L'ACQUITTEMENT DU PRÉSIDENT JOHNSON
qu'innombrables. II y aura le trou de Taiguille, mais il n*y aura plus de câble. Pour ne citer qu'un seul exemple, qu'at-elle fait du suffrage universel? Elle en a fait le morcellement électoral, ce qui ôte au suffrage universel sa signification et son utilité. Que va-t-elle faire de Tassurance, de ce levier immense, auquel il suffirait de trouver un point d'appui en rapport avec sa puissance pour qu'il replaçât le monde sur sa base et rendit inutiles tous les échafaudages qui sont nécessaires quand on s'obstine à vouloir le faire tenir en équilibre sur son sommet? Lecteurs, si vous êtes curieux de le savoir, lisez les débats du Corps législatif sur le projet de lotVelatifà la création de deux caisses d'assurances, l'une en cas de décès et l'autre en cas d'accidents résultant de travaux agricoles et industriels. L'idée simple, conséquemment l'idée grande, c'était la transformation de l'impôt en prime générale et spéciale d'assurance; cette fois, comme toujours, l'idée simple, l'idée grande, l'idée féconde s'est vu préférer ridée compliquée, l'idée petite, l'idée stérile.
l'acquittement du président JOHNSON.
2 jain 1868.
Avoir traduit devant la haute cour le dépositaire du pouvoir exécutif, l'avoir jugé sans qu'il ait été un seul instant dépossédé de ce pouvoir ; avoir conduit ce procès mémorable avec l'esprit de légalité le plus scrupuleux, et, fait sans exemple ! n'avoir pas versé dans la glissante et sanglante ornière de l'Angleterre tranchant la iéie de Charles I" et de la France guillotinant Louis XVI, c'est là un grand, très-grand enseignement donné à l'Europe par l'Union américaine !
Si la liberté la plus entière n'eût pas régné aux Etats-
Unis, croit-on que le Sénat eût eu la liberté d'acquitter le président Johnson? Assurément non. Où règne la peur ne règne plus la conscience. Il n*y a de peuples et de gouvernements consciencieux, conséquemment justes, que. ceux qui sont pleinement libres. Aussi, en apprenant Tacquittement^du président Jobnson, avons-nous eu raison de crier Vive la liberté I
l'infériorité de là frange.
3 juin 1868.
Les aveux que nous allons recueillir sont extraits, premièrement, du rapport de M. le baron de Veauce sur la correspondance télégraphique privée à Tintérieur de la France ; deuxièmement , de Texposé^des motifs du projet de loi ayant pour objet la taxe des dépêches télégraphiques privées, et enfin du rapport de M. le baron Eschassériaux sur ce projet de loi, dont la discussion a du avoir lieu aujourd'hui au Corps législatif.
Il y a longtemps que nous avons dit que, hors du champ de bataille, la France est lejpays le plusjtimoré. S'agit-il de faire un pas, elle a peur de son ombre, comme s'il s'agissait d'un fantôme qui marche. La preuve qu'en nous exprimant ainsi nous n'avons rien avancé qui ne fût strictement vrai, se trouve dans ce passage du rapport de M. le baron* de Veauce :
Aussi la loi du 29 novembre 1850 entoure-t-elle les dépêches privées de toutes les formalités qui démontrent les APPRÉHEN- SIONS que suggérait le souvenir du mouvement politique qu'on venait de traverser, et les CRAINTES que Von avait de L'ABUS que Ton pouvait faire de la télégraphie privée.
Il semblait. alors que ce moyen de transmission ne devait être employé que dans des cas exceptionnels.
Telle était la situation de la France; mais il n*en était pas de même ailleurs... Depuis longtemps déjà (29 novembre 1850) la télégraphie électrique privée était pratiquée en Angleterre et aux États-Unis d'Amérique, où les lignes sont construites par des compagnies indépendantes de t administration publique...
Seule la France était en arrière...
Cette même preave se trouve également dans Fexposé des motifs du projet de loi portant la date du P' avril et s'exprimant ainsi :
Antérieurement à Tannée 1849, la télégraphie électrique n^avait eu en France que de faibles commencements. Les seules lignes établies étaient alors celles de Paris à Rouen et de Paris à Lille. Les pouvoirs publics, habitués à une télégraphie qui, malgré ses imperfections, se recommandait par son origine nationale et par les services qn^eUe avait rendus, semblaient lui réserver leurs préférences ; ils HESITAIENT devant l'adoption d'un nouveau mode de correspondance dont ils n^ avaient peut-être pas suffisamment mesuré t avenir, et sur le caractère pratique duquel des savants éminents s'étaient malheureusement divisés en France.
Les États-Unis, TAngleterre, la Prusse, la Hollande et d'autres pays encore nous donnaient cependant, dès cette époque, d'utiles exemples à suivre. Ainsi, tandis que le réseau électrique (réservé d'ail' kurs aux seules communications gouvernementales) présentait en France un développement inféneur à CINQ CENTS KILOMÈTRES, il s'étendait déjà sur une longueur de DIX MILLE KILOMÈTRES aux États-Unis, de trois mille cinq cents en Angleterre, de deux mille cinq cents en Prusse, et, dans ces divers Etats, il était l'instrument des relations privées aussi bien que des communications officielles.
Cette même preuve se trouve encore dans le rapport de M. le baron Eschassériaux , auquel nous empruntons les aveux qui suivent :
Les premiers essais de télégraphie électrique ne datent en France que de 1844. Tentés d'abord sur la ligne de Rouen, ils furent marqués au début par une lenteur et une hésitation qui trahissaient
le peu de confiance des pouvoirs publics dans ce nouveau moyen de correspondance.
