FÉVRIER
Revue de la Sainte-Face
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« Montrcz-nous, Seigneur, votre Face, et nous serons sauvés. »
Ps. LXXIX, 4.
SOMMAIRE
Le culte de la Sainte-Face de Jésus. — Venez à moi vous qui souffrez et je vous soulagerai. — Les fleurs des bergers à la crèche. — Marie avant le Calvaire. — Comment s’est fait le plus beau des Crucifix. — A l’école du Bon-Pasteur. — Le grand drame de l’amour, l’Eucharistie et la Passion, étudié dans l’Evangile. — Une brebis égarée, ramenée au bercail par les influences eucharistiques du Bon-Pasteur. — Accueil bienveillant fa;t à notre Revue. — Jésus, le Bon- Pasteur, nom de suavité et d’amour. — J’ai fait ma Première Communion, moi ! — Petit Questionnaire. — La Sainte-Face défigurée par les pécheurs. — Un modèle dans la souffrance. — Jésus, le divin Semeur. — Aux Propagateurs de la Revue « La Voix du Bon-Pasteur ».
Le culte de la Sainte-Face de Jésus
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>LLE est admirable la manière dont Dieu pourvoit, selon les temps, aux besoins de la foi et de la piété. A chaque époque il lui donne ce qui lui convient. Jusque vers la fin du XIIIe siècle, il n’y eut pas d’autre matière du culte, d’autre objet de la prière publique que le dogme et les mystères. Les événements de la vie de Jésus-Christ et de la Vierge Marie, sa mère, les grands faits du Christianisme et le souvenir des Apôtres et des Saints, étaient seuls proposés aux hommages et à la piété des fidèles du Christ. Le cycle des fêtes était renfermé dans la célébration dç la Naissance, de lçt Passion,
de la Résurrection et de l’Ascension du Sauveur, de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et des autres faits de l’Evangile qui s’y rattachaient : Annonciation de l’Ange à Marie, adoration des Mages à Bethléem, purification de la Vierge-Mère et présentation de Jésus au Temple, institution de l’Eucharistie, Assomption de Marie au ciel, commémoration de tous les Saints.
Mais, au déclin du xme siècle, avec l’épanouissement de la foi, et aussi avec les aspirations nouvelles des esprits, l’objet du culte catholique s’étend ; ce ne sont plus seulement les faits de la vie de Jésus qui sont proposés au souvenir du peuple chrétien, c’est la personne même du divin Sauveur qui est offerte publiquement à ses adorations.
Sur la révélation d’une sainte moniale, Julienne de Mont-Cornillon, une fête nouvelle est instituée dans l’Eglise, et elle s’appelle de son nom liturgique « la fête du Corps du Seigneur », festum Corporis Domini . C’est le corps de Jésus-Christ lui-même qui en est l’objet, ce divin corps réellement et substantiellement présent dans la Sainte Eucharistie. Et bientôt la fête, que le peuple appelle dans son langage énergique, la Fête-Dieu, c’est-à-dire la fête par excellence de l’Homme-Dieu, se complète par l’établissement d’une procession publique, solennelle, dans laquelle le corps du Sauveur est porté triomphalement, sous les espèces eucharistiques, par les rues des villes, à travers les champs de la campagne.
Tout un ordre nouveau de dévotions naît de là. L’incrédulité raisonneuse commençait à discuter sur l’humanité divine de Jésus, sur sa présence corporelle dans le sacrement de l’Eucharistie ; Dieu commence, de son côté, à venir en aide à la foi, en lui apportant un nouvel aliment. Il se montre de plus près aux hommes, il leur offre d’abord son corps en adoration, comme pour mieux attester sa divine humanité.
Ce corps, qui est la nourriture mystique du chrétien, devient directement l’objet d’un culte extérieur, avec les processions, les expositions, les saluts du Saint Sacrement, qui entrent désormais dans la liturgie. C’est Jésus, Homme et Dieu tout ensemble, Jésus, vrai corps né de la Vierge Marie, qu’on adore, dans ces nouveaux hommages rendus à sa divinité et à son humanité à la fois.
Et, dans ce corps sacré, on en vient d’abord à adorer spécialement le sang, ce sang rédempteur du Calvaire, là où l’on croit en avoir conservé quelques reliques, et partout, en esprit, à la pensée de sa divine vertu, en souvenir de sa généreuse effusion sur la croix pour le salut du monde. Le sang du Christ immolé, ce précieux liquide, sorti de ses
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veines par toutes les plaies de son corps, devient l’objet de prédilection de ses amoureux adorateurs.
Par la suite des temps, Dieu permet une nouvelle et plus tendre manifestation de sa divine personne. Cette fois, c’est son cœur lui-mème que Jésus révèle au monde, dans une apparition à une humble religieuse ; c’est son cœur qu’il offre à l’amour des hommes, comme le signe par excellence de son amour pour eux, comme le plus sensible attrait pour leur piété.
Le culte de la personne même du Christ se continue et se complète par la dévotion à la Sainte-Face. Cette dévotion est ancienne dans l’Eglise.
