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FONTAINE BOUCHARDON, RUE DE GRENELLE

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FONTAINES PUBLIQUES

La Fontaine de i/Arbre-Sec, sise à l’angle de la rue de ce nom et de la rue Saint-Honoré, a succédé, au xvme siècle, à une fontaine datant de François Ier. Il y avait en ce lieu, dès le temps de saint Louis, un carrefour très fréquenté et assez vaste, — plus qu’il ne l’est aujourd’hui, — qu’on appelait le Trahoir ou le Tiroir, dénominations sur le sens desquelles on n’est pas fixé. Une croix s’y érigeait. A la croix, François Ier fit ajouter, au milieu du carrefour, une fontaine, dont les marchands ambulants envahissaient les degrés. Gela finit par gêner beaucoup la circulation. François Miron, l’éminent prévôt des marchands, fit abattre la fontaine en 1606, ou plutôt, il la remplaça par un pavillon formant l’angle sud-ouest des deux rues, et que vint alimenter l’eau d’Arcueil. La croix du Trahoir surmonta cette construction. (PI. 5o.)

Tout s’écroulait au commencement du règne de Louis XVI. On fit appel à Soufflot, qui édifia le petit monument actuel, à deux étages avec pilastres en bossage, entablement dorique et couronnement d’une balustrade à jour. A la façade qui regarde la rue Saint-Honoré, Boizot cisela une nymphe « entourée de roseaux et tenant sur son épaule une urne inclinée ». La fontaine proprement dite, sur la rue de l’Arbre-Sec, n’a que la décoration fort simple d’un mascaron de bronze par où coule l’eau. Au-dessus, une inscription latine, récemment ravivée, consacre les circonstances de la reconstruction.

Napoléon Ier dota Paris de nombreuses fontaines, dont quelques-unes au moins ont été traitées avec un souci artistique plus ou moins heureux, mais cependant très réel, les unes simplement décoratives, les autres ayant le caractère utilitaire qui convient à des édifices de ce genre.

Pour combler tant bien que mal le vide laissé par la démolition du Châtelet en i8o3, l’empereur décidait, en 1806, la con-

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struction d’une fontaine monumentale destinée à glorifier les victoires d’Italie et d’Égypte. Bralle en dessina les plans et Boizot en fit les sculptures. Du centre d'un bassin sans luxe émergeait une haute colonne, semblant faite de feuilles de palmier, et surmontée d’une statue de la Victoire, en bronze doré, d’où les deux noms par lesquels on désigne le monument : Fontaine du Palmier ou Fontaine de la Victoire. Sur le fût de la colonne, à intervalles égaux, cinq bagues reçurent les noms, gravés en or, des principales victoires de nos troupes, dans les dernières années du xvme siècle. (PI. 5o.)

A la suite des grands travaux de voirie du second Empire, qui remanièrent complètement l’aspect de la place du Châtelet, l’esthétique commanda de mettre la fontaine dans l’axe du Pont au Change et du boulevard du Palais. Il s’agissait d’un déplacement de i2m,4o. L’opération se fit très facilement, grâce à des treuils, le 21 avril 1 858 ; au dire d’un témoin oculaire (Alfred Bonnardot), elle ne dura que dix-huit minutes. Malgré le peu de distance entre les deux emplacements, une différence sensible de niveau existait : 3m,5o. Elle fut rachetée par la construction d’un soubassement sur lequel fut placée la colonne, au centre de trois bassins superposés. Chacune des quatre faces du soubassement fut décorée, parle sculpteur Jacquemart, d’un sphynx dont laplacide figure n’aurait jamais intimidé Œdipe. Ces sphynx vomissaient de l’eau dans le bassin inférieur; mais depuis plusieurs années, la fontaine demeure à sec, l’opinion publique attribuant aux eaux stagnantes la multiplicité des moustiques et la propagation des pires microbes.

De la même année, 1806, date la Fontaine de L'Égyptienne, adossée, rue de Sèvres, au mur de l’hôpital Laënnec. Bralle, qui en fut l’architecte, avait certainement voulu rappeler àl’empereur des souvenirs d’Égypte. (PI. 5i.) La construction représente, en

FONTAINE DE L EGYPTIENNE, RUE DE SÈVRES. FONTAINE DE MARS, RUE SAINT-DOMINIQUE.

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effet, la porte d’un temple égyptien, sur le seuil duquel se dresse la figure, en réplique, de V Antinous égyptien du musée du Louvre, auquel le sculpteur Beauvallet, chargé de l’œuvre, plaça comme attributs dans chaque main une aiguière, d’où l’eau tombe dans une vasque. On ne saurait dire que c’est beau, ni même joli; c’est à coup sûr original.

En 1806 encore, fut élevée, à l’extrémité de la rue Saint- Dominique, entre la rue Bosquet et le Champ de Mars, la Fontaine de Mars. Elle faisait alors vis-à-vis à l’hôpital militaire du Gros-Gaillou, démoli il y a une trentaine d’années. Les passants qui ne la connaissent pas sont surpris de son étrangeté. Elle consiste en un cippe rectangulaire reposant sur un piédestal carré, à la base duquel des mascarons fournissent l’eau. La face principale est décorée d’un bas-relief représentant Mars, et la déesse delà santé, Hygie, double allusion à l’hôpital militaire voisin. Beauvallet est également l’auteur de cette composition, qui est médiocre. Mars manque complètement de vigueur. Les deux faces latérales sont ornées de vases antiques bien traités ; on en ignore l’auteur. La face postérieure est d’une nudité pénible. (PL 5i.)

