‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 15 sur 192 · LE CÔTÉ FAIBLE · texte numérisé non relu

LE CÔTÉ FAIBLE

30 joillel 1868.

Le côté faible de la politique se proposant pour but le désarmement par la guerre après avoir rendu à la France ses frontières naturelles et nécessaires, c'est qu*en dehors de Tarmée et de la marine, elle n*a pas d*bommes considérables qui la personnifient, ni dans les conseils de l'Empereur, ni dans les rangs de la majorité, ni même dans ceui de iopposition.

HH. Thiers, Jules Favre, Emile OUivier sont aussi pacifiques au moins que M. Rouher.

La presse est pacifique; le prince Napoléon Test devenu; le courant est pacifique, il faudrait donc le remonter. Mais» en 1859, avant le départ de l'Empereur pour l'Italie, l'opinion générale était contre la guerre. Un instant a suffi pour que l'opinion se retournât. Il ne tarderait pas à en être ainsi, et, sous peine d'impopularité, l'opposition serait promptement contrainte de changer d'attitude et de langage. L'unanimité se ferait brusquement. De toutes parts il n'y aurait plus qu'un sentiment, un seul : battre les Prussiens et les rejeter à jamais de l'autre côté du Rhin.

Pendant qu'on se battrait on ne parlerait pas; donc, des ministres de la parole seraient moins nécessaires que des ministres d'action, et la presse aurait à jouer un rôle plus important que la tribune: son rôle, ce serait de susciter un

de ces mouvemenls irrésistibles d'opinion qui poussent les armées, les transportent et les rendent invincibles.

Nul doute que la France ne fût victorieuse si le coup porté par elle avait Téclat et la rapidité du tonnerre» ce qui serait nécessaire afin de ne laisser à aucune coalition le temps de se concerter et de s'organiser.

L'Angleterre est à la veille d'élections générales; MM. Disraeli et Gladstone se tiennent réciproquement en échec; rirlande fenianisée pourrait devenir une très-grave et trèsdangereuse complication; dans cette situation, pour retenir le gouvernement britannique et Tempécher de se liguer avec la Russie, il suffirait que la France prît l'engagement de faire après la bataille décisive ce que n'a pas fait la Prusse après les événements de 1866, il suffirait de l'engagement de réunir un Congrès auquel serait soumise la révision générale de tous les traités qui ont été des atteintes plus ou moins profondes portées à l'œuvre de 1815 par chacun des signataires de l'acte de Vienne.

La grande habileté serait de jouer cartes sur table, aussi bien à Saint-Pétersbourg qu'à Londres, et de démontrer aux puissances européennes, ce qui serait facile, qu'elles ont toutes à gagner à ne faire obstacle, aucune, au remplacement d'un état précaire qui les énerve par un état définitif qui leur permettrait de rendre moins lourd le fardeau qui pèse sur les populations et retarde l'exécution de grandes réformes urgentes et de grands travaux utiles.'

Une autre habileté serait de s'emparer de l'imagination des peuples en s'adressant journellement à elle et la faisant entrer en fermentation.

Si la France réussissait à mettre sympalhiquement de son éôtc les peuples, que resterait-il aux gouvernements? Quelle force auraient-ils contre elle?

Si toutes les dispositions sont bien prises, si l'esprit de

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