Elle a été, pour ainsi dire, instituée par Jésus-Christ lui-même, le jour de sa mort, lorsque, d’après une antique et vénérable tradition, Il imprima ses traits sur le voile avec lequel une pieuse femme de Jérusalem essuya son visage ensanglanté. Elle s’est peu à peu épanouie parmi les chrétiens, avec l’adoration croissante des plus fidèles dévots du Christ envers sa sainte humanité. Le cœur chrétien devait s’éprendre de ce divin visage, qui est ^expression la plus noble et la plus sensible de la personnalité de l’Homme-Dieu.
La divinité du Verbe est inaccessible à l’homme ; elle ne sera comprise qu’au ciel, où elle sera l'objet de la contemplation et de la félicité éternelle des élus ; mais son humanité déifiée tombe sous les sens de l’être intelligent, et elle lui montre un ensemble de perfections et de beautés, digne de se§ adorations et de son amour. Tout est adorable en Jésus-Christ, son âme et son corps, son intelligence, sa pensée, sa volonté, chacune des parties spirituelles et corporelles de son être, et rien ne peut être séparé du tout dans le culte rendu au Fils de Dieu fait homme. Mais, eh lui, son divin visage devait exercer un attrait particulier pour ses disciples et ses amis.
Le visage est la personne elle-même ; il est le miroir de l’âme, le reflet de tout ce qu’il y a de plus intime en chacun ; il est l’expression sensible de la nature morale de l’individu. Les yeux, la bouche, le front, le nez, tout parle dans le visage et montre ce qu’est la personne. L'homme est tout entier dans sa physionomie. C’est par le visage qu’il est ce qu’il est; c’est par le visage qu’il se distingue des autres; c’est par le visage qu'on le reconnaît : son visage est lui-même.
L'adorable face de Notre Seigneur, cette face divine et humaine
LÀ VOIX !>tî BON-PASTÈÜft
à la fois, a, de bonne heure, provoqué les hommages et l'affection des chrétiens. On s’est attaché à elle ; on l’a aimée, dans les représentations que la tradition et l’art en avaient données, comme on aime le crucifix, quelles qu’en soient la forme et la matière.
La dévotion des chrétiens s’est surtout attachée au souvenir des outrages infligés à la face adorable du Sauveur dans sa Passion, et à l’acte touchant de compassion auquel on doit l’impression de cette divine face sur le voile de Véronique. En honorant la Sainte-Face de Jésus, on honorait le martyre du Sauveur, la patience, la douceur, la bonté infinie qui lui ont fait endurer les coups dont elle a été meurtrie, les crachats dont elle a été souillée. On honorait aussi, par la pensée, ou par la vue des images reproduisant l’empreinte laissée sur le voile de la pieuse femme de Jérusalem, les traits vivants du Christ, cette auguste figure baignée de sueur et de sang, qu’on aimait à contempler soit en imagination, soit à travers les portraits, plus ou moins exacts, qui passaient pour avoir conservé le divin original.
Cette Sainté-Face, toute sanglante et tuméfiée, en même temps qu’elle proclamait l’amour infini du Sauveur pour l’humanité, rachetée au prix de sa mort, elle prêchait aux hommes la pénitence et la mortification, l’esprit de sacrifice, la patience et la résignation, la charité, à l’exemple de celle de l’Homme-Dieu. Aussi plusieurs saints, sainte Gertrude, sainte Mechtilde, en particulier, ont-ils eu envers elle une piété spéciale.
Depuis un demi-siècle, la dévotion à la Sainte-Face s’est extraordinairement répandue. Elle est entrée, d’une certaine manière, dans le culte public, et elle y remplit une fonction, en quelque sorte officielle, de réparation envers le divin Sauveur, pour les blasphèmes dont le saint nom de Dieu est l’objet et la violation du repos sacré du dimanche.
Mais cette dévojion est appelée à prendre un développement plus large encore, depuis l’événement providentiel qui a révélé, sur le Saint- Suaire de Turin , l’image du Christ, que le divin Crucifié y a laissée par une intention toute miséricordieuse . Ce n’est plus seulement ici une de ces effigies traditionnelles, plus ou moins avérées, une de ces images que la croyance populaire se plaisait à considérer comme miraculeuses ; ce n’est plus seulement une de ces représentations plastiques du divin Sauveur, dont se contentait la piété, c’est la figure même de ce Dieu adorable, c’est
\fE PROPRE PORTRAIT DE JÉSUS-CHRIST
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Avec l’image authentique du Saint-Suaire de Turin, le culte de la Sainte-Face a donc son objet sensible, et tire de la réalité une forme et une douceur nouvelles ; il s’adresse au visage même, aux traits vivants de l’adorable Sauveur.
C’est Lui qu’on voit, c’est Lui qu’on reconnaît, c’est Lui qu’on peut adorer et aimer dans la vérité de sa sainte humanité, dans la divine beauté et majesté de sa personne, tel qu’il était sur la terre, tel qu’il était dans le tombeau.
