‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 42 sur 192 · LES VISITES A PARIS DES SOUVERAINS · texte numérisé non relu

LES VISITES A PARIS DES SOUVERAINS

Lorsqu'on parcourt tous les volumineux rapports, tous les livres et toutes les brochures qui ont été publiés sur les conditions que doivent impérieusement remplir les armées permanentes dans Tétat actuel de l'Europe , la réflexion qui vient naturellement à Tesprit est celle-ci : Ne serait-il pas infiniment moins difficile de supprimer les armées perpé-^ tuelles que de les organiser avec Timmense développement qu'elles ont pris, qui n*a fait et qui ne fera que croître sans mesure et sans fin?

Qui empêche de les supprimer, en commençant par les réduire au moyen d*une convention portant soit abolition du recrutement obligatoire, soit fixation d'un chiflre proportionnel à la population, tel que celui de 1 0/0?

Au mois de juin 1867 l'empereur de Russie était à Paris, où il habitait le palais de l'Elysée, tandis que le roi de Prusse logeait au palais des Tuileries: si pendant ce séjour l'empereur des Français, l'empereur de Russie et le roi de Prusse s'étaient mis d'accord tous les trois pour donner aux autres souverains l'exemple du désarmement, croit-on que tous ne se fussent pas empressés de l'imiter?

Cet exemple, lequel de ces souverains n*eât pas été trop heureux de le suivre?

Assurément ce n'eût été ni l'empereur d'Autriche ni le roi d'Italie, dont les finances sont dans le piteux état attesté et par les déficits annuels de leurs budgets, et par le taux et le cours de leurs emprunts.

Donc, le désarmement de l'Europe a dépendu en 1867 de trois souverains, lesquels se voyaient tous les jours, étaient fraternellement réunis dans la même ville, déjeunant, dînant à la même table, allant ensemble le soir au spectacle dans la même loge. Près d'eux étaient leurs premiers ministres, à savoir: le prince Gortschakoff, le comte de Bismark, etM.Rouher.

Lorsque ces trois souverains et leurs trois ministres pouvaient en ne faisant couler qu'une goutte d'encre attacher impérissablement leurs noms à une si grande mesure et s'inscrire glorieusement parmi les bienfaiteurs de l'humanité, comment la tentation ne leur en est-elle pas venue?

Où eût été l'obstacle et d'où fût venu le péril ? Ce péril et cet obstacle, impossible de les découvrir, impossible de les montrer.

Quelle belle occasion manquée et quelle déception! Oui, quelle déception I car les peuples ne sauraient s'imaginer que des réunions d'empereurs et de rois puissent avoir lieu sans laisser après elles d'autres traces plus durables que des tiges de fleurs fanées, des débris de feux d'artifice tirés, des gratifications données et des rubans échangés.

La guerre, nous parlons de l'Europe, n'est plus dans les idées, dans les mœlirs, dans les intérêts des peuples. Sans les gouvernements qui l'attisent et qui en sont les vestales, elle s'éteindrait d'elle-même ; déjà elle se serait éteinte.

La guerre n'est pas comme le feu ou l'inondation ; ce n'est pas un risque qui existe par lui-même ; c*est un risque de création humaine, qui disparaîtra comme un fantôme

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