LA POLITIQUE DE RÉCRIMINATIONS
Prusse, un antre petit État, grandir et en train de. devenir TAllemagne, la France, qui voit la liberté dont Jouissent à ses portes TAngleterre, une grande nation, la Belgique et la Suisse, deux toutes petites nations, lorsqu'elle se compare aux pays que je viens de nommer, se sent petite et rapetissëe. Puis-je et dois-je lui donner tort? Puis-je et dois-je la condamner quand je Tentends dire : Cela ne peut pas durer ainsi?
Ne vous arrêtez plus à regarder en arrière; appliquez- ¥ous à regarder uniquement en avant! He tentez pas de glorifier le passé, contentez-vous de glorifier Tavenir, non par de stériles paroles , mais par des actes virils qui le rendent glorieux !
LA POLITIQUE DE aiGaiMiirATioirs.
89 toàt 1868.
Ce qu*il y a de plus facile et de plus inutile au monde, c'est de récriminer.
Aussi la politique de récriminations n*a-t-elle jamais été la nôtre.
On pouvait avec raison et justice reprocher à Louis-Philippe, proclamé le 29 juillet 1830 lieutenant général du royaume, de n* avoir pas employé Tautorité et le pouvoir que lui donnait ce titre pour placer et maintenir sur la iéie du jeune duc de Bordeaux, alors enfant, la couronne de son grand-père, le roi Charles X, au lieu de T usurper et de se la poser sur la tête le 9 août. La révolution du 24 février est là pour attester que cet acte de haute loyauté eût été un acte de haute politique. Plus d'une fois il nous est arrivé de Tavouer, notamment à Toccasion de la flétrissure infligée aux
visiteurs de Belgrave square; mais lorsque Timpartialité et la vérité nous dictaient cet aveu, c'était toujours sans amertume et sans baine que nous le faisions.
On pouvait avec non moins de raison et de justice reprocher son orîgine à la République du 24 février 1848, car c'était de Témeute de la rue et non du progrès des idées qu'elle était Tœuvre. Quoique alors nous ne fussions pas républicain, quel fut le premier cri que nous arracha le sentiment d'une situation qu'il fallait sans hésitation couper court pour l'empêcher de verser dans l'ornière sanglante des proscriptions? Ce fut ce cri retentissant : Confiance ! confiance I
Les reproches mérités par la Royauté du 9 août 1830 et par la République du 24 février 1848 peuvent être adressés 4vec autant de fondement à l'Empire issu du 2 décembre 1851. Aussi notre conduite à son égard a-t-elle été exactement la même que celle que nous avions tenue à l'égard des deux gouvernements précédents. Nous ne lui avons pas sévèrement demandé: D'où venez-vous? Nous lui avons simplement demandé: Où allez-vous? où nous conduisezvous?
Le journal la France se sert donc de gros mots que nous sommes étonné de trouver dans ses colonnes, lorsqu'il attribue à des « sentiments de colère et de haine » une protestation uniquement dictée par le besoin impérieux de défendre la liberté, qu'il avait outragée.
Assurément, s'il est un reproche que mérite notre opposition, ce n'est pas celui d'une sévérité excessive ; ce serait plutôt celui d'une tolérance extrême. Tolérance et expérience sont deux compagnes qui rarement se séparent.
Mais il ne faut pas qu'on blesse en nous le sentiment de l'équité ; mais il ne faut pas qu'on insulte à la fidélité de notre mémoire par des déclamations mensongères contre une ce démagogie » imaginaire et une « terreur de l'anar^ chie v qui n'existait pas, qui ne pouvait pas exister en 1851,