BOULEVARD SÉBASTOPOL
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pendue et brûlée vive, le 16 juillet 1676. On se rappelle la fameuse lettre de Mma de Sévigné écrite le lendemain de l’exécution : « Enfin, c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air... »
Puis, ce fut, pendant la Révolution, la sinistre lanterne destinée aux aristocrates, puis encore la guillotine, qui y fonctionna jusqu’en i83o, pour passer de là à la barrière Saint-Jacques; enfin, l’émeute du 3i octobre 1870 est le dernier incident dramatique dont la place ait été le théâtre. Aujourd’hui, heureusement, quand elle est envahie par la foule, ce n’est plus qu’aux jours de fête. Il est regrettable qu’elle ait quitté son nom historique pour prendre celui, bien banal, de place de l'Hôtelde-Ville, en 1806.
Paris n’a pas connu de places artistiques avant le xvne siècle. C’est alors que furent créées, avec la majesté qui s’imposait à l’architecture, les places des Vosges, des Victoires et Vendôme, dont nous avons parlé, et qui n’ont pas varié dans leur ordonnance d’ensemble.
La Place du Carrousel date du même siècle, mais combien différente de ce quelle est devenue! Le vaste espace, — surtout à cette époque-là, — compris entre la façade des Tuileries et le pavillon de l’Horloge du Louvre était, pour la majeure partie, occupé par des rues, des hôtels, des églises et des maisons solides. Devant le palais même des Tuileries, régnait cependant un terrain non bâti. En 1662, Louis XIV le fit niveler en vue d’un brillant tournoi ou carrousel , d’où le nom conservé depuis à cette partie de la place actuelle.
Napoléon Ier, qui a tant préparé l’achèvement du Louvre, avait rêvé sinon de dégager complètement les deux palais, au moins d’améliorer considérablement l’aspect de la place, indigne d’un tel voisinage. Il y fit percer une rue, la rue Impériale, parallèle au cours de la Seine et à la rue de Rivoli. Ce
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n’était qu’une demi-mesure. Le second Empire réalisa complètement le projet de dégagement et fit du Carrousel une place incomparablement belle. Les incendies de 1871 n’ont, malheureusement, que trop ajouté à ce dégagement en dévorant le palais des Tuileries. Si toutefois quelque chose peut nous consoler de la destruction du chef-d’œuvre de Philibert Delorme et de Bullant, c’est l’admirable perspective ouverte désormais entre le Louvre et l’Arc de triomphe.
Elle ne fut pas créée avant 1884, date à laquelle disparurent les dernières ruines du palais. On commença par percer la rue des Tuileries, qui rend tant de services aux relations entre le faubourg Saint-Germain et le quartier de la place Vendôme. Puis, en 1889, fut planté le coquet parterre à la française, habilement remanié en 1906, établi sur l’emplacement même des bâtiments démolis. Enfin, tout récemment, le disgracieux plateau ovale, nu et caillouteux, qui occupait le centre de la place du Carrousel, vient de se transformer en un autre parterre de verdure, du meilleur effet. Les idées les plus simples sont les plus longues à venir.
La Place du Trône est contemporaine de celle du Carrousel, plus ancienne même, puisqu’elle date de 1660. Louis XIV revenait d’Espagne, ramenant la jeune infante Marie-Thérèse qu’il venait d’épouser. Bien que le faubourg Saint-Antoine ne fut pas le chemin des provinces du Midi, c’est à cette entrée de la ville que la municipalité organisa la réception des souverains. La place fut alors dessinée et un trône monumental installé à son centre. Plus tard, le roi commanda à Perrault, l’architecte de la Colonnade, un arc de triomphe destiné à commémorer ce souvenir des débuts de son règne, mais l’œuvre ne fut faite qu’en maquette et détruite sous Louis XV. A trois reprises depuis, la place reçut des motifs de décoration dont il sera traité à leurs
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chapitres respectifs : d’abord les barrières et les colonnes édifiées par Ledoux en 1788; puis, les statues de Philippe-Auguste et de saint Louis, juchées en haut des colonnes, sous Louis- Philippe; enfin, le Triomphe de la République, de Dalou. Et depuis 1880, l’ancienne place du Trône, — « place du Trône-Renversé sous la Révolution », — est devenue la place de la Nation.
