‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 43 sur 192 · LES VISITES A PARIS DES SOUVERALVS · texte numérisé non relu

LES VISITES A PARIS DES SOUVERALVS

aussitôt qoMl se trouvera un souverain qui osera souffler dessas.

Finissons-en donc avec toutes les banalités, avec tous les lieux communs, avec toutes les phrases creuses, sur la prétendue impossibilité de supprimer la guerre, et, conséquemment, sur la prétendue nécessité de maintenir à perpétuité des armées permanentes, qui sont la permanence de la misère et de Tignorance !

Ne perdons pas le temps à discuter petitement si la durée du service sous les drapeaux doit être portée de sept ans à neuf ans, si les hommes de la réserve pourront se marier quelques mois plus tôt ou devront se marier quelques mois plus tard, si le remplacement sera oui ou non autorisé dans la garde nationale mobile, si les exercices et les réunions excéderont ou n*excéderont pas tel nombre de jours par année; osons prendre la guerre corps à corps et lui dire en face la vérité:

Guerre, c*est te faire trop d*honneur que de t*appeler la barbarie; ce que tu es, c*est la bêtise. Nous portons à tous tes défenseurs le défi de démontrer le contraire.

Quelles raisons donnerônt-ils pour te justifier?

Prétendront'ils que tu es la conséquence de la mauvaise division de l'Europe, et ajouteront-ils que la paix ne régnera définitivement entre les grands et les petits États qui la composent qu'après un remaniement plus- équitable opéré par le sabre et homologué par un congrès?

Nous leur répondrons : Si tu es la conséquence d*une vicieuse division de l'Europe, il n'y a pas une minute à perdre ! Fais-toi absoudre de tous tes crimes et de tous tes désastres en changeant cette division vicieuse! Le plus tôt sera le mieux. Nuit et jour fabriquons les fusils reconnus les meilleurs, fondons des canons, approvisionnons-nous abondamment de cartouches et de boulets ! Que les munitions de toute nature ne puissent nous manquer , quelque considé'-

rable qu'en doive être la consommation, et que le service des ambulances ne laisse rien à reprendre ! Puis, dès que tout sera prêt, faisons un effort suprême, afin que cet effort suprême soit Tenterrement de la guerre et le désarmement de l'Europe !

Mieux vaut encore Tamputation que la gangrène.

La paix armée c'est la gangrène, et ce sera la révolution sociale I Tous les gouvernements européens en ont le vague pressentiment, sans qu'aucun d'eux fasse rien pour la prévenir, malgré ce cri prophétique dont le rocher de Sainte- Hélène nous a renvoyé l'écho : a Le vieux monde est à bout. »

Oui, le vieux monde est à bout, et cependant ceux qui le gouvernent se conduisent comme s'ils devaient durer toujours.

Que le vieux monde fasse ce qu'a fait le nouveau monde, ce qu'oni fait les États-Unis quand ils ont voulu abolir l'esclavage et la traite des noirs ! Que le vieux monde se donne pour mission et pour tâche d'abolir à tout prix le servage militaire et la traite des blancs I

Si cette œuvre tardive de civilisation que trois souverains auraient dû dater à Paris de juin 1867, ne peut plus s'accomplir que par la guerre, prenons-en résolument notre parti, et levons-nous comme un seul homme ; mais à la condition que cette guerre sera la dernière, et qu'il n'y aura plus ni de recrutement militaire obligatoire ni de paix armée.

La paix armée, c'est la guerre expectante, cette guerre qui ne tue pas, mais qui fait niourir, qui arrête la population dans son essor, qui la fait baisser dans sa taille, qui l'appauvrit dans son travail, qui l'énervé, qui l'étiolé, qui désagrège la famille et la commune, qui enlève au champ et à l'atelier leurs bras les plus robustes, qui est la ruine des nations, qui n'est pas la force et qui n'est pas la richesse.

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