CHAPITRE PREMIER
PLACES PUBLIQUES
Parvis Notre-Dame. — Place de Grève. — Place du Carrousel. — Place du Trône. — Place de la Concorde. — Place de l’Etoile. — Place du Châtelet. — Place des États-Unis. — Place duTrocadéro. — Place de l’Alma. — Esplanade des Invalides. — Places situées dans la périphérie. — Place de la Roquette.
Le luxe d’interrompre la monotonie des rues étroites et obscures par de vastes espaces sans maisons et plantés d’arbres est un sentiment très moderne. Non pas que le vieux Paris n’ait pas eu de places; mais elles étaient très différentes de celles que l’on a imaginées plus tard ; c’étaient, dans presque tous les cas, des carrefours ornés d’une croix et pourvus d’une fontaine, dessinés suivant le hasard irrégulier des rues qui y aboutissaient. La place Maubert, si modifiée pourtant de nos jours, et devenue presque symétrique, en est un exemple frappant, en ce sens qu’elle se prolonge sous la même dénomination par un étroit couloir à peine large de io mètres, jusqu’à la rue des Grands-Degrés, c’est-à-dire presque jusqu’à la Seine (pl. 3i).
Au reste, les gens du moyen âge n’avaient pas du tout la même conception que nous de la beauté des villes ; à leurs yeux,
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les monuments seuls et surtout les églises la constituaient; encore ne songeaient-ils aucunement à les mettre en valeur par l’isolement ou la perspective : les plus belles églises étaient enveloppées de maisons qui les cachaient au regard : telles Saint- Séverin, Saint-Merri, et bien d’autres.
On doit faire une exception pour le Parvis Notre-Dame. Dans le premier chapitre de ce livre nous l’avons montré déjà existant au vie siècle, devant l’église primitive à laquelle a succédé Notre-Dame, et bordé par des boutiques de marchands. Le Parvis, — dont le nom vient incontestablement do paradisus, paradis, — fut toujours maintenu et même agrandi au moyen âge, sans doute en vertu du prestige propre aux églises cathédrales. On ne craignait pas, d’ailleurs, de l’affecter parfois à des usages profanes, car depuis le xve siècle, au moins, jusqu’en i8i3, ce fut le siège de la Foire aux jambons, appelée alors Foire au lard.
Dans son état actuel, depuis la translation des bâtiments de l’Hôtel-Dieu de la face sud à la face nord du Parvis, en 1878, Fespace ménagé devant la cathédrale se trouve trop grand : l’admirable édifice en est rapetissé, par suite de l’étendue de la perspective, mais il faut convenir que l’emplacement se prête on ne peut mieux au déploiement de cortèges solennels, et ce lui est un mérite.
Plus populaire encore que le Parvis fut la Place de Grève. Elle existait, on l’a vu (p. 6), pour le moins dès le xne siècle, c’est-à-dire bien avant que l’Hôtel de Ville ne vînt en border une des faces, en i35y. C’était, — et c’est encore le véritable forum parisien. « Cette place, écrit sèchement l’excellent historien Jaillot, sert ordinairement pour les fêtes publiques, pour le feu delà Saint-Jean et pourl’exécution des criminels. » C’est là, en effet, qu’après et avant bien d’autres, la Brinvilliers fut