L'IMPUISSANCE DU GOUVERNEMENT
rhoDorable M. Thiers ! Faites une discussion résolue du discours qae j'ai T honneur de prononcer, dans les colonnes de votre journal...
H. ADOLPHE GUÉaouLT. — C'est impossible, et je déGe... (Exclamations.)
M. LE MINISTRE d'état. — L'houorable M. Guéroult déclare que la chose est impossible. Mais qu'est-ce donc qu» nous faisons tous les jours? Est-ce que Torateur qui monte à cette tribune fait un compte rendu de la séance? Non; il discute le discours qu'on a entendu précédemment. Il l'examine, il l'apprécie, il le combat. Que dans le journal s'établisse la lutte, se produise la discussion, l'appréciation du discours que j'aurai prononcé. Rien de mieux; pas d'objection, pas de difficulté sous ce rapport. J'admets même, car je suis essentiellement libéral dans cette doctrine posée devant la Chambre, j'admets que la discussion, par la nécessité des choses, puisse entrer dans l'indication des faits, dans la mention des événements, des particularités du discours ou d'une partie du discours, pour être vraie, sincère, complète. Nous ne nous y opposons pas.
M. ADOLPHE GUÉROULT. — £h bien! vous allez voir. (Interruption.)
M. LE MINISTRE o'ÉTAT. — Vous dites qu'on ne peut pas discuter sans rendre compte ! Je vous réponds par ce qui, tous les jours, se pratique dans cette enceinte : l'orateur qui monte à la tribune résume le discours qu'il vient d'entendre, il en détermine les faits principaux, il les combat, il conclut,, il émet son opinion.
£h bien ! faites de même dans la presse, et je n'aurai pas peur des travestissements, je n'aurai pas peur des violences de langage quand vous serez engagé dans un débat sérieux, topique, précis, qui nécessite l'examen, la méditation, au lieu d'appeler ces paroles satiriques, entraînées, par lesquelles on formule les faits de' la séance d'une assemblée, par lesquelles on la compromet, on la dénigre aux yeux du pays tout entier. (Vives marques d'approbation.)
Déclaration réitérée en ces termes dans la môme séance :
M. LE MINISTRE d'état. — Ce que nous maintenons, c'est le droit de discussion de tous les sujets qui s'agitent dans cette enceinte ; ce que nous maintenons, c'est l'interdiction de faire des comptes rendus des débats que ces sujets soulèvent, parce que leur résultat
serait de détruire Tesprit, Tessence, la porîée de la sage disposition de l'article 42 de la Constitution.
Voilà, Messieurs, tout le débat.
Et plus loin encore :
M. LE MINISTRE d'etaj. — Je répète celte formule nette et explicite: le compte rendu est interdit, la discussion est permise. (Exclamations sur les bancs à la gauche de la tribune.)
M. ADOLPHE GUÉROULT. — C^cst toujours Téquivoque!
Oui, c'est toujours Fèquivoque !
Le rapporteur de la commission , M. Nogent Saint-Laurens. Ta reconnu avec une bonne foi qui Thonore. ' Lorsque s'élèvent des difficultés de la nature de celles qui ont passionné pendant deux jours le Corps législatif, au lieu de s'adresser aux tribunaux, au lieu d'arracher Tècrivain aux travaux de son cabinet pour le forcer d'aller s'asseoir sur Je banc des malfaiteurs; au lieu de le blesser dans sa dignité, au risque de faire entrer dans son esprit l'inimitié, ne serait-il pas plus convenable, plus simple, plus politique d'inviter les rédacteurs de journaux à une conférence dans laquelle serait loyalement exposée la difficulté, et recherchée d'un commun accord la meilleure solution? Serait-ce donc là un excès d'égards qui compromettrait MM. les ministres d'État, de la justice et de l'intérieur?
Ecrivains qui, au péril de notre liberté, au mépris de notre santé, au risque de notre fortune, consacrons notre vie à l'étude des questions les plus ardues, cherchons la vérité sans relâche et sans fin, sommes-nous donc des parias? Méritons-nous donc d'être injurieusement traités? S'il y a des articles de journal malheureux, n'y a-t-il pas des discours de tribune maladroits? Ces derniers, les punit-on? Pour un mot qu'il n'a pas pesé dans la balance comme on pèse le poids d'une lettre afin de vérifier si elle n'excède pas d'un gramme les dix grammes fixés, un écrivain d'un solide