LES QUATORZE STATIONS
Et Jésus, portant sa croix, alla au lieu appelé Calvaire, nous dit saint Jean. Les premicres fois qu'on lit la Passion, on sent son cœur brisé et ses yeux mouillés de larmes ; c’est qu’en effet, il y a dans ce simple récit quelque chose de si touchant
que, pour ne pas s'attendrir, il faudrait un cœur
dur comme la pierre. Mais suivre Jésus portant sa croix, dans la ville même de Jérusalem, parcourir les mêmes rues qu'il parcourut, suivi d’une populace effrénée ; suivre les traces de ses pas qui, alors, furent marquées de son sang ; s'arrêter aux mêmes
endroits où il s'arrêta, chargé de sa croix, recueillir
et méditer, sur cette voie douloureuse, tous les souvenirs qu'il à laissés, ce n’est plus un récit touchant. qui fait pleurer, c’est un drame sanglant qui
; se déroule deyant yous, et dont les divers actes qui
passent successivement sous vos - yeux, - viennent tour à tour remuer la sensibilité de votre âme, jusqu'a ce qu’elle soit frappée comme d’un coup de foudre, lorsque le dénouement arrive sur le Calvaire, lorsque la croix apparaît, supportant sur ses bras la victime immolée pour le monde. Je ne sais comment retracer les impressions que j'ai érrouvées. Nous allons suivre les diverses stations, telles qu’elles sont marquées dans l'exercice ordinaire du Chemin de la Croix ; supprimons tout ce qui serait étranger aux lieux actuels.
A Première station.
De la maison de Pilate au Calvaire, on compte environ mille trois cent vingt pas. La première station devrait se faire dans la caserne turque,
au lieu même où Pilate, siégeant sur son tribunal,
condamna Jésus ; mais, comme l'entrée n’en est pas
toujours accessible, on se place auprès de l’emplace-”
ment de la scala santa, marqué dans le mur de la caserne par la trace d’un escalier. Le péter s'agenouille, dans la rue en face de l'endroit où J Due fut condamné, et il peut méditer à loisir sur l'iniquité de ce jugement et adorer celui qui a racheté le monde par sa sainte croix. Il n'a pas à craindre les insultes et les moqueries des passants qui respec-
tent sa foi. Les riches et les savants fléchissent là
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