Cependant une épreuve plus complète fut décidée, et une loi da 3 juillet 1846 prescrivit de rattacher Paris à Lille et à la frontière belge. Eile réussit, et, dans les années qui suivirent, le gouvernement put apprécier Timportance de ce moyen si rapide d*information. En 1849 il demanda, en effet, un crédit pour entreprendre sept lignes nouvelles.
Mais Tannée suivante Topinion publique s^émut des progrès déjà accomplis à Tétranger. Les États-Unis possédaient à cette époque un réseau d'une étendue de 10,000 kilomètres; celui de TAngleterre était de 5,500 kilomètres, et celui de la Prusse de deux mille cinq cents. Dans ces divers Etats, comme dans d'autres pays voir sins, V instrument servait autant aux relations privées qu^aux communications officielles. En France, le commerce et ^industrie rCauraient pii rester plus longtemps dans de telles conditions D'INFÉRIORITÉ,
La loi du 29 novembre 1850 appela le public, à partir du 1*' mars suivant, à jouir de la télégraphie, mais avec des formalités et des GARANTIES qui dissimulaient mal la CRAINTE qu'on avait alors de mettre une arme dangereuse entre les mains des partis hostiles.
Ces appréhensions , ces craintes , dont nous venons de recueillir les aveux dans trois documents officiels, quV vaient-elles de fondé? Quel coupable usage les partis hostiles ont-ils fait depuis huit ans de cette arme dangereuse? Aucun. Quand donc la France et ceux qui la gouvernent se guériront-ils de ces frayeurs puériles causées par des dangers imaginaires! La France n'a pas peur de verser son sang pour les Turcs, pour les Italiens, pour les Mexicains, et devant les progrès de la science elle hésite, elle tremble, elle se laisse devancer par tous les autres pays, les Etats- Unis en tête, comme toujours !
Aussi qu*arrive-t-il? Il arrive que lorsqu'il s'agit de construire des casernes, l'argent du budget ne manque jamais, tandis qu'il manque lorsqu'il s'agit des dépenses les plos utiles, les plus fécondes. Ainsi l'administration des postes
attend en vain, depuis un grand nombre d*années, la construction du vaste local que nécessite impérieusement ce service si important. Il en est de même de Tadministration des lignes télégraphiques. Les deux rapports successifs de M. le baron de Veauce (1866) et de M. le baron Eschassèriaux (1868) le constatent en ces termes :
M. DE VEAUCE. — L'administration nous a fait remarquer que texiguiU du local laissait beaucoup à désirer, attendu que les parties dont il se compose étant situées à divers étages et dans des aiies différentes et mal reliées entre elles, les mouvements qui constituent la vie de ce grand ensemble sont lents, pénibles, compliqués.
Les dépêches de ou pour Paris séjournent 14 minutes au moins au poste central; pour celles de transit, 10 minutes s'écoulent entre l'entrée et la sortie. Il passe environ douze mille transmissions par jour au poste' central. Il faut donc un très-grand nombre d'appareils pour les recevoir et les expédier sans retard; nous dirons quelques mots tout à l'heure des différents appareils.
Une installation bien combinée permettrait dé réduire ces chiffres de minutes de moitié, et de gagner un temps précieux sur la remise des transmissions.
L'adipinistration a assuré à la commission que, dans les circonstances actuelles, ce perfectionnement ne pouvait être obtenu, car les développements successifs de la télégraphie ont absorbé tout l'espace libre du rez-de-chaussée, de i'entre-sol et du premier étage du bâtiment, et il est devenu impossible d'y placer de nouveaux appareils. £n cherchant à s'étendre sur les étages supérieurs, on ne ferait qu'aggraver les inconvénients de l'état actuel des choses, et l'on introduirait dans le service une autre cause de lenteur.
La subdivision du travail dans des salles nombreuses, dont les appareils sont en partie à contre-jour, oppose à la surveillance et à l'exécution rapide un obstacle des plus sérieux.
M. ESCHASSÈRIAUX. — Il n'a pas paru indifférent à votre commis-* sien de connaître l'organisation et les moyens qui permettront d'assurer des transmissions si multipliées.
Elle a tenu à asseoir sa conviction sur des renseignements puisés aux sources officielles et sur l'examen des rouages de la station
464 QUESTIONS DE l/ANNÉE 1868.
centrale. Sa visite lui a offert le spectacle intéressant d'un service qui unit à une activité fébrile une régularité et un ordre parfaits, et se prépare néanmoins à satisfaire à des exigences nouvelles. Elle y a vu exercer la' surveillance et abréger le temps des transmissions, autant que le permettent les conditions si défectueuses dun hcal primitivement disposé pour une autre destination.
Ainsi s'expliqaent par des frayeurs puériles, des dépenses fâcheuses et des économies regrettables, rinfériorité de la France, de cette nation à laquelle il manque pour être aussi grande qu'elle devrait Tétre, d'avoir en temps de paix la même vaillance qu'en temps de guerre.
l'achèvement des chemins vicinaux.
5 juin 1868.
Deux idées sont en présence :
L'une compliquée ;
L'autre simple.
L'idée compliquée, c'est ce c[ue propose le gouvernement;
L'idée simple, c'est ce que nous persistons à proposer :
L'idée simple, c'est l'exécution et l'entretien par l'État de tous les chemins de terre, sans distinction entre routes nationales, appelées impériales, routes départementales, chemins de grande communication, chemins d'intérêt communal , chemins vicinaux ordinaires ; c'est L'UNITÉ de tous les chemins de . terre ayant tous la même largeur, comme tous les chemins de fer ont la même voie.
Fondée sous la garantie de l'Etat, la Caisse spéciale des chemins vicinaux sera une nouvelle complication ajoutée à tant d'autres complications déjà existantes.
En une circonstance extrême, en 1851, où il avait à jus-