MARIE ET LE CALVAIRE
arie est debout près de la Croix pour unir son oblation à celle de son Fils, et aussi pour porter en union avec lui tout le poids de l’expiation réclamée par la Justice divine. En effet, Marie compatit au divin Crucifié non en partageant matériellement ses douleurs, mais en souffrant avec lui uniquement de toutes ses douleurs, avec les mêmes sentiments, dans les mêmes intentions et pour les mêmes fins. Elle souffrit en réalité tous les maux et toute l’ignominie de la Croix, si bien que la cause de sa Compassion n’est autre que la Passion qu’on verrait imprimée en caractères sanglants dans son cœur, s’il venait à s’ouvrir.
« O Notre-Dame, s’écrie saint Bonaventure, où étiez-vous ? Etait-ce seulement près de la Croix ? Assurément, vous étiez plutôt sur la Croix avec votre Fils, attachée contre lui à cette Croix. La différence est qu’il y était de corps et vous, de cœur. Là, ô ma Souveraine, votre cœur fut percé par la lance, couronné d’épines ; là il fut bafoué, chargé d’ignominies, abreuvé de fiel et de vinaigre. Pourquoi, ô Marie, vous êtes-vous immolée pour nous ? La Passion du Fils n’aurait donc pas été suffisante, si la Mère n’avait pas été crucifiée L » Assurément la Compassion n’était pas nécessaire, mais elle appartenait de droit à la Mère, elle fut véritablement une partie de sa vie et dès lors elle ne pouvait point ne pas se manifester.
Mais tant de douleurs, endurées en communion avec son Fils, ne suffisent-elles pas pour assurer à Marie le titre de martyre. Si tant d’autres ont été martyrs parce qu’ils sont morts pour Jésus, Marie ne l’at-elle pas été aussi parce qu’elle est morte avec Jésus? Jésus, en effet a été, dans toute la plénitude du sens, martyr et Roi des martyrs, car II a été mis à mort pour rendre témoignage à la vérité. Or Marie, ayant souffert des douleurs mêmes de Jésus et pour la même cause, partage donc réellement son martyre. Sans doute, elle n’est pas morte sur le Calvaire, sans doute la rage des Juifs ne l’a pas atteinte directement ; toutefois, si elle a été préservée de la mort, elle le doit non à l’insuffisance de sa douleur, mais à une force divine qui seule l’a soutenue contre les assauts d’une mort certaine.
D’ailleurs pour être énergique, profonde, immense, la douleur n’a pas besoin d’une plaie sanglante. Marie était mère. Mais est-ce que dans son cœur, instrument d’une sensibilité excessive, la mère n’est pas (*)
(*) Stimuli Amoris. S. Bonav., t. XII, p. 638,
toujours prête à recevoir le contre-coup des souffrances qu’endure son enfant? Est-ce que les anciens n’avaient pas raison de dire : «Plus la mère est tendre et dévouée, plus elle est disposée et prompte à la douleur. » Et quelle mère fut plus tendre et plus dévouée que Marie ? Aussi, en poursuivant et en crucifiant Jésus, les Juifs poursuivaient et crucifiaient en réalité sa Mère ; et c’est pourquoi l’Eglise a proclamé Marie, Martyre et Reine des Martyrs.
La Compassion fut de plus une partie intégrante de la Passion en ce sens que l’une accroissait réellement l’autre. En dehors de l’abandon de son Père dans sa Passion, il n’y eut pas pour Jésus une souffrance égale à celle que Lui causait le spectacle de la Compassion de sa Mère, Compassion dont II savait être Lui-même l’auteur. C’était Lui, en effet, qui versait les douleurs de son âme dans l’âme de Marie, à chaque ignominie, à chaque outrage, à chaque angoisse et qui les reversait ensuite dans la sienne, sans les enlever à Marie, si bien que la Compassion de Marie était en quelque sorte la Passion de Jésus, réelle et sentie dans son propre cœur, ainsi que l’expriment si bien ces paroles de la Mère de Dieu adressées à sainte Brigitte : « L’affliction de Jésus était mon affliction, parce que son cœur était mon cœur. Car de même qu’Adam et Eve ont vendu le monde pour un seul fruit, de même mon Fils et moi nous avons racheté le monde par un seul cœur. »
Partie intégrante de la Passion, la Compassion est encore un vrai sacrifice, au même titre que la Passion. De part et d’autre, en effet, il y a une Divinité à qui l’offrande est présentée, une victime offerte, un sacrificateur. Par conséquent, de même que la Passion est le sacrifice de Jésus sur la Croix, la Compassion est le sacrifice de Marie près de la Croix. Debout ! pour être plus près de son Bien-Aimé. Debout ! pour mieux s’unir à ses douleurs. Debout ! pour lui dire qu’elle souffrait avec lui et comme lui, qu’elle épousait toutes ses intentions miséricordieuses, qu’elle unissait ses propres maux à ses maux, qu’il n’y avait de la Mère et du Fils qu’un seul sacrifice pour la rédemption de l’humanité.
