‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 167 sur 192 · V. Cousin · texte numérisé non relu

V. Cousin

Répanse de M. Guizot à M. Cousin.

13 juin 1866.

Je compte bien comme vous, mon cher ami, que nos dissidences ne nuiront pas à notre vieille et sincère amitié. Je me plais d'autant plus à y compter, qu'indépendamment de nos petites dissidences particulières, il y a en effet entre nous, comme vous dites, une différence générale et profonde. Je pense comme vous qu'il ne faut confondre et absorber ni la philosophie dans la religion ni la religion dans la philosophie. Je les veux libres l'une et l'autre dans leur manifestation et dans leur influence. Mais je ne fonde pas .sur les mêmes bases que vous leur distinction ni leur accord. Pour moi, la philosophie n%t qu'une science, c'est-à-dire une œuvre d'homme, limitée, comme l'esprit humain lui-même, dans sa sphère et dans sa portée. La religion, dans son principe et dans

son histoire, est d^origine et dMnstitution divine. L*une vient de rhomme avide de connaître; i*autre est la lumière venue de Dieu, tt qui éclaire tout homme venant au monde » , et que Dieu maintient et répand successivement dans le monde, selon ses impénétrables desseins, par Tacte, général ou spécial, de sa libre volonté.

Je n'ai garde d'en dire davantage; nous savons Tun eti'autre par où nous nous tenons et par où nous nous séparons.

GuizoT.

Après avoir livré à la publicité ces deux lettres, M. Guizot ajoute :

J'avais quitté Paris quand je reçus la lettre de M. Cousin. Il était à Cannes quand je rentrai à Paris. Nous ne nous sommes pas revus. Il m^a devancé dans la région de la lumière sur les mystères de la vie. Mais, dans nos derniers rapports, nous avions, l*un et Tautre, touché en quelques, mots au nœud de la question, qui est celle-ci : Par où se tiennent et en quoi diffèrent la religion et la science, le christianisme et la philosophie? Quoique d^accord sur le droit mutuel de ces deux puissances à la liberté, nous pensions différemment, M. Cousin et moi, sur leur origine et leur nature; par conséquent, sur les limites de leurs domaines et le caractère de leurs travaux.

A la condition qiie Religion et Philosophie soient égale- «ment indépendantes deTÉtat demeurant imperturbablement neutre entre elles, et qu*elles soient entièrenient libres de se combattre par la parole, sans l'être jamais ni de s'opprimer ni de se proscrire par la force, Tesprit humain ne peut *que gagner en grande élévation à ce queKeligion et Philosophie luttent Tune contre Tautre. Aussi appelons-nous à la fois de tous nos vœux et Tentière séparation de rÉglise et de TEtat, et Tentièré séparation de TEnseignement et de TEtat, chaque (;ommunion payant ses prêtres , chaque université payant ses professeurs ; chaque université aussi souveraine dans la collation de ses grades que chaque communion dans l'administration de ses sacrements. Alors s'engageraient les plus éloquentes et les plus hautes controverses , car si Tin-

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