‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 38 sur 192 · L'EUROPE DÉFINITIVE · texte numérisé non relu

L'EUROPE DÉFINITIVE

la France telle qu'elle a été déjà, la France telle qu'elle doit exister de nouveau, puisque la politique économique s'est efikcée depuis J 866 pour laisser malheureusement la politique territoriale reprendre son ancienne place, qu'elle avait perdue.

L'Allemagne étant l'Allemagne définitive, la France étant la France définitive, l'Italie étant l'Italie déHnitive, l'Europe ne tarderait pas à être l'Europe définitive, ce qui serait le désarmement européen, puisqu'elle n'aurait plus à appréhender de guerres intestines.

Si cela ne se fait point par la diplomatie, que cela se fasse par la guerre , mais que cela se fasse au plus vite ! Tons les peuples àçut l'Europe se compose sont intéressés à ce que l'instabilité européenne dont ils souffrent ne se prolonge pas indéfiniment.

Nous ne nous dissimulons pas que le partage de la Hollande entre la France et la Prusse , que l'attribution du port de Trieste à l'Allemagne, que l'incorporation à la France delà Belgique et des pays rhénans n'auraient pas lieu sans faire naître des objections de la part de l'Angleterre et de l'Autriche, et des difficultés de la part des populations annexées; mais nous ne connaissons aucun moyen de faire une omelette sans casser d'œufs.

L'Europe peut-elle subsister telle qu'elle est?

Non.

Alors ni les uns ni les autres ne nous laissons donc arrêter par aucune considération secondaire qui ne serait que la prolongation d'un provisoire funeste.

Épée ou compas à la main, Taisons à chacun équitablement sa part !

Cherchons de bonne foi toutes les compensations qu'il sera juste et possible d'offrir aux peuples incorporés et aux souverains médiatisés qui feront les frais d'un partage rationnel

et définitif de l'Europe : compensations ierritoriales, avantages économiques ou indemnités pécuniaires !

Dégageons-nous des lieux communs que se transmettent et que répètent les générations successives sans réfléchir et sans s'apercevoir que ce qui, avant la découverte de TAmérique, avant la navigation à vapeur, avant les chemins de fer, avant les télégraphes électriques, avant la facilité des communications internationales, avant la nécessité des échanges commerciaux, etc., etc., pouvait être vrai, a cessé de Têtre.

Parce que la Russie a des ports dans la Baltique, pourquoi, par exemple, s'obstinerait-on à ériger en principe que rintérét et la sécurité de TEurope exigent que la Méditerranée soit fermée à la marine russe ?

Le principe, le progrès, c'est qu'il ne doit plus y avoir dans le monde entier aucune mer fermée, aucune mer barrée par aucun détroit armé !

La féodalité des mers a fait son temps ; le temps est venu de la liberté des mers !

Faites de ce principe, faites de ce progrès le fondement de votre politique; achetez, pour le*compte de l'Europe, à la Turquie lourdement obérée, la neutralisation des Dardanelles, sans craindre de voir le pavillon russe prendre sur les eaux de la Méditerranée une trop grande place, et la Russie ne mettra pas plus d'obstacle à TUnité géographique de la France qu'elle n'en a mis à l'Unité géographique de l'Italie et à l'Unité militaire de l'Allemagne.

La Russie vous a dit son secret : elle n'a aucun intérêt à l'agrandissement de la Prusse, car en s'agrandissant la Prusse s'émancipe, et, s'afiranchissant de la tutelle moscovite, elle peut devenir une voisine qui exige désormais que te gouvernement russe compte avec elle.

Il suffît de jeter les yeux sur une carte de l'Europe eu 1868 pour reconnaître que la France est maintenant trop

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