit : Zn vérité, je te le dis, tu seras aujourd’'hut même avec moi en paradis]

La Mére de Jésus, Madeleine et saint Jean se tenaient entre la croix du Sauveur et celles des larrons et regardaient Jésus. La Sainte Vierge, dans son amour de Mère, priait 1intérieurement pour que Jésus la laissât mourir avec lui. Alors le Sauveur la regarda avec une ineffable tendresse, puis 1l tourna les yeux vers Jean, et dit à Marie : Femme, voilà votre

fils. Puis il dit à saint Jean : Vos/à fa mère.

La Sainte Vierge fut tellement accablée de douleur à ces dernières dispositions de son Fils, qu’elle tomba sans connaissance dans les bras des saintes femmes qui l’emporterent à quelque distance.

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Qu'on ne s'étonne pas que Jésus donnæ saint Jean pour fils à celle que l’ange salua en l’appelant Pleine de grâce, parceque le nonv de Jean est un nom qui signific /a grâce.

Jean était devenu un enfant de Dieu, et le Christ vivait en lui. On sent aussi que Jésus, en la donnant pour mère à Jean, la donne pour mère à tous ceux qui croient en son nom.

Le calme régnait autour de la croix, d’où tout le monde s'était éloigné. Le Sauveur était absorbé dans le sentiment de son profond délaissement ;se tournant vers son Père céleste, 1l priait avec amour pour ses ennemis. Je vis des anges autour de lui. Jésus:

souffrit tout ce que souffre un hommeaffligé, plein d’angoisses, délaissé de toute consolation divine et humaine... Cette douleur ne:

saurait s'exprimer... Ce fut alors que Jésus: nous obtint la force de rés'ster aux plus extrêmes terreurs du délaissement, quand tous les liens se brisent, quand tous nos rapports avec le monde, avec cette terre, avec l’existance d'ici-bas vont cesser, et qu’en même temps les perspectives que cette vie nous ouvre sur une autre vie se dérobent à nos regards. Jésus conquit pour nous sur la croix.

les mérites de la persévérance dans la lutte suprême. Il offrit pour nous sa misère, sæ pauvreté, sa souffrance, son ab:ndon : ausss

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homme uni à Jésus dans le sein de l’Église, ne doit-il jamais désespérer à l’heure supréme, quand tout s’obscurcit, que toute lumiére et toute consolation disparaissent. Il n’y a plus pour les chrétiens de solitude, d’ai indon, de Gésespoir dans les approches de la mort ; car lésus, qui est la lumière, la voie et la vérité, a descendu ce sombre chemin, y répandant les bénédictions : et il a planté sa croix dans ce désert pour en surmonter les terreurs.

Jésus laissé sans secours, réduit au dernier degré de l'abandon et de la pauvreté, s’offrit lui-même comme fait l'amour : il fit de son délaissement même un riche trésor : car il s'offrit, lui et toute sa vie, avec ses travaux, son amour, ses souffrances et le douloureux sentiment de notre ingratitude. Il fit son testament devant Dieu, et donna tous ses méri-

tes à l'Église et aux pauvres pécheurs ;iln’en

oublia aucun.

Dans sa douleur, 1l témoigna son délaissement par un cri, et permit ainsi à tous les affligés qui reconnaissent Dieu pour leur père, une plainte confiante et filiale. Vers trois heures, 1] s'écria à haute voix : £Zr, Eli, lamma sabachtani ! ce qui veut dire : on Dieu, snon Dieu, pourquot m'avez abandonné !

Lorsque Marie entendit la voix de son Fils,

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rien ne put la retenir : elle revint au pied de la croix, suivie de Jean, de Madeielne et de Salomé. Vers les trois heures, la lumière revenait un peu, et le corps du Sauveur se voyait de plus en plus livide, épuisé à cause de tout le sang qu'il avait perdu. Jésus était dans les défaillances de l’agonie, sa langue était desséchée, et 1l dit : /'az soif. Alors ses amis offrirent de l’argent aux soldats pour lui donner un peu d’eau, ce qu'ils ne firent pas ; mais l’un d'eux trempa une éponge dans du vinaigre, l’assujettit au bout de sa. lance et l’éleva jusqu'à la hauteur de la bouche du Sauveur.

L'heure du Seigneur était venue ; il luttæ avec la mort, et une sueur froide jaillit de ses membres. Jean se tenait au bas de la croix et essuyait le’: pieds de Jésus avec son suaire. Madeleine, prisée de douleur, s’appuyait derrière la croix. La Sainte Vierge se tenait debout entre son divin Fils et le bon larron, soutenue par Salomé, et elle regardait mourir son Fils. Alors Jésus dit : Zout est consommé ! Puis il leva la tête et cria : #on Père, je remets mon âme entre vos mains ! Ce fut un cri doux et fort qui pénétra le ciel et la terre ; ensuite il pencha la tête et rendit l'esprit. Ses lèvres livides et contractées s’entrouvrirent et laissèrent voir sa langue en-

— 56 és A A A I A sanglantée. Ses yeux pleins de sang restérent à moitié ouverts, ses genoux s’affaissèrent et plièrent du même côté.

Alors les mains de sa Mère se raidirent, ses yeux se couvrirent d’un nuage, elle devint pâle comme la mort ; ses oreilles cessèrent d'entendre, ses pieds chancelèrent, et elle s’affaissa sur elle-même. Jean et les autres tombérent aussi, la face voilée, et ne pouvant plus résister à leur douleur. Lorsque la plus aimante, la plus désolée des mères, relevée par ses amis, leva les yeux, elle vit le corps de son Fils conçu dans la pureté par l’opération du Saint Esprit, la chair de sa chair, l'os de ses os, le cœur de son cœur, elle le vit privé de toute beauté, de toute forme ; séparé de sa très sainte âme ; brisé, maltraité, défiguré, mis à mort par les mains de ceux qu'il était venurelever. Hélas ! il était là semblable à un lépreux, suspendu à la croix entre deux voleurs ! Qui pourrait peindre la douleur de la Mère de Jésus, de la Reine des amartyrs ?...

Ouverture du coté de Jésus.

Le silence et le deuil régnaient sur le Go!gotha. Le peuple, saisi de frayeur, s'était dispersé ; Marie, Jean, Madeleine et les saintes

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ee se tenaient debout ou assises en face de la croix, la tête voilée et pleurant. Le ciel était sombre et la nature semblait en deuil.

Les archers arrivèrent bientôt avec des échelles et des cordes pour rompre les jambes des crucifiés. Lorsqu'ils s’approchèrent de la croix, la sainte Vierge éprouva de nouvelles angoisses à la pensée qu'ils allaient encore outrager le corps de son Fils, Un officier appelé Longin reçut une inspiration soudaine, Ii saisit sa lance et dirigea vivement son cheval vers la petite élévation où se trouvait la croix ; alors, prenant sa lance à deux mains, il l’'enfonça avec tant de force dans le côté droit du Sauveur, que la pointe alla traverser le cœur et ressortit un peu à gauche.

Quand il la retira, 1l sortit de la blessure du côté droit une grande quantité de sang et d’eau, qui arrosa son visage comme un fleuve de salut et de grâce. Il s’agenouilla, frappa sa poitrine et confessa humblement Jésus en présence de tous les assistants.

La sainte Vierge et ses amis virent avec angoisse l’action de cet homme ; elles se précipitèrent vers la croix en poussant un cri.

Marie tomba évanouie, comme si la lance eût traversé son propre cœur. L'eau et le sang coulèrent abondamment du côté du Sauveur et s'arrêtèrent dans un creux du rocher : on

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