‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 100 sur 192 · LE SPECTRE DE LA DIFFAMATION · texte numérisé non relu

LE SPECTRE DE LA DIFFAMATION

18 février 1868.

Lord Palmerston et M. Gladstone ont rendu à la presse britannique la plus éclatante justice dans deux discours que tous les journaux ont reproduits; la même justice a été rendue à la presse française par M. le duc de Persigny dans sa lettre du 17 janvier 1868, lettre dictée par le désir sincère que a la presse sérieuse et utile » ne soit pas compromise par a la presse scandaleuse et nuisible » , par la basse presse.

' Si la presse française a droit aux mêmes éloges que la presse Britannique, comment expliquer que le gouvernement, promoteur de la loi en cours de discussion, au lieu de traiter la presse en alliée, l'aidant à rechercher la vérité, à accélérer le progrès, à diminuer les abus, la traite en ennemie contrainte de fournir un cautionnement qui n'est demandé qu'à elle, ce qui est pousser l'exception jusqu'à l'injure?

L'etf>lication de cette inconséquence injurieuse est dans la peur que cause la diffamation; peur irréfléchie, peur puérile, peur invétérée, contre laquelle tous les raisonnements sont impuissants, contre laquelle restent vaines toutes les démonstrations de l'évidence.

La diffamation, c'est là le grand spectre que le gouverne-

ment a Thabileté de faire apparaître aHn d'agir sur les imaginations faciles à exaspérer ou à effrayer, et de garder dans les mains, en l'aggravant encore, son appareil pénal suranné.

On sait ce que nous pensons de la diffamation; nous pensons que ce n'est pas à la considération et à T honneur du diffamé qu'elle porte atteinte, mais à la considération et à l'honneur du diffamateur. M. Laity était Texpression laconique et inspirée de la vérité lorsque, le 9 juillet 1838, traduit devant la cour des pairs, il terminait, dans cette même enceinte où il siège aujourd'hui comme sénateur, sa remarquable défense par ces paroles :

La calomnie ne fait jamais de mal qu*a ses auteurs.

Mais si M. Laity n*a pas raison et si nous avons tort.; si la diffamation, si la calomnie ont le pouvoir terrible qui leur est attribué, comment alors e&pliquer qu'elles trouvent les tribunaux si peu sévères à leur égard?

Pendant que s'agitaient à la tribune du Palais-Bourbon toutes les questions que soulèvent la diffamation et la calomnie, il se jugeait au palais de justice, an correctionnel et au civil, deux procès en diffamation.

Premièrement, M. Marvoletta, ministre plénipotentiaire du Nicaragua accrédité près la cour des Tuileries, se plaignait d'avoir été de la part de M. Belly, auteur de l'ouvrage intitulé A travers TEurope centrale, l'objet des imputations les plus graves, telles que celle de VOL d'un registre contenant des notes politiques importantes; le jugement reconnaît que ces imputations de faits précis portent iiUeinle à l'honneur et à la considération de Marvoletta, qu'elles ont eu lieu avec l'intention de nuire... Belly est condamné'. A quelle peine?

— A VINGT-CINQ FRANCS d'amende et aux dépens.

Deuxièmement, la* fille et les petits-fils du général La-

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