En vérité, qui ne serait touché de voir la Vierge innocente ainsi confondue avec l’Agneau sans tache dans une même immolation, de telle sorte que le monde a été racheté par la Passion de Jésus, et aussi d’une certaine manière, par la Compassion de sa Mère. Ces deux choses n’étaient qu’une oblation simultanée, offerte au Père éternel par deux cœurs sans tache, les Cœurs de Jésus et de Marie, pour les péchés d’un monde coupable, dont ils avaient librement accepté les démérites. Il n’y eut jamais aucune douleur humaine, sanctifiée, unie et mêlée avec la douleur de Jésus qui rachetait le monde, comme le fut la Compassion de sa Mère.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Assurément, Marie ne fut point seule à compatir sur le Calvaire au sacrifice de Jésus. Marie-Madeleine, Marie de Cléophas et Jean étaient près d’elle, abîmés dans la douleur. Et cependant comme leur Compassion est différente de la Compassion de la Mère de Dieu I Elle n’est pas
comme celle de Marie le dernier complément d’une douleur conçue le jour même de l’Incarnation et croissant d’heure en heure, à mesure que s’approchait le dénouement prévu. De plus, elle n’est pas la souffrance d’une mère vierge, d’une mère aimant son Fils de tout l’amour dont peut brûler un cœur humain pour le fruit unique de ses entrailles, à la fois Dieu et Homme. Enfin et surtout elle n’est pas une compassion qui s’étende à toutes les douleurs de Jésus, car la Passion du Sauveur n’était pas tout entière écrite sur son corps déchiré et sanglant, il y en avait
une autre, la Passion intérieure, la Passion du cœur incomparablement plus profonde et plus poignante, mais invisible, et c’était précisément celle-ci qui, échappant aux regards, était une énigme pour les disciples à qui le mystère de la Croix n’avait pas encore été clairement dévoilé.
Plus privilégiées que les amis du Calvaire, bien des âmes dans le cours des âges, ont reçu la grâce de compatir non seulement à la Passion extérieure du divin Crucifié, mais encore à ses angoisses les plus intimes. Et cependant, ici encore, quelle différence entre leur Compassion, si douloureuse fut-elle, et celle de Marie ! Leur Compassion, en effet, était née, sans doute, de la contemplation des souffrances de Jésus, mais des souffrances depuis longtemps passées, évanouies. Ces pieux contemplatifs n’étaient pas, en réalité debout, près de la Croix dressée devant eux ; ils n’ont pas assisté en fait au Crucifiement, et surtout ils n’ont pu pénétrer aussi profondément que Marie dans les douleurs insondables du Divin Crucifié. Aussi pouvons-nous affirmer de nouveau que jamais aucune créature, toute prévenue qu’elle ait été des faveurs divines, n’a souffert comme Marie, que l’Eglise proclame si justement la Reine des Martyrs.
Mais s’il en est ainsi, pourquoi donc aucun des évangélistes ne faitil mention des douleurs de la Sainte Vierge ? Pourquoi se taisent-ils sur un sujet si important et si mystérieux ? Saint Luc lui-même, ce peintre habile qui nous a si bien retracé les autres mystères de la vie de Marie, n’a pas osé faire la moindre esquisse du tableau de ses douleurs. De même saint Jean, qui seul constate la présence de Marie au pied de la Croix, et qui rapporte les paroles de Jésus à sa Mère, garde un silence absolu sur les souffrances de cette divine Mère. C’est qu’il y a des douleurs que le plus habile des artistes ne peut représenter et qui restent cachées sous le voile du mystère.
Seul donc, ô Jésus, vous connaissez toute l’immensité delà douleur de votre Mère, parce qu’un Dieu seul peut mesurer toute l’étendue de la douleur de la Mère d’un Dieu.
Où er ) êtgs-Voüs ?
Oui, où en êtes-vous? — Quoi ? — Mais dans vos affaires. — Comme ci, comme ça. — Et dans vos affaires spirituelles ? — Ah ! ce n’est pas la même chose. — Je le sais bien... et c’est pour cela qu’il faut y penser. — Et puis après ? — Eh bien après, il faut être logique et faire un bon inventaire. — Je suis sûrement en déficit. — Arrêtez-vous là, vous allez faire faillite. — Ah 1 non, ce n’est pas honorable. — Vous avez raison. Tenez, voilà un moyen sûr de vous remettre à flots. — Lequel ? — Une bonne confession et faire vos Pâques. — Entendu,., allons-y.
Ou est le Bonheur ?
— Tous cherchent le bonheur.
Les ambitions humaines n’ont pas toutes le même objet. Les uns désirent la richesse, les autres cherchent les honneurs, la multitude aspire aux plaisirs. Mais chacun espère y trouver le bonheur.
C’est afin d’être heureux que les hommes se livrent à leurs travaux, à leurs ambitions et à leurs passions. S’ils savaient ne point réussir à se procurer le bonheur, ils seraient moins actifs et entreprenants ; et c’est parce qu’ils s’illusionnent et ne veulent point profiter de l’expérience acquise, qu’ils retournent à leurs erreurs et rencontrent toujours de nouvelles déceptions.
La vie de l’homme se passe à chercher le bonheur. On peut se priver de bien des choses, et même ne rien posséder, mais on n’accepte pas de renoncer au bonheur.
Oh ! comme il est important de trouver le vrai bonheur, le bonheur qui ne soit pas une illusion mais qui satisfasse pleinement le cœur humain I