STATUES ET BUSTES DE PERSONNAGES CÉLÈBRES MONUMENTS ALLÉGORIQUES
Statue d'Henri IV. — Statue de Louis XIV. — Statue de Louis XIII. — Statue du maréchal Ney. — Statue du maréchal Moncey. — Statue de Charlemagne. — Statues de Jeanne d’Arc. — Monument de Gambetta. — Statues d’Alexandre Dumas père et d’Alexandre Dumas fils. — Statue de Coligny. — Monument de La Fontaine. — Statues de La Fayette et de Washington. — Monument à la mémoire de Baudin. — Monument Pasteur. — Statue d’Alfred de Musset. — Statue de la Loi. — Le Lion de Belfort. — Statues de la République. — Le Triomphe de la République. — Groupes allégoriques. — Le « Penseur » de Rodin. — « Quand même. »
L’ancien régime n’éleva de statues qu’à ses rois. Il ne serait venu à l’idée de personne qu’un homme, si illustre eût-il été, pût avoir, sur les places publiques, une statue en son honneur.
La Révolution renversa sans pitié ces monuments de l’orgueil royal, mais ne songea pas à les remplacer en en érigeant à la gloire de ses propres héros. A peine peut-on citer la statue de la Liberté installée sur le piédestal, devenu vacant, de la statue de Louis XV, place de la Concorde. Le premier Empire ne dressa que la statue de l’Empereur, au sommet de la colonne Vendôme, et celle de Desaix qui ne fit que paraître et disparaître sur la place des Victoires. La Restauration réédifia les statues des trois premiers Bourbons. Le règne de Louis-Philippe se désintéressa à peu près complètement de ce genre de manifestations. Il ne fit exception qu’en faveur du Molière de Seurre dont nous
STATUES ET MONUMENTS
avons parlé au chapitre précédent. Napoléon III réhabilita la mémoire de Ney par le beau monument de Rude, place de l’Observatoire, et glorifia tardivement celle du maréchal Moncey sur la place de Clichy.
En résumé, quand le second Empire prit fin, Paris ne comptait que neuf statues. Il en possède maintenant plus de cent dix, auxquelles s’ajoute un petit nombre de monuments allégoriques. La« statuomanie » — le mot exprimebien cettesorte de frénésie qui sévit depuis une vingtaine d’années, — a donc chargé le sol de la capitale d’environ cent monuments à la mémoire de personnages plus ou moins célèbres. Les uns — c’est fatal sous un régime démocratique — ont eu un caractère politique; quelques autres, un caractère historique; d’aucuns ont traduit l’expression d’un hommage sincère et justifié à des hommes de génie; mais il en reste beaucoup, malheureusement, qui glorifient quasiofficiellement des gloires de seconde grandeur, et ont eu surtout pour objet d’occuper des comités et le ciseau de jeunes statuaires, plus riches en ambition qu’en talent.
Il va de soi que les statues antérieures à la troisième République, œuvres d’artistes du premier mérite, sont pour la plupart d’une valeur bien supérieure à celles qui sont venues après. Parmi ces dernières, il en est, à coup sûr, de remarquables ; il en est beaucoup, hélas ! qui auraient mieux fait de ne jamais voir le jour.
Un autre danger apparaît aux esprits clairvoyants. Quelle impression produira sur la postérité certaines de ces figures dont la gloire immortelle est, dès maintenant, douteuse ? Il est dangereux de consacrer ainsi, par le bronze ou le marbre, des noms dont, après un siècle écoulé, quelques érudits seulement pourront expliquer les titres à un honneur aujourd’hui si banal et galvaudé.
170 LE DÉCOR DE LA VOIE PUBLIQUE
On n’attend pas de nous la description détaillée de chacune de ces innombrables productions. Il suffira de s’arrêter aux principales et de réserver pour les Annexes (n° III) une nomenclature aussi complète que possible, accompagnée d’indications sommaires.
La doyenne des statues parisiennes est aussi l’une des plus populaires : c’est le Henri IV du Pont-Neuf. Cette popularité ne saurait se comparer à celle dont avait joui le premier Cheval de bronze d’avant la Révolution, alors qu’autour de son piédestal se groupait une foule de badauds écoutant les paroles du Gros- Thomas et de tant d’autres, les boniments des marchands d’onguent et d’orviétan. La physionomie du Pont-Neuf n’est plus ce qu’elle était jadis : celle d’une foire permanente. Les passants le traversent affairés et distraits ; cependant, ils ne manquent pas de jeter un regard au bon roi de la Poule au pot, dont la statue complète fort heureusement le plus admirable des décors parisiens. (PI. 55.)
Lors de la première rentrée des Bourbons, on se hâta de réédifier un modèle provisoire en plâtre : il paraissait inadmissible que Louis XVIII ne retrouvât pas sur le Pont-Neuf la statue de son aïeul. Pendant les Cent-Jours, Nanoléon respecta ce piteux monument. Peut-être même, si les événements lui eussent laissé le pouvoir, en aurait-il ordonné la reconstruction réelle, qui finalement ne fut décidée qu’en 1816. Une souscription publique produisit en peu de temps des sommes presque suffisantes pour l’exécution de l’œuvre.
C’est Lemot, membre de l’Institut, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, qui en fut chargé. Il s’appliqua à reproduire aussi fidèlement que possible — les estampes ne lui manquaient pas — l’ancien monument. Toutefois, les quatre figures d’esclaves enchaînés, flanquant les angles du piédestal, ne furent pas repro-