‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 18 sur 192 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Au peuple français.

« Français !

» Vous n'avez pas oublié la proposition que j*ai adressée

le 4 novembre 1863 à tous les sonverains de TEarope, et qoe j*ai communiqaée an Sénat et au Corps législatif à Tonvedore de leur session.

» Si celte proposition, qui avait pour but le désarmement enropéen et pour moyen la convocation d*un Congrès, eût été favorablement accueillie , ainsi que le commandait Tintérét de tons les peuples, les événements qui ont rompu en 1866 Téquilibre européen ne se fussent pas accomplis, c{tr motifs et prétextes eussent également manqué au gouvernement prussien.

s Exagérés en 1863, les armements de FEurope le sont bien plus encore en 1868.

V Lorsque je n*ai point hésité à lui imposer les sacrifices d'hommes et d*argent impérieusement nécessités par Tappel sous les drapeaux de tous les Français valides âgés de vingt à vingt-neuf ans et par Tadoption de nouveaux fusils, la France a lu clairemAt dans ma pensée. M^algré tout ce qui a pu ou dû être dit, la France ne s*est point méprise; elle sait que pour sa sécurité , sa dignité , sa juste et nécessaire influence, il n*est pas de sacrifices que je ne fasse sans hésitation, pas de périls et de risques personnels que je ne sois prêt à afi*ronter.

v Seul responsable des destinées que vous m'avex confiées, Français, c*est à vous que je m*adresse directement et que je pose cette question : Si la Prusse, qni a dans ses mains les clefs des principales forteresse's qui vous menacent, ne désarme pas, la France peut-elle désarmer? Et si elle ne le doit pas, peut-elle s'imposer indéfiniment la charge écrasante de contingents de cent mille hommes enlevés chaque année à leurs familles, à leurs champs, à leurs ateliers ?

Ti Si, comme moi, vous pensez que, sous peine de voir le chiffre de votre population demeurer stationnaire et peutêtre même décroître, le moment est venu de mettre un terme

à un état anormal qui est la guerre toujours eipectante, vous approuverez la lettre que j'ai adressée, il y a dix jours,

le à mon ministre des affaires étrangères ^ et qui

dessinait Tattitude que devaient prendre et le langage que devaient tenir au dehors tous ses agents. La Prusse, qui a eu communication de cette lettre, refuse péremptoirement de convoquer un Congrès qui statuerait sur les événements de 1866, et de vous donner les légitimes garanties que je lui ai demandées en votre nom.

TU Le désarmement européen, auquel il eût été désirable d'arriver par un congrès, n'est donc plus possible que par la guerre.

V Inévitable, est-il préférable de l'ajourner ou de la précipiter?

D Après avoir pesé toutes les raisons pour et contre, mon avis est que, puisqu'elle ne peut être évitée, la prudence commande de ne pas l'ajourner, ca^e moment est favorable et nous sommes complètement prêts.

» Des complications peuvent survenir. Ce serait manquer de prévoyance que de permettre à la Prusse de les attendre pour en profiter et les tourner contre nous.

» J'entreprends cette guerre , dont le désarmement européen est le but principal, sans avoir rien tenté pour m' assurer la coopération d'aucun allié.

1» J'ai pensé que tout allié qui se rangerait du côté de la France mettrait un autre allié du côté de laPrnese. J'ai préféré circonscrire la guerre entre les deux pays, lesquels disposent de forces militaires numériquement égales. D Je compte sur la neutralité de l'Europe. » Cette neutralité m'est garantie nar les sympathies de tous les peuples, qui ont le même inrerêt que vous à la réduction considérable des armées permanentes et des dépenses ruineuses.

» Ma sincérité ne saurait être suspecte, puisque j'ai offert

aa gouvernement prussien de renoncer à la revendication de DOS frontières de 1801, à la condition que tous les territoires enclavés entre nos frontières actuelles et nos frontières naturelles seront réunis dans les mains d'un seul souverain,

dont TEtat neutralisé sera le nouvel axe immo)>ile sur lequel tournera l'Europe , et que ce souverain opérera sans aucun délai le rasement de toute forteresse construite sur les territoires enclavés, et s*interdira expressément d*en construire aucune.

» Si les Allemands des provinces rhénanes, cessant d*ètre Prussiens et Bavarois, redeviennent Français, ce qu*ils ont été longtemps, et ce qu*ils n*ont cessé d'être qu'avec des regrets qui ont mis, après 1815, beaucoup d'années à s'effacer, ce sera à la Prusse et non à la France qu'ils devront s'en prendre. Ce sera le gouvernement prussien qui l'aura voulu en repoussant la proposition que je lui ai spontanément faite de les ériger en État intermédiaire.

0 Fidèle à mes antécédente de 1854 et de 1859, quoique ce soit cette fois non pour le compte de la Turquie , non pour le compte de Tltalie, mais pour le compte de la France, c'est comme pacificateur et non comme conquérant que j'entreprends cette troisième guerre.

Il J'ai l'espoir qu'elle sera promptement terminée; s'il en est ainsi, il me suffira, pour subvenir à ses dépenses, des ressources de la dette flottante ; la proposition que je ferai de consolider la portion dont elle aura été accrue saisira natarellement le Corps législatif de la question dont je n'aurai pas hésité à assumer sur moi personnellement toute U responsabilité.

« Ce sera le dernier acte du pouvoir personnel que m'a attribué la Constitutioa.

» Dès que le désarmement européen aura fondé la paix européenne, la récompense que je vous demanderai de décerner par un plébiscite à ma sollicitude paternelle, ce

sera le rétablissement de la responsabilité ministérielle, impliquant , comme en Angleterre , Tinviolabilité souveraine.

» Français, dont le cœur bat au nom de Charlemagne; Français, dont le cœur bat au nom de la République; Fran* çais, dont le cœur bat au nom de Napoléon le Grand; Français de toutes opinions et de tous partis, n^ayons tous qu*une pensée, la même : reconquérir nos limites naturelles, devenues, par le renversement de la Confédération germanique et par Tunité de commandement militaire attribué au roi de Prusse, nos limites nécessaires.

» N*ayons tous qu*un seul cri : Le Rhin! Rien de plus, rien de moins, v

a NAPOLÉON.»

Supposons qu'au lieu d'être imaginaires et Tœuvre d'un journaliste, ces deux pièces soient réelles et Tœuvre d'un souverain ; supposons qu'au lieu d'être publiées dans la Liberté, elles aient paru dans le Moniteur universel, qu*en penserait et qu'en dirait la France?

Page 1