‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 161 sur 192 · LE RESPECT DES MORTS · texte numérisé non relu

LE RESPECT DES MORTS

SO janvier 1868.

Assurément le respect des morts ne saurait être trop profond quand il est sincère ; mais il ne faudrait cependant pas que le culte des morts risquât de dégénérer en superstition, ce qui arriverait sMl faisait obstacle à la satisfaction de besoins légitimes. De bonne foi, quelle atteinte est-il portée an respect et au culte des morts lorsque la vie de tout un quartier considérable, composé de 140,000 habitants, est incontestablement intéressée au déplacement nécessaire et inévitable de vingt-sept cercueils, pieusement transportés dans un antre endroit du même cimetière ?

Ayons la franchise et le courage de le dire I Par hostilité contre le seul homme de ce règne qui léguera un nom illustré par des œuvres durables, on a fait un bruit beaucoup trop grand autour de la question du cimetière Montmartre, sur laquelle le Sénat et le Corps législatif ont Tun et l'autre passé à Tordre du jour sans renvoi au ministre.

Il Y aurait une manière plus sérieuse de faire acte de respect pour les morts: ce serait d'insister en toutes circonstances pour l'abolition du recrutement obligatoire et la réduction des armées permanentes et des cadres exagérés, qui, loin de prévenir la guerre, la provoquent, la rendent nécessaire, inévitable, car dans la balance où se pèsent les décisions des gouvernements européens l'épée de leurs officiers, étant de beaucoup plus lourde que la plume de leurs diplomates, finit toujours par l'emporter !

Innombrables morts qui, en ce siècle seulement, avez été impitoyablement moissonnés par la guerre; innombrables naorts enfouis en terré sans cercueils et qui n'avez eu pour '

cimetières que les champs où le blé, l'orge, Tavoine, après le passage de la charrue, étaient semés à Tautomne et au printemps suivants, que les prairies où bœufs, vaches et chevaux paissaient le lendemain ; innombrables morts héroïquement tués en combattant les uns pour la défense de votre pays, les autres pour Fambition et la gloire d'un conquérant, qui pense à vous et à vos ossements ? Si, au printemps prochain, une guerre générale s'engageait en Europe, qui y penserait encore ?

Lorsqu'on s'adresse à soi-même cette interpellation, lesentiment qu'on éprouve n'est pas celui qui a dicté les interpellations du Sénat et celles du Corps législatif. Il est élevé sans être exagéré.

Les grands peuples ne sont pas ceux qui se passionnent pour les petites choses ; ce sont ceux qui se passionnent pour les grandes I

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