LE BAROMÈTRE... PRIUE-SAUTIER
8 août 1868.
Le correspondant de Y Indépendance belge lui écrit ce qui suit :
M. de Girardin vit dans Fintimité du prince Napoléon; or, le prince Napoléon Ta vu à son retour de sa grande tournée politique à travers TAlleoiagne; donc, si M. de Girardin, immédiatement après, 8*est engagé dans la voie de l*appel aux armes contre la Prusse, c*est que. . .
Vous devinez le reste.
Eh bien , franchement, on a tort à mon avis, et tous ces syllogismes en sont pour leurs frais. M. de Girardin, Thomme du prime-saut, obéit à ses propres impulsions. On lui donnerait un mot d*ordre, qu'il s'empresserait dç l'oublier.
Rendre responsable des situations qui changent la logique qui en déduit les conséquences , c'est faire ce que Ton ferait si Ton rendait responsable des variations du temps le baromètre qui les indique. Lorsqu'on dit de la logique qu'elle est
prime-santiëre, c'est comme si Ton disait du baromètre qa*il est prime-sautier.
STABO.
8 août 1868.
J'appartiens à la publicité; je trouve donc tout simple que correspondants et chroniqueurs mêlent mon nom à leurs récits plus ou moins vrais, plus ou moins imaginaires. Ainsi , quand Fun d'eux écrit, par exemple, à V Indépendance belge, que la Lettre à M. de Moiistier et* que le Manifeste au peuple français, qui ont paru dans la Liberté du 1" août (1), avaient commencé par être composés et tirés en épreuve à rimprïmerie impériale, et communiqués à M. de Moustier, je sais que la nouvelle d'hier sera plongée dans l'oubli par la nouvelle de demain, et je ne perds pas mon temps à la démentir; donc, si je relève les lignes ci-dessous de la Gazette de France, ce n'est pas parce que j'y attache une importance exagérée, mais uniquement parce qu'elles m'offrent l'occasion d'une explication utile à répéter.
Ces lignes de la Gazette de France^ les voici :
M. de Girardin demande le désarmement par la guerre, résolument entreprise, habilement conduite, rapidement terminée. Il est donc bien vrai, ainsi qu*on Ta annoncé, que M. de Girardin s*est réconcilié avec le prince Napoléon.
Je ne me suis pas réconcilié avec le prince Napoléon, par une excellente raison, c'est que jamais je ne me suis brouillé avec lui.
Si le jour du jugement du 6 mars 1867 qui m'a condamné pour un article qu'il serait curieux de relire aujourd'hui, si la loi permettait de le réimprimer, j'ai publiquement déclaré
(1) V*ir plni haat pages 61 et 66.
STABO. 475
qae je renonçais à des rapports dMntimité établis depuis 1847, c'est Tamitié et non an autre sentiment qui m*a dicté cette déclaration. Ce jogemefit rendu faussait les situations, puisqu'il faisait de moi ce que je n'étais pas, ce que j'étais loin d'être : un ennemi du gouvernement issu des votes du 10 décembre 1848, du 20 décembre 1851 et du 21 novembre 1852; et, comme toute situation fausse est incompatible avec la netteté de mon caractère et l'indiscipline de ma plume, je cessai de voir le prince Napoléon et sa sœur, la princesse Mathilde, et c'est afin dç ne pas me brouiller avec eux que je me suis séparé d'eux, en leur restant ce que j'étais : profondément afifectionné et cordialement dévoué.
Cette situation n'a pas changé et ne changera pas aussi longtemps que la politique du gouvernement sera ce qu'elle me parait être: l'absence de (bute politique, l'assouflissement dans une ornière au bord d^un abîme.
J'ignore quelles opinions, quelles impressions le prince Napoléon, très-judicieux et très-attentif observateur, a rapportées de ses voyages à Berlin, à Vienne, à Constantinople, d'où il revient ; mais ce que je crois savoir, c'est qu'il n'est pas plus de mon avis en 1868, lorsque je conseille la guerre contre la Prusse dans l'intérêt de la France, que je n'étais du sien, en 1863, lorsqu'il conseillait la guerre contre la Russie dans l'intérêt de la Pologne. Ce dissentiment profond, je dois le dire à son éloge, n'a jamais altéré son amitié pour moi.
Si la Gazette de France a le respect de la vérité, qu'elle s'abstienne donc désormais de faire remonter à qui que ce soit la responsabilité des articles que je signe, la seule que j'accepte. Ils ne sont jamais que l'expression de ma conviction personnelle et de l'étude consciencieuse que j'ai faite des questions que je traite. Cette conviction personnelle, tout mon passé est là pour attester que jamais elle n'est influencée par des considérations d'amitié. J'ai le malheur d'être
né indépendant, c'est là ce qui a toujours fait à la fois ma force et ma faiblesse. -
Ma faiblesse! parce que Tindépendance isole, sans elle je serais arrivé avec Tun des partis qui ont triomphé.
Ma force! parce que, le lendemain de leur avènement, tous les partis, tous, ayant renié la liberté, Tidole quMIs encensaient la veille, je l'aurais reniée comme eux et serais tombé justement avec eux, tandis que, ne lui ayant jamais été infidèle un seul jour, une seule heure, je suis resté debout, méritant ma devise.: Stabo,