LA PUISSAIMGE DE LA PRESSE
et incontestable talent, notre collaborateur pendant vingt ans, notre ami, le rédacteur en chef de V Avenu' national^ Alphonse Peyrat, accablé par une douleur profonde et gra- Tement menacé dans sa santé, est enfermé sous les verrous de la prison de Sainte-Pélagie.
En prison!
En prison pour délits de presse!!
Il y a juste vingt ans, aujourd'hui 24 février 1868; Paris tout entier était au pouvoir de la multitude, qui avait brisé ses dignes.
Cette multitude, qui essayait de la contenir, de la diriger, de réclairer, de la modérer? Qui osait lui dire la vérité?
Mars de Paris et journaux du 25 février, répondez!
Et lorsque les journalistes ont rendu à Tordre les services quMls lui ont rendus en février 1848, lorsqu'ils ont veillé jour et nuit afin qu'aucun excès ne souillât la révolution victorieuse et ne ternit l'honneur de la France devant la civilisation, c'est contre eux qu'en février 1868, on prend tfutes les précautions et déploie toutes les rigueurs d'un autre âge!
Et ils n'en seraient pas profondément humiliés! Et ils n'en seraient pas douloureusement blessés !
Heureusement que le discours de M. Rouher est là pour nous rappeler que tout ce qui est contraire à la nature des choses ne dure pas.
Là PUISSâNCE DE Là PRESSE.
11 mars 1868.
A Texception de Tarticle 1*', abolissant l'autorisation préalable» il n'y a pas une disposition de la nouvelle loi contre
350 LA LOI DU il MAI 1868.
la presse que toute la presse indépendante, ayant la minorité législative pour intrépide auxiliaire, n'ait intrépidement combattue.
A quoi cette unanimité a-t^elle abouti?
Elle a abouti au vote à l'unanimité , moins la voix de M. Berryer, de la loi qui fait varier la peine pour le même délit selon le taux du cautionnement, et le taux du cautionnemen't selon que le journal est publié dans telle ville au lieu d'être publié dans telle autre; qui consacre l'inégalité des journaux devant l'impôt ; qui laisse subsister les brevets d'imprimeur et les brevets de libraire; qui abaisse la France, mesurée à l'échelle de la liberté, au-dessous de toutes les nations qui l'entourent , moins l'Espagne , audessous de l'Angleterre , au-dessous de l'Allemagne, audessous de la Belgique, au-dessous de l'Italie, au-dessous de la Suisse, et retient en arriére de la Restauration de 1815, de la Royauté de 1830 et de la République de 1848, rEttpiredel852.
Mais ceci sera l'afifaire de l'Empire de 1852 devant l'histoire, qui les comparera, et qui le jugera.
Nous ne voulons poser ici qu'une seule question :
Cette question, nous l'adressons à ceux qui nous accusaient de paradoxe quand nous fondions sur l'impuissance de la presse l'impunité de la presse.
Nous leur disons :
Vous avez vu s'établir dans une assemblée des journaux politiques de Paris l'unanimité sur l'abolition du timbrç combinée avec l'élévation des droits de poste, et, à défaut de cette abolition, sur l'égalité du timbre imposé à tous les journaux, sans différences et sans exceptions arbitraires; vous avez vu cette assemblée élire à l'unanimité une com* mission, et cette commission unanime se rendre au ministère d'État, où elle a été cordialement reçue et attentivement écoutée par quatre ministres : le ministre d'Etat, le ministre