LE SPECTRE DE LA DIPFAMATIO
combe Saint-Hicbel avaient assigné, à raison d'assertion diflamatoire dans un écrit historique» l'éditeur et Tautenr d'an livre intitulé « Célébrités réooliUwnnaires. Lc$ régi-' cides9^ publié en 1865 chez Téditeur Desloges.
Dans ce livre, Fauteur, M. Charles Marchai, dit Charles de Bussy, avait articulé le fait suivant :
Lacombe Saint-Micbel, capitaine d*artillcrie dans le 7* régiment, d'où le maréchal de Broglie le chassa pour VOL en 1789. Député da Tarn, il eut plusieurs missions près des armées. Ambassadeur à Naples, il fut nommé par Mural ministre de la guerre, et mourut dans celte ville.
Blessés de cette atteinte portée à la mémoire de leur aieul, les petils-fils du général Lacombe demandaient qu'à Tavenir il fût fait défense de vendre aucun exemplaire de cet ouvrage sans en avoir supprimé le passage diffamatoire, soos peine, contre l'éditeur, de 100 francs de dommages et intérêts par chaque jour de retard, et que l'auteur fut tenu de leur payer cinquante mille francs de dommages et intérêts, avec contrainte par corps, pour réparation du préjudice causé.
Le jugement reconnaît que l'ouvrage dont Marchai, dit de Bussy, est Tauteur contient une imputation diffamatoire envers Lacombe Saint-Michel, ancien capitaine d'artillerie et membre de la Convention ; il reconnaît que celte assertion de vol est formellement démentie par les états de service de Lacombe Saint-Uichel, constatant sa parfaite honorabilité et prouvant qu'il n'a jamais eu d'interruption dans sa carrière militaire, et que le 29 mai 1791 il a été nommé chevalier de Saint-Louis; en conséquence, le jugement fait défense à l'éditeur de vendre aucun exemplaire dudit opuscule sans en avoir supprimé le passage diffamatoire, à peine de 100 francs par chaque opération constatée; un second jugement rendu contre l'auteur le condamne à payer aux demandeurs des dommages et intérêts àjixer par état.
318 LA LOI DU il MAI 1868.
Les* 25 francs d'amende auxquels M. Belly a été condamné ont-ils réparé la brèche faite à T honneur et à la considération de M. Marvoletta? QuVt-il gagné au procès qu'il a fait ? N'eût-il pas plus sagement agi en s'abstenant ?
Les héritiers du général Lacombe, eux aussi, n'eussent*ils pas mieux fait de laisser expirer dans le mépris et Foubli un méprisable libelle, au lieu de lui donner le retentissement de la publicité judiciaire? Donner à un libelle qui n'était lui-même que la reproduction en 1865 d'un autre libelle publié en 1815 sans nom d'auteur, lui donner cette importance, n'était-ce pas faire injure aux glorieux états de service du général Lacombe?
En aucun temps et en aucun pays on n'empêchera la di£famatfon ; toutes les lois faites pour la réprimer seront vaines. Qu'y a-t-il donc à faire?
Une seule chose : — s'aguerrir contre elle !
Ce serait un courage qu'il serait facile d'avoiF, puisqu'il n'y aurait pas plus de péril à courir que n'en courrait un homme que Ton adosserait à un mur, et sur lequel tirerait un peloton avec des fusils qui ne seraient chargés qu*à poudre. S'il n'était pas dans le secret, le malheureux pourrait mourir de peur, mais, assurément, il ne. mourrait pas d'une balle qu'il aurait reçue, puisqu'il n'y en aurait pas.
Est-ce que le président de l'Union américaine a reçu dans son honneur et sa considération la plus légère atteinte par la diffamation qui a été jusqu'à l'accuser d'avoir été. le complice de l'assassinat d'Abraham Lincoln, son prédéces* seur?
Qu'a fait M. Johnson? A-t*-il livré aux tribunaux, a-t-il livré au jury le directeur du journal de Philadelphie, the Press, qui a publié la lettre signée Mississ Swishelm, dans laquelle lettre il était dit que M. Johnson était en relation avec Booth et ses complices, et qu'il leur avait manifesté des sentiments favorables à la cause sudiste ?
lE SPECTRE DE LA DIFFAMATION. 319
Non.
A cette aceasation et à celle qui prétendait qu*il avait favorisé la faite du jeune Surratt, soupçonné d*avoir participé aa crime qui a fait condamner sa mère à la peine capitale, la seole réponse du président Johnson a été la publication des documents qui attestaient qu*il n*avait pas cessé un seul jour de faire des recherches et xles démarches pour découvrir le fugitif et assurer son arrestation.
La vérité opposée à la calomnie, la vérité opposée à Terreur : voilà en matière de presse, répétons-le pour la cenlième fois, la seule loi qui ne soit pas l'arbitraire et Timpuissancé.
Le public français a été bercé avec cette phrase de Beaumarchais : a Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose, » Aussi la calomnie lui inspire-t-elle une suprême terreur. Cependant il serait impossible de citer un seul souverain, un seul homme d'Etat, un seul individu qui n'ait pas été calomnié et à qui la calomnie ait causé le plus petit préjudice réel et appréciable ! Si la calomnie commence par nuire, elle finit toujours par profiter en raison de l'attention qu'elle appelle sur le calomnié et de la réaction qu'elle ne manque jamais de provoquer en sa faveur.* L'observation la plus attentive et l'expérience attestent que finalement la calomnie et la difiamation ne portent atteinte qu'à la réputation et au caractère du calomniateur et du diffiimateur.