CHAPITRE III
TOURS ET COLONNES
Fragments d'une tour de la Bastille. — Tours de la Conciergerie. — Tour de Jean- Sans-Peur. — Tour Saint-Jacques. — Tour du Vertbois. — Tour du Prévôt. — Tour Eiffel. — Colonne astronomique de Catherine de Médicis. — Colonne Vendôme. — Colonne de Juillet.
L’histoire a cle singulière ironies. Lorsqu’au lendemain du 14 juillet 1789, les Parisiens s’employaient avec tant de ferveur à démolir la Bastille, pierre à pierre, ils n’imaginaient pas que, cent dix ans plus tard, leurs arrière-petits-fils, retrouvant par hasard quelques vestiges de la forteresse abhorrée, se feraient un devoir de les restaurer et de les mettre en honneur.
Au mois de janvier 1899, les terrassiers qui creusaient le tunnel de la ligne métropolitaine n° 1 , arrivés à peu près à hauteur de la rue Castex dans le sous-sol de la rue Saint-Antoine, se heurtèrent à d’importantes substructions de forme circulaire. Les archéologues aussitôt informés accoururent ; ils constatèrent sans beaucoup de difficulté que l’on était en présence de la base d’une des huit tours de la Bastille, datant de 1370 environ, et l’identifièrent avec la tour dite de la Liberté. (PL 3q). Ce vocable paraît une antiphrase, s’appliquant à une prison comme la Bastille. Il n’en est rien : la tour de la Liberté était réservée aux prisonniers qui avaient droit à quelques libertés, notamment celle de se promener dans les cours pendant une heure ou deux, chaque jour.
130 LE DÉCOR DE LA VOIE PUBLIQUE
Que faire de cette trouvaille? On déclara d’un commun accord qu’elle devait être respectée et reconstituée. Il était impossible, malheureusement, delà rétablir sur son emplacement même, l’intensité de la circulation dans la rue Saint-Antoine s’y opposant. Une inscription placée dans le tunnel du Métropolitain, — et que personne ne voit, d’ailleurs, — indiqua le point précis de la découverte. Puis, avec le plus grand soin, les pierres numérotées, étiquetées, furent transportées à l’endroit choisi pour la reconstitution, à savoir au carrefour formé par l’intersection du boulevard Henri IV et du quai des Célestins, c’est-à-dire à sept cents mètres environ du lieu où s’élevait la Bastille.
On a bien fait de conserver ce petits tas de pierres superposées, qui évoquent tant de souvenirs. En outre, au point de vue technique, elles constituent un intéressant témoignage des procédés de construction et des matériaux en usage au xive siècle. Mais en même temps, elles inspirent une fois de plus le regret que les vainqueurs du 14 juillet 1789 aient à ce point abusé de leur victoire. Si la Bastille était restée debout, ce serait aujourd’hui le plus curieux monument de Paris.
A son défaut, le Palais de Justice est resté un bien précieux spécimen de l’architecture civile du xive siècle, et c'est précisément par les tours qui le flanquent que se révèle le mieux cette architecture. Grâce à d’habiles restaurations, — on pourrait presque dire réfections — entreprises d’abord sous Louis- Philippe, puis motivées par les tristes événements de 1871, les deux grosses tours de la façade sur le quai de l'Horloge, dites tours de la Conciergerie, donnent une impression de la physionomie que devait avoir le palais de Philippe le Bel du côté de la rivière ; mais la T our de l’Horloge, à l’angle du quai et du boulevard du Palais, les surpasse de beaucoup en élégance. (PI. 35.)