‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 64 sur 192 · TELS CADRES, TELLE POLITIQUE · texte numérisé non relu

TELS CADRES, TELLE POLITIQUE

n ne faut pas s'abuser! Il ne faut pas croire que la France en a fini avec les interventions armées comme en Italie , et les expéditions lointaines comme au Uexique (1).

Interventions armées et expéditions lointaines sont la conséqaence des cadres considérables qu'exigent les effectifs exagérés.

Cadres excessifs, cadres nécessairement mal payés.

Or, moins l'officier est payé et plus il est pressé d'avancer.

En temps de paix prolongée, l'avancement est lent.

(1) Ce que coûtent les expéditioni :

1° Occopation de Rome (de 1852 i 1866). 30,776,996 fr.

99 Expédition de Syrie (1860 i 1861) 4,106,317

3» Expéditions de Chine et de Gochinchine (1860 i

4» Expédition du Mexique (1862 à 1866). 208,627,271

Total 272,743,058 fr.

Stni compter tout le matériel tiré de nos arsenaux, et qa*il a falhi remplacer. Si cet aigant firaaçais aYait été dépensé «or le sol français !

La vie de garnison est une triste existence. Ce n^est pas vivre, c'est croupir.

Depuis 1815, c'est-à-dire depuis cinquante-trois ans, il n'y a pas eu en Europe une seule guerre qui , comparative* ment au passé, pût s'appeler une grande guerre

Aussi, à défaut de grande guerre, comme autrefois, sous peine de mécontentement qu'il importe de prévoir et de prévenir, n'y a-t-il d'alternative qu'entre le licenciement de l'armée, comme en Amérique, ou l'emploi de l'armée en expéditions de la nature de celles qui depuis trente-huit ans ont arrosé de notre sang le plus pur le sol de l'Algérie, le sol de la Crimée, le sol de l'Italie, le sol du Mexique, le sol de la Chine et de la Cochinchine ; toutes expéditions dont pas une seule n'aurait eu lieu si jamais ce principe , qui est le notre, n'avait été transgressé :

Le sang français appartient exclusivement à la France.

Aussi longtemps que ce principe ne sera pas la loi du gouvernement français, nous verrons se succéder sans fin les interventions armées et les expéditions lointaines.

Lorsqu'un Etat entretient à grands frais une armée excessive, sur laquelle pèse lourdement le poids du désœuvrement de la vie de garnison ^ on comprexid aisément que la susceptibilité de cet État soit plus éveillée, et qu'il cède plus volontiers à la tentation de s'immiscer dans des affaires où l'intervention est une complication de plus. Les choses ont leurs lois inviolables.

Par les armements exagérés de la France s'expliquent tout naturellement nos expéditions lointaines de Chine, de Cochinchine et du Mexique , nos interventions 6n Crimée et en Italie.

Il ne faut pas perdre de vue que l'Algérie, depuis la capture d'Abd el-Kader, a cessé de donner à l'armée française l'activité et l'avancement dont elle a besoin.

Les soldats n'avançant que par exception, et n'aspirant,

LA LIBERTÉ ET L'ÉGALITÉ. tti

règle générale, qu*à leur libération, évidemment ce n'est pas en vue d'eux que sont entreprises ces interventions armées et ces expéditions lointaines ; ce ne sont donc pas eox qai sont la tentation, la pente, la chute, le gouffre; non, ce n'est pas l' effectif, ce sont les cadres.

Par essence, les cadres sont aussi belliqueux que, par nature, l'effectif est pacifique.

La nature des choses , la logique veut qu'il en soit ainsi , malgré toutes les affirmations contraires.

11 n'y a plus de grandes guerres, et jamais les armées n'ont été aussi immenses.

L'effectif de notre armée active, qui jusqu'en 1854 n'avait pas excédé 560,000 hommes, étant porté à 800,000 hommes, il faut compter que les cadres se composeront au moins de 28,000 officiers et sous-officiers.

Or les préceptes suivants spnt ceux d'un ancien officier général dont nous avons déjà invoqué l'aatorité et rappelé le nom , le comte Alexandre de Girardin :

Un gouvernement veut-il la paix? — qu'il réduise le nombre des officiers et qu'il augmente leur traitement.

Un gouvernement veut-il la guerre? — qu'il ait beaucoup d'officiers et qu'il les paye peu.

Tels cadrés, telle politique.

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