‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 37 sur 192 · CARTES SUR TABLE · texte numérisé non relu

CARTES SUR TABLE

Cependant, alors même qu*il en était ainsi, cela n*enipécbait pas la Restauration de toot mettre en œuvre pendant quinze années, de 1815 à 1830, afin de bAter le retour à la France de ses frontières naturelles, considérant, avec Cbateaubriand, que « Landau détacbé de la France, Hun ningue rasé, ouvrent une large brècbe dans nos frontières, 0 et qu*un combat malbeureux à nos armes suffirait pour 9 amener Fennemi sous les murs de Paris; que, Paris V tombé, Texpérience prouve que la France tombe, et » qu^ainsi notre indépendance nationale est livrée à la « cbance d*une seule bataille et à une guerre de huit t jours. »

Mais maintenant que Tempire d'Allemagne, qui avait cessé d'appartenir à l'Autricbe, appartient militairement à la Prusse, ne serait-ce pas un crime de lèse-nationalité de laisser insoucieusement dans les mains de cette puissance envahissante les clefs de toutes les forteresses dont nous ne laissons écbapper aucune occasion de mettre les noms sous les yeux de nos lecteurs? Qu'ils ne perdent jamais de vae ce redoutable quadrilatère allemand formé par :

Gobleoli • y 7 • Mayoïeft

Surreloiiit*^ /• Genmnheîm

* Ltndao

Lorsqu'on se souvient de tons les périls que l'Italie a bravés, de tous les sacrifices qu'elle s'est imposés, de toutes les combinaisons qu'elle a ourdies pour s'emparer du quadrilatère autricbien, formé par Legnago, Mantoue, Pescbiera et Vérone, on ne peut s'empêcher de s'adresser avec tristesse cette question : Les Français auratent-ils donc moins de prévoyance, moins d'habileté, moins de patriotisme que les Italiens? Le quadrilatère autrichien qui menaçait Tlta-

lie, maintenant la protège; le quaiirihUère allemand qui menace la France ne se cliangera-t-il pus pareillement pour elle de menace en protection, et ne lui permettra-t-il pas ' de réduire considérablement son armée de 900,000 soldats, plus 500,000 gardes nationaux mobiles?

Rasement de toutes les forteresses enclavées entre nos frontières actuelles et nos frontières naturelles, a6n de rendre possible le désarmement européen, ou retour à la France de toutes ces forteresses, en cas de refus de la Prusse de consentir et de concourir à rétablissement soit d'un seul État franco-germanique composé de 9,500,000 habitants, soit de deux Etats mixtes composés chacun de 4,750,000 habitants environ, Tun se nommant royaume de Belgique, Tautre se nommant royaume des Pays-Rhénans, et celui-ci pouvant être donné en toute souveraineté au roi de Saxe, tombé en vassalité : lorsqu'on peut poser cette alternative et la soutenir avec neuf cent mille soldats ayant derrière eux une nation aussi brave que la nation française, on n'a pas besoin de descendre à des prétextes plausibles; les motifs fondés suffisent.

D'ailleurs, ces prétextes, quels seraient-ils?

Si la Fracice <;ommettait la faute de chercher ses prétextes dans ce qui tend à se faire de Tautre côté du Rhin, sur les deux rives du Mein, ce serait alors qu'elle s'affaiblirait; ces prétextes ne seraient pas plausibles, ils seraient puérils.

Loin de nous la politique fourbe et fourbue! Finissons vaillamment comme a fini M. de Bismark ; ne commençons pas subrepticement comme il acommencé.

Jouons cartes sur table,

La loyauté de la France est ce qui nous assurera la neutralité de la Russie.

L'EUROPE DÉFINITIVE. iSi

L'EUROPE DiFINITlVS.

30 août 1868.

Sous ce titre :* Quel est V ennemi héréditaire de fAUe^ magne ^ vient de paraître en Allemagne one brochure qui a ea un grand nombre d'éditions. Traduite de Tallemand par M. R. P. de la Madeleine, cette brochure est un appel aux aiTDes de la France contre la Prusse au nom des États dont Tannexion a eu lieu après la bataille de Sadowa.

A Tinvitation furibonde qui nous est adressée, nous répondons par le refus le plus absolu,

La politique de Pénélope, qui consiste à défaire ce qui a été fait afin de le refaire, n'est pas la nôtre.

C'est grâce à notre intervention armée que l'Unité géographique de l'Italie s'est faite ; c'est grAce à notre neutralité non atteative que l'Unité géographique de l'Allemagne s'est faite militairement déjà, en attendant qu'elle s'achève ter^ ritorialement et monarcfaiquement. Que devons*nous vouloir et que voalons*nou8? Nous voulons et nous devons vouloir que rUnité géographique de la France se fasf(p, au même titre que se sont faites l'Unité géographique de l'Italie et VUnité géographique de l'Allemagne ; non pas que nous nous exagérions la valeur défensive et l'importance militaire de la ligne du Rhin, mais nous pensons qu'un état de choses qui oblige la France à entretenir une force armée de quatorze cent mille hommes, laquelle force armée entretient en Europe la défiance, qui sème l'instabilité, ne saurait durer indéfi*niment.

Si cet état de choses ne doit pas durer, s'il ne peut pas durer et que cependant il nous énerve et nous affaiblisse,

est-ce que le mieux n'est pas d'y mettre le terme le plus court, soit par une habile négociation diplomatique, soit par un grand acte de virilité nationale?

Que l'on commence par épuiser toutes les combinaisons diplomatiques avant d'en venir aux mains, et que l'on ne tire les^épées du fourreau qu'après que toutes les négociations, qu'après que toutes les mises en demeure seront restées infructueuses, c'est ce que conseillent T humanité et la civilisation ; c'est ce que nous sommes d'avis que l'on fasse, mais activement, fermement, avec l'autorité que donne une volonté qui s'est exactement rendu compte de ce qu'elle veut et de ce qu'elle peut, et qu'on sait devoir être inébranlable.

Il y a des circonstances suprêmes dans la vie des nations où l'insufBsance est aussi coupable que la trahison, car elle est non moins fatale. Si ces paroles atteignent M. de Moustier, ministre des affaires étrangères, qu'il n'en accuse que lui et son insouciance !

La Prusse n'ignore pas, la Prusse ne peut pas ignorer les résistances que lui oppose le sentiment autonomique. Ces résistances, elle les vaincra avec le temps ; mais elles seront d'autant plus vives, d'autant plus opiniâtres, d'autant plus difGciles à vaincre, qu'elles trouveront à l'extérieur un point d'appui pins ferme et plus large.

Pourquoi ne pas profiter de cette situation favorable?

Pourquoi ne pas jouer le grand jeu ?

La Prusse, elle ne s'en cache pas, aspire à devenir, sous le nom soit d'Empire allemand , soit d'empire d'Allemagne, une grande puissance à la fois territoriale et maritime.

Ne marchandez pas la Prusse, monsieur le marquis, tentez-la !

Offrez-lui carrément de prendre tout ce qu'il est nécessaire qu'elle possède pour être l'Allemagne définitive, à la condition qu'à son tour la France soit la France définitive,

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