La Fontaine du marché Saint-Germain, aussi en forme de cippe, ce qui lui donne un aspect funéraire, date de 1812. A cette époque, elle occupait le milieu de la place Saint-Sulpice. On la trouvait sans doute insuffisamment élégante, puisqu’en 1847, e^e céda la place à la fontaine actuelle, que l’on n’admire que par bonne volonté. Alors, elle fut transportée au centre du marché Saint-Germain. Les modifications apportées, il y a quelques années, aux constructions de ce marché, et qui avaient pour but son affectation partielle au service des examens de la Ville de Paris, ont eu une répercussion sur le sort de la fontaine, mais qu’il n’y a pas à regretter. Une balustrade de bon goût l’encadra,

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et derrière elle, un gentil jardinet lui donne un peu de la gaîté qui lui manque. C’est le sculpteur marseillais Espercieux, qui avait ciselé sur ses faces les quatre bas-reliefs représentant la Paix, les Arts, le Commerce et l'Agriculture.

Fontaines de la place du Chateau-D’Eau. — Ici le pluriel est de mise, car cette place — devenue en 1879 place de la République — a été successivement pourvue de deux fontaines monumentales, qui toutes deux en ont été enlevées et transférées sur d’autres points de la capitale. La plus ancienne, celle qui valut le nom de Château d’Eau au carrefour formé parle boulevard Saint- Martin et la rue de Bondy, avait été inaugurée le 1 5 août 181 1 . Girard, l’ingénieur en chef du canal de l’Ourcq, était l’auteur des plans. Pourquoi, en 1869, cessa-t-elle de plaire? Nous ne saurions le dire. Toujours est-il qu’elle fut démontée et transportée à la Villette, dans la vaste cour du Marché aux Bestiaux, ouvrant sur la rue d’Allemagne, où on peut encore la voir aujourd’hui, et même l’admirer, car elle en est digne. Cinq bassins concentriques se superposent en forme de gradins; du plus élevé émerge un jet d’eau. Les deux avant-derniers bassins sont interrompus dans leur pourtour par quatre solides piédestaux, supportant chacun deux lions antiques géminés. L’ensemble, grâce à la sobriété des détails, est d’un fort bon style.

L’année de cette translation, l’architecte Davioud entreprenait sur le même emplacement la construction d’un nouveau Château d’Eau, qui, interrompu par la guerre, ne fut achevé qu’en 1874. Son existence en ce lieu allait être encore bien plus éphémère que celle de son prédécesseur, car elle ne dura que six ans. Une transformation artistique, très remarquable d’ailleurs, de la place de la République, détermina son déplacement en 1880, et depuis, il fait l'ornement delà place Daumesnil.

Lui aussi se compose d’une série de bassins superposés,

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dont la partie supérieure comporte huit lions de bronze qu’a sculptés Jacquemart. A la même hauteur, une vasque gracieuse est supportée par huit consoles de pierre ; sur chacune d’elles Villeminot cisela une tête de femme. Du centre de cette vasque part le socle élancé sur lequel s’appuie une seconde vasque, se terminant par le conduit d’un jet d’eau. C’est aussi un très bon monument d’art décoratif.

L’ordre chronologique nous ramène en arrière.

Il faut savoir gré à la Restauration d’avoir élevé la Fontaine Gaillon, au carrefour de ce nom. Visconti en fut l’architecte. Une niche accompagnée de colonnes abrite deux vasques au-dessous desquelles un Triton harcèle d’un trident le dauphin qu’il chevauche. Cette composition est du sculpteur Jacquot. Une inscription rappelle que le monument, remplaçant une ancienne fontaine, a été reconstruit en 1823 par les édiles parisiens pour l’utilité et la beauté de la Ville. (PI. 52.)

La Fontaine Saint-Georges datait du même temps (1824). Mais quelles péripéties elle a subies! En 1904, on tarit le bassin où l’eau retombait en gerbe avec grâce, et l’on n’en conserva que le soubassement, qui servit de base à un haut piédestal, surmonté du buste de Gavarni. Puis, en 1906, le tout a été enlevé pour permettre à la Compagnie de la ligne électrique Nord-Sud d’installer ses palissades. Espérons que Gavarni reviendra, un jour ou l’autre, avec sa fontaine, dans ce quartier dont il a si spirituellement peint les mœurs.

La F ontaine Molière constitue un remarquable ensemble d’architecture et de sculpture. (PI. 52.) L’initiative de sa construction appartient à Regnier, le sociétaire resté célèbre de la Comédie- Française. En 1 838, il écrivait au préfet de la Seine une éloquente lettre, rendue publique, pour lui demander qu’une statue de Molière fût érigée à l’angle des rues de Richelieu et Tra-

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versière (Molière), à peu près en face de la maison où était mort notre grand poète comique. Cet appel fut entendu. Une souscription publique s’ouvrit, où la Ville se fit inscrire aussitôt pour 3oooo francs; une représentation extraordinaire, donnée par le Théâtre-Français, produisit 12000 francs; les dons des particuliers et une nouvelle contribution de la Ville complétèrent la dépense, que l’on ne prévoyait pas dépasser 1 10000 francs, et qui en atteignit 200000.

Visconti fut chargé de la partie architecturale, et il s’en est acquitté avec grand talent. Un haut et majestueux portique présente à sa partie centrale une niche abritant la statue de Molière, assis et rêveur, par Seurre. Sur le piédestal qui la supporte, se lit l'inscription suivante :

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