Il y a là une grâce particulière de la divine Providence pour notre temps, et, désormais, le culte de la Sainte-Face, associé à celui du Sacré-Cœur, ouvrira pour le monde une source nouvelle de piété et de bénédictions célestes. p)
a. Vous obtiendrez, par ma Sainte Face, le salut de beaucoup de pécheurs ; avec cette offrande rien ne vous sera refusé. »
Jésus à la Sœur St-Pierre
P) Prix de la Sainte-Face. — Petit format, comme ci-dessus, 0.75 — Format moyen, 5 fr. — Grand format, 26.90
"V enez à moi, üous qui souffî-vez
et je üous soulagerai
« Il était méprisé, le dernier des hommes, un homme de douleur qui connaît la souffrance ; son visage était caché ...
« Vraiment il a porté nos langueurs ; il s'est chargé lui-même de nos douleurs... x> Isaïe, ch. lui.
W a souffrance est la grande loi de l’humanité, loi inéluctable, à itlW ^a(ïue^e personne n’échappe : c’est un fait d'expérience qui s’impose, même à ceux que des joies éphémères aveuglent.
Il y a des malheureux partout, et partout les malheureux sont les plus nombreux. Leur présence et leurs plaintes sont déjà un commencement de souffrance pour les autres. C’est un voisinage qui trouble leur paix, en attendant que leur tour vienne.
Le monde a beau multiplier les dévouements purement humains, qu’il décore de noms pompeux et vains de solidarité, altruisme, philanthropie, etc. ; en vain le progrès et la science, d’accord avec une civilisation qui semble bien être arrivée à son apogée, découvrent-ils chaque jour des moyens nouveaux pour adoucir et guérir les blessures du corps et celles du cœur, la triste loi subsiste, personne ne peut l’abroger, et le nombre de ses victimes ne diminue pas.
Il y a une épreuve qui dépasse toutes les autres et qui est la plus cruelle, parce qu’elle n’admet aucun réconfort et ne comporte aucune espérance : c’est celle des impies et des matérialistes de profession, pour qui la vie présente est l’unique vie. C’est aussi celle de tant de chrétiens, hélas !. qui n’ont conservé de leur baptême que le nom et dont l’existence se traîne dans le terre à terre des choses matérielles et contingentes. Après les illusions de la jeunesse et la première activité de la vie, quand l’heure des déceptions, des insuccès, des maladies et des deuils a sonné, que reste-t-il? Rien, absolument rien, sinon le gouffre et l’ennui, du désespoir ou du vice !
Mais il n’en est pas de même de ceux qui attendent la vie autre part que dans le monde présent, et gardent aux jours de l’épreuve toute la vaillance de leur foi agissante. Tout d’abord, ils savent que la souffrance est une œuvre de justice nécessaire, ils savent qu’elle est l’expiation du péché et que cette expiation généreusement acceptée attire le pardon, la miséricorde et l’amour d’un Dieu apaisé par le grand sacri-
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fice du Calvaire. Ils savent aussi que, grâce à Jésus, l’auguste et chère Victime, la douleur devient un acte méritoire... Je suis martyrisé et broyé sous les coups de l’épreuve, soit ! mais l’espoir me reste — que rien ni personne ne pourront détruire — d’une récompense magnifique et d’un bonheur sans fin, pour une peine qui n’aura duré que pendant les quelques années d’une vie humaine.
Aussi, ô mon très doux Sauveur, comme j’éprouve le besoin de vous exprimer les affections de mon cœur débordant de gratitude et d’amour !... Et ces sentiments se renouvellent surtout aux heures où je m’arrête à contempler votre Face adorable, meurtrie et ensanglantée, telle que vous m’en avez laissé l’empreinte miraculeuse, car c’est pour moi que vous avez voulu être « sans beauté et sans éclat, devenir le dernier des hommes, un homme méprisé et savant dans l’art de souffrir ! »
Et vraiment « vous avez porté nos langueurs et vous vous êtes chargé vous-même de nos douleurs pour pouvoir nous secourir et nous réconforter davantage, et devenir ainsi notre seul consolateur. Il a participé à tous nos maux, dit saint Paul ( Héb 11, 17), afin de devenir miséricordieux. »
Et en effet, Jésus a souffert toute douleur, parce que c’était la douleur de tous, il a souffert plus que personne au monde, parce que nul n’en pouvait « porter » autant que Lui. Il a souffert, sans interruption, depuis le premier instant de sa vie jusqu’au dernier, car il avait en naissant le plein usage de sa raison, comprenant la douleur qu’il endurait déjà et souffrant à l’avance toute celle qui devait venir. Il a souffert sans consolation, parce qu’il était venu pour boire le calice jusqu’à la lie. Il a souffert librement, spontanément et par amour pour nous, pour moi, pour tous les malheureux affamés de consolation et de bonheur !
Aussi, dit saint Bernard, qui hésitera désormais à lui découvrir ses plaies, à lui confier ses peines qu’il connaît pour les avoir ressenties, qu’il veut guérir, puisqu’il n’est venu que pour cèla, qu’il peut guérir, puisqu’il est la vie en personne ? (A suivre.)