Par son plan, par son dessin, par les magnifiques hôtels de Gabriel, la place de la Concorde appartient sans conteste à l’ancien régime et au règne de Louis XV. Néanmoins, sa parure actuelle ne date que de Louis-Philippe. Parure est-il bien le mot qui convient ? A la vérité, cette place, que l’on donne communément comme « la plus belle du monde », doit plutôt sa splendeur au cadre dans lequel elle est située, et à ce qui lui est extérieur, en quelque sorte, qu’à sa propre décoration. Ce qui la rend surtout admirable, c’est l’harmonie de ses points de vue : à l’Ouest, les Champs-Elysées avec la perspective grandiose de l’Arc de triomphe ; en face, le jardin des Tuileries; au Nord, la rue Royale et la Madeleine; au Sud, le pont de la Concorde, la majestueuse façade du Palais-Bourbon, les flèches de Sainte-Clotilde.
Quant au vaste terre-plein ainsi merveilleusement encadré, il a reçu une ornementation fort hétéroclite, laquelle heureusement, en raison même de l’espace, ne choque pas parce qu’elle est peu apparente. L’obélisque sera décrit plus loin ; mais il faut convenir que ce monument si antique n’est guère à sa place entre des fontaines italiennes, élégantes d’ailleurs, des colonnes rostrales et des balustres qui n’ont pas de style. On s’explique mal aussi pourquoi les huit statues des principales villes de France, œuvres de Pradier, Petitot, Cortot et Callouet, sont là plutôt qu’ailleurs. Ces statues sont celles de Strasbourg (hélas!), Bordeaux, Brest, Lille, Lyon, xMarseille, Nantes et Rouen. C’est Hittorff qui avait été chargé du soin
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difficile de décorer la place de la Concorde. Il s’y appliqua de son mieux, entre 1 836 et 1 838 . Il fut d’ailleurs un architecte de talent, et l’a prouvé dans la construction de l’église Saint- Vincent-de-Paul et de la gare du Nord.
A l’autre extrémité des Champs-Elysées, la place de L’Étoile offre une superbe réplique à celle de la Concorde. De proportions plus régulières, plus harmonieuses même que celle-ci, elle n’a pour toute décoration qu’un monument, mais si imposant qu’il ne peut y être que seul. Dès le xvme siècle, il y avait, sur cette hauteur, un carrefour de routes plutôt amorcées qu’ouvertes, que l’on nommait l’Étoile. Lorsque se réalisa le grand projet de joindre la place de la Concorde au nouveau pont de Neuilly, au commencement du règne de Louis XVI, il fallut, ainsi que nous l’avons dit, aplanir la butte de l’Étoile pour y amener par des déclivités accessibles les deux avenues des Champs-Élysées et de Neuilly (il n’était pas encore question d’avenue de la Grande-Armée). Peu après, en 1788, la place ainsi formée reçut l’ornement de deux pavillons de barrières construits par Ledoux et qui étaient situés à peu près à hauteur des rues de Presbourget de Tilsitt; plus tard, y vint notre glorieux Arc de triomphe ; mais la place, dans sa configuration actuelle, ne date que du second Empire.
