L'ESSE\CE DE LA SOUVERAINETÉ
Comme Louis-BoDapai'te se proclamait un sincère démocrate et déclarait reconnaître le principe de la souveraineté du peuple :
— Mais comment, lui demandai-je, enlendez>-vou8 r«ipplicatiôn de ce principe?
Il répondit sans hésiter :
— Par le suffrage universel.
— Jamais, repris-je, le suffrage universel n*a eu de plus chaud partisan que moi, en principe; mais il faut avoir le regard con« stamment tourné vers le résultat. Vous n^ignorez pas combien, en France, T ignorance est grande parmi les paysans, et que beaucoup ne savent même pas lire. D'antre part, que d*hommes du peuple, dans Tordre social actuel, dépendent d*autrui pour leur pain quotidien et celui de leurs familles !
— Voulez-vous dire qu^il n*y a pas à tenir compte de la volonté de la nation, et que vous avez le droit, si vous en avez le pouvoir, d'imposer vos convictions politiques à uni majorité qui les repousserait?
— Je ne dis pas cela; mais mon opinion est que le suffrage universel ne doit pas être un pistolet chargé dans les mains d*un enfant. La souveraineté du peuple nMmplique en aucune façon Tabdication intellectuelle de ceux qui sont en état d*im primer à la volonté publique, soit par leurs écrits, soi^ par leurs discours, une impulsion généreuse et éclairée. C^^st le droit de tout honnête homme, et c^est un devoir de chercher à attirer la majorité à lui et de s*opposer à ce qu^on se serve du peuple lui-même pour Fopprimer.
— Soit.
— Il ne suffit donc pas de proclamer théoriquement la souveraineté du peuple, il faut savoir où Ton veut aller en la proclamant, et de quel côté on contribuera, dans la mesure de ses forces, à la faire pencher; il faut avoir un Credo politique.
— Mon Credo, dit Louis Bonaparte après un instant de silence, c'est TËmpire. L*Empire n'a-t-il pas élevé la France au sommet de la grandeur? Ne lui a-t-il pas rendu Tordre? ne lui a-t-il pas doniié la gloire? Pour moi, je suis convaincu que la volonté de la nation, c'est TEmpire.
— Mais TEmpire, c'est le principe héréditaire.
— Sans doute.
-— Et comment concilier avec le principe héréditaire celui de la souveraineté du peuple? Il y a contradiction dans les termes mêmes :
le second est la négation du premier. La volonté d^un peuple peut changer, et il est conforme à la nature des choses qu'elle change, tandis que le pouvoir héréditaire est, par essence, immuable. Il est absurde que la volonté nationale d*aujourd*hui soit appelée à accumuler d'avance la volonté nationale de demain^ et que le peuple renonce à la souveraineté par un acte de la souveraineté. Comment la génération présente pourrait-elle légitimement confisquer, par la déclaration d'hérédité, le droit de toutes les générations à venir?
Cet entretien historique m'a paru utile à mettre sousles yeux du peuple espagnol au moment décisif où il va être appelé soit directement, soit indirectement, à se prononcer sur les institutions monarchiques vers le choix desquelles le pousse le gouvernement provisoire dans son manifeste publié à Madrid. *
l'erreur des gouvernements provisoires.
30 octobre 1^68.
La question que le pronunciamiento de la flotte de Cadix, commandée par le brigadier de marine Topete, a mise à Tordre du jour de la discussion à Madrid et à Paris, est la question la plus sérieuse qu'un journal politique sérieux puisse débattre, mais à Ja condition de le faire sérieusement et loyalement. C'est ce que fait le rédacteur en chef du Constitutionnel^ M. Henri Baudrillart, dont les interpellations exigent une réponse dans Tordre qu'il leur a assigné :
La première est celle-ci :
Lorsqu'on a le respect de la liberté, est-ce être conséquent que de vouloir disposer de la forme du gouvernement sans consulter la nation?