UNE INCONSÉQUENCE
Linterdiction du remplacement dans la garde nationale mobile, interdiction à laquelle la commission, d'accord avec le gouvernement, avait substitué rati/ort^â/ion, a trouvé dans M. Jules Simon un intrépide défenseur.
Ëst-il un seul de ses arguments contre le remplacement soas les drapeaux de la garde nationale mobile qui ne s'applique avec la même justesse et la même force au remplacement sous les drapeaux de Tarmée active?
Si « le remplacement au moment du danger est un sacrifice pour celui qui le subit et une lâcbeté pour celui qui le demande », est-ce donc moins vrai lorsqu'il s'agit d'un danger plus grand que lorsqu'il s'agit d'un danger plus faible? Le jdanger le plus grand n'est-il pas celui que l'on affronte sous les drapeaux de l'armée active? Le danger le plus Faible n'est-il pas celui que l'on attend sous les drapeaux de la garde nationale mobile?
Si le remplacement militaire, justement qualifié de ^traite des blancs » par l'ancien rédacteur du journal le Progrès du PaS'du'Calais ; si le remplacement militaire tombe sous les coups des articles 6 et 1780 du Code Napoléon, ces deux articles, invoqués par M. Jules Simon, ne sont-ils pas applicables dans les deux cas et sans aucune exception?
La même loi défend ce qu'elle a permis et finit par flétrir ce qu'elle a commencé par admettre.
Au temps où nous vivons, aucun principe ne régnant, il ne faut s'étonner d'aucune inconséquence.
La France va donc donner à l'Europe ce spectacle :
Autorisation de la ic traite des blancs » dans l'armée ;
Interdiction de la a traite des blancs » dans la garde nationale mobile.
On ne pourra pas se faire remplacer dans la garde nationale mobile et on pourra se faire remplacer dans l'armée active!
0 Logique !
0 Liberté!
0 Égalité!
Non ; l'on ne pourra pas se faire remplacer dans la garde nationale mobile, hormis le cas où u le remplacement serait autorisé au profit du chef d'un établissement agricole, industriel ou commercial, ou de celui qui le dirige, lorsque la présence de l'un ou de Vautre à la tête de cet établissement sera reconnue nécessaire, »
Devons-nous l'avouer! En matière d'arbitraire il y a des délicatesses que nous n'avons pas. Le plus ou le moins nous touche très-peu ; même si nous avions à opter, nous donnerions la préférence au plus sur le moins. Nous ne voulons de l'arbitraire sous aucun nom imposteur qui l'aide à s'ouvrir un passage, sous aucune forme hypocrite qui le fasse tolérer plus facilement, plus généralement et plus longtemps. Que gagne-t-on à le marchander! Moins l'arbitraire est grand et plus il se perpétue ; plus il est impudent et moins il dure. Nous méprisons la lâcheté, mais plus encore la lâcheté qui se cache que celle qui se montre. Nous haïssons la tyrannie, mais plus encore la tyrannie sans tyran que la tyrannie avec un tyran. Soyez ce que vous êtes! Si vous êtes l'arbitraire, ayez la franchise de vous appeler de votre nom!