‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 166 sur 192 · L'HÉSITATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

L'HÉSITATION GÉNÉRALE

vous dis très-sincèrement que j*en suis fort content. Les petites dissidences que vous n*avei pas dissimulées sont inévitables, parce qu'elles se rattachent à une différence générale sur la manière de concevoir la nature de la philosophie et celle de la religion. Ces deax grandes puissances peuvent et doivent s*accorder, mais elles diffèrent. A la religion, la haute influence publique et universelle; à la philosophie, une influence plus restreinte, mais encore trèsélevée. I.*une s'adresse à Tâme tout entière, y compris Timagination. L'autre ne s'adresse qu'à la raison. La première part des mystères, sans lesquels il n'y a pas de religion; la seconde part des idées claires et distinctes, comme disent à la fois Descartes et Bossuet. Cette distinction est le fond de ma philosophie et de ma religion, et cette distinction est aussi, pour moi, le principe de leur harmonie. Les confondre est, à mes yeux, un infaillible moyen de les embrouiller l'une par l'autre, comme a fait Malebranche. Absorber la philosophie dans la religion n'a donné à Pascal qu'une foi pleine de contradictions et d'angoisses ; absorber la religion dans la philosophie est une entreprise extravagante qu'une saine philosophie réprouve. Les admettre toutes deux chacune à leur place est la vécité, la grandeur et la paix.

De là vous apercevez la raison de nos dissidences, qui ne nuisent pas plus à notre union qu'à notre vieille et sincère amitié.

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