Ce fut une conception d’Haussmann, et il la revendique avec orgueil : « Cette belle ordonnance, dit-il dans ses Mémoires , que je suis très fier d’avoir su trouver, et que je considère comme une des œuvres les mieux réussies de mon administration, apparaît dans son ensemble comme sur un plan, du haut de l’Arc de triomphe, où montent beaucoup plus d’étrangers que de Parisiens. »
Les Parisiens ont tort, en effet, de négliger trop ce panorama, qui donne de leur ville le plus merveilleux, le plus incom-
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parable des aspects. Sur la place, dont le rayon est de 1 20 mètres, débouchent douze avenues, dont huit, inscrites deux par deux entre les quatre autres qui se croisent à angle droit, arrivent obliquement, mais de façon à ce que chacune d'elles ait sa part de perspective du monument, autour duquel est ménagé un très vaste espace. Tout alentour, de beaux hôtels particuliers, symétriquement construits, dans le style de petits palais, s’élèvent à une hauteur rigoureusement limitée à i 5m,5o ; chacun d’eux est précédé d’un jardinet d’une profondeur de 16 mètres et clos de grilles dont le dessin est également uniforme.
Le préfet de la Seine s’applaudissait d’avoir imposé à ces édifices une issue par derrière et avait, à cet effet, ménagé autour de la place une voie circulaire (rues de Presbourg et de Tilsitt) qui dans sa pensée devait favoriser aussi le dégagement des abords de l’Arc de triomphe. L’événement lui a donné doublement tort : d’une part, ces deux rues ne sont que rarement empruntées par les voitures, et, d’autre part, ce qui est bien plus grave, les immeubles qui les bordent se sont, depuis peu exhaussés outrageusement au-dessus des hôtels auxquels ils font vis-à-vis, prenant par ce moyen vue sur la place dont ils détruisent partiellement l’aspect si harmonieux. Et l’administration désarmée n’a pu opposer la moindre clause prohibitoire.
Bien que créée dès le commencement du xixe siècle, lors de la démolition du Grand Châtelet, que les bons esprits regrettent, la place du Châtelet doit également sa physionomie actuelle au second Empire, quand furent ouverts les deux boulevards constituant la croisée Nord-Sud du centre de Paris. Elle occupe le plus gracieux des cadres, grâce surtout aux perspectives placées hors de ce cadre : la Seine, le Palais de Justice, le Tribunal de commerce, la Tour Saint-Jacques. Cependant, les deux théâtres
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qui limitent ses faces Ouest et Est y font très bonne figure, ainsi que, entre ces deux édifices, la fontaine du Palmier, une vieille amie des Parisiens, qui ne se consoleraient pas de sa disparition.
Il est bien d’autres places encore qui auraient droit à un mot d’éloge, mais cet éloge s’adresse mieux au monument qui les décore qu’à elles-mêmes. Tel est le cas de la place de la Bastille et de celle de la République, si populaires et si animées toutes deux, centres de rassemblements pour les jours de fête, — même au besoin, d’émeute. Toutes deux, — la première surtout, ont été irrégulièrement construites, au hasard du temps, puis transformées, élargies avec un trop faible souci de l’harmonie.
Combien charmante, en revanche, est l’aristocratique place des Etats-Unis, etcombien elle diffèreparleton des deux dernières que nous venons de citer ! (PI. 33.) En 1866, les réservoirs qu’alimentait la pompe à feu de Chaillot ayant été transférés au sommet du coteau, l’espace qu’ils laissaient libre, et où l'on avait songé à reconstruire l’église paroissiale de Chaillot, devint finalement la place Galilée. En 1875, on la nomma place deBitche; elle a reçu son nom actuel en 1881, à titre d’hommage envers la grande République amie d’Amérique. C’est, à la vérité, un square plutôt qu’une place, car un aimable jardin anglais en occupe tout le centre. Les rues environnantes sont habitées, pour la plupart, par la colonie américaine.
Non loin d’elle, la place du Trocadéro — ancienne place du Roi-de-Rome, — est aussi une des belles parures du xvie arrondissement. Son dessin n’est pas d’une régularité parfaite, cependant, et la haute autant qu’étrange façade du palais masque totalement l’un des plus beaux points de vue qui soient, et dont on jouirait sans elle. De plus, sa face Ouest est bordée par le mur d’un cimetière, l’ancien cimetière communal de Passy , et, pour une place aussi riante, c’est un lugubre voisinage ;
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