‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 14 sur 192 · LES DISPOSITIONS MILITAIRES DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

LES DISPOSITIONS MILITAIRES DE LA PRUSSE

94 mai 1868.

Une carte militaire publiée par le capitaine Scbenk indique les positions occupées en Allemagne par les différents corps de Tarmée prussienne.

Trois corps d'armée sont massés à quelques lieues des \^

frontières de France. Ce sont les plus nombreux, les mieux organisés, les mieux préparés à entrer en campagne. Le réseau des cbemins de fer prussiens parait calculé tout exprès de manière à pouvoir conduire Les armées prussiennes soit dans la vallée de la Sarre , soit dans la vallée de la Moselle. Les trois principales lignes du réseau allemand convergent vers le sommet d'un triangle formé parles armées prussiennes, triangle dont la poiiile menace le cœur de la France.

Ces dispositions militaires prises par la Prusse n*ont rien qui nous surprenne. En septembre 1866, qu'avons-nous fait? Au lieu de tendre à la Prusse victorieuse une main dé* sarraée, amie et confiante, nous lui avons présenté la pointe de Tépée, en annonçant solennellement à toute l'Europe que notre sécurité nationale étant menacée par la victoire de

Sadowa, nous devions en toute hâte et à tout prix réformer notre armement et doubler notre effectif militaire, quoiqu'il se composât déjà de sept contingents annuels de cent mille hommes, ensemble sept cent mille hommes. De cette attitude inconséquente qu'est-il arrivé? Il est arrivé que TAUemagne, au lieu de se constituer pour nous, s'est constituée contre nous. La garantie s'est changée en péril. De la défiance déguisée à rhostilité déclarée il n'y a plus maintenant qu'un pas. L'accord éventuel entre l'Italie et la Prusse est un fait sur lequel le doute n'est plus possible. Cet accord, qu'il était impossible d'empêcher en nous abstenant de retourner à Rome et de recommencer en 1867 la faute de 1849, nous le resserrons au contraire chaque jour plus étroitement, comme s'il s'agissait d'une tâche que nous nous soyons donnée. En nous obstinant à fermer aux Italiens l'entrée de Rome, nous tenons en 1868 exactement la même conduite que tint, en 1866, l'Autriche s'obstinant à occuper la Vénétie, conduite qui lui a coûté si cher! Où nous mènera cet opiniâtre aveuglement? Il nous mènera à voir au premier jour la carte de l'Europe se refaire sans nous et contre nous: ritalie ayant Rome, la Prusse ayant Triéste, ce port à la possession duquel la Confédération germanique attachait une importance sr grande; la Russie ayant Constantinople et les clefs de la mer Noire dans la Méditerranée, sauf à désintéresser l'Angleterre en lui offrant l'Egypte.

Le 23 mai, le roi de Prusse a prononcé le discours de clôture du parlement douanier.

Ce discours a l'obscure épaisseur du nuage qui fait pressentir l'orage avant que tombe la pluie et que gronde le tonnerre»

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