‹ La voie publique et son décorChapitre 48 sur 87 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

FONTAINES PUBLIQUES

Fontaine Maubuée. — Fontaine des Innocents. — Fontainede la rue de Grenelle. — Fontaine de l’Arbre-Sec. — Fontaine du Palmier. — Fontaine de l’Égyptienne. — Fontaine deMars. — Fontaine du marché Saint-Germain. — Fontaine Gaillon. — Fontaine Saint-Georges. — Fontaine Molière. — Fontaines du faubourg Saint- Martin. — Fontaine Saint-Michel. — Fontaines Wallace. — Fontaines Dejean.

Si elle n’avait pas été refaite en 1734, et par surcroît affreusement badigeonnée à notre époque, la Fontaine Maubuée, à l’angle de la rue de ce nom et de la rue Saint-Martin, serait la doyenne des fontaines parisiennes. On en trouve des mentions au milieu du xive siècle; elle donna alors son nom à la rue, et ce nom n’était pas une recommandation pour elle, car il signifie : mauvaise buée, mauvaise lessive. (PI. 48.)

Actuellement, c’est la Fontaine des Innocents qui est la plus ancienne parmi les très nombreuxmonuments de ce genre conservés à Paris; c’est aussi l’une des plus remarquables. (PI. 47.) Elle est due à la collaboration de deux artistes éminents du xvie siècle : Pierre Lescot, pour le dessin architectural, Jean Goujon pour les sculptures. A cette époque, elle était adossée à l’église des Saints-Innocents, en retour de la rue Saint-Denis sur la rue aux Fers (aujourd’hui rue Berger). Elle se composait donc de trois faces seulement. En 1786, le cimetière des Innocents fut supprimé et remplacé par un marché. Trois ans plus tard, l’église

158 LE DÉCOR DE LA VOIE PUBLIQUE

fut également condamnée à la démolition. Heureusement, on tint à conserver la fontaine. Une gazette manuscrite citée par Hatin (. Histoire de la Presse , IV, 45) s’exprime ainsi : « Enfin, la belle fontaine des Innocents, chef-d’œuvre de sculpture du célèbre Jean Goujon, vient d’être placée, sous la direction de M. Pajou, au milieu du grand et magnifique marché qui a remplacé le cimetière de cette paroisse supprimée. » A cet effet, la fontaine fut pourvue d’une quatrième face, que Pajou orna de sculptures représentant trois nymphes. Le marché, plus tard, fut transformé en square, sous Napoléon III, et la fontaine des Innocents, en en devenant le centre, s’y trouve tout à fait en valeur.

Le xviie siècle n’a doté Paris que d’un petit nombre de fontaines, peu dignes d’intérêt. Il faut arriver à l’année 173g pour rencontrer une œuvre tout à fait remarbuable, la Fontaine de la rue de Grenelle. (PI. 49.)

Elle fut commandée au célèbre artiste Bouchardon, par Turgot, prévôt des marchands. Les terrains nécessaires furent achetés en cette même année 1739, et Bouchardon se mit à l’œuvre. Le motif principal de sa composition consiste en trois statues d’une rare noblesse : la Ville de Paris, assise à l’avant d’un navire, et ayant à ses côtés la Seine et la Marne. De très gracieux bas-reliefs complètent ce groupe. Quand l’ensemble fut terminé et prêt à mettre en place, le sculpteur se rendit compte que le peu de largeur de la rue de Grenelle ne lui donnait pas le recul nécessaire. Aussi, eut-il l’heureuse idée de pratiquer en arrière de l’alignement une sorte de niche demi-circulaire, — entre les maisons actuellement numérotées 57 et 59, — ce qui donne à la fontaine un aspect plus monumental encore. C’est certainement un des beaux édifices de l’architecture civile du xvme siècle.

Photo Atget.

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