Guels sont ceux qui trouvent le bonheur
Si le bonheur existe, on doit pouvoir le trouver. S’il fait partie des destinées de l’homme, on doit posséder les moyens efficaces de l’acquérir.
Tout consiste à regarder dans la bonne direction, à entrevoir le terme de la vie, et à se servir des moyens surnaturels mis à notre disposition pour marcher toujours dans le chemin de la vertu, appuyé sur la grâce de Jésus qui ne fait jamais défaut, mais qui réclame le concours de notre bonne volonté.
Ne sont vraiment heureux que ceux qui suivent les règles de la conscience, qui se soumettent à l’autorité divine pour en accomplir la loi et en suivre les saintes inspirations, et qui, fidèles à tous leurs devoirs, ne poursuivent pas d’autre idéal que celui de glorifier Jésus par la pratique de toutes les vertus.
Tous ceux qui en ont fait l’expérience n’ont plus cherché d’autre bonheur. Pourquoi ce bonheur ne serait-il pas le mien, puisqu’il m’est offert comme à eux ?
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Jsces Disciples d Qmmoüs
Très tristement, les deux disciples dans la plaine,
Allaient vers Emmaüs, et leur âme était pleine D'horreur. Ils avaient vu Jésus mourir en croix.
Tout en marchant, ils se parlaient à demi-voix Du crime monstrueux commis sur le Calvaire.
La nuit envahissait le ciel calme et sévère.
Pas d'étoiles encor, mais le dernier tison Du couchant s’éteignait au sanglant horizon.
Parfois le vent du soir, dans le feuillage pale Des oliviers, soufflait un faible râle.
L’ombre, de toutes parts, sur les champs accourait.
« II avait pourtant dit qu’il ressusciterait,
Murmura l’un des deux hommes, hochant la tête,
Et le Nazaréen était un grand prophète.
Mais nous avons bien vu mettre au tombeau son corps, Cléophas, et trois jours sont passés depuis lors. »
Et l’autre dit, tordant ses deux mains désolées :
« Cependant, cette nuit, les femmes sont allées Ru sépulcre. II était vide, et, placé devant,
Un ange leur a dit que le Christ est vivant. »
Mais le premier reprit :
« C’est vrai. Plusieurs des nôtres,
Ceux qu’il aimait et qu’il appelait ses apôtres,
Ont vu le tombeau vide, après le jour levé ;
Mais ils cherchaient Jésus et ne l’ont point trouvé. »
Et les deux pèlerins maintes fois se redirent
Leur angoisse et leur deuil. Tout à coup, ils sentirent
Qu’un autre voyageur marchait à côté d’eux.
« Tristes passants, de quoi parliez-vous donc tous deux ? » Demanda-t-il.
C’était Jésus, c’était leur Maître;
Mais il ne voulait pas qu’ils pussent reconnaître Encor le Dieu surgi pour les interroger.
« Êtes-vous au pays tellement étranger,
Dit Cléophas, que vous ne sachiez pas ces choses ? » Puis, une fois de plus, il répéta les causes De leur douleur : le Juste, après d’abjects affronts, Cloué sur une croix entre les deux larrons ;
Ses vertus, ses discours, ses gestes, ses miracles ;
Et qu’il semblait le Christ promis par les oracles ; Qu’il devait, ce jour même — il l’avait annoncé, — Reparaître et qu’hélas ! le jour était passé.
Et l’inconnu leur dit :
« O cœurs trop lents à croire, Le Christ devait souffrir pour entrer dans la gloire. » Puis il leur expliqua que Jésus, ses desseins,
Et ses actes étaient prédits aux Livres Saints,
Et que, depuis la plus antique prophétie.
Tout prouvait que ce Juste était bien le 'Messie.
Dans le bourg, au dernier crépuscule du soir,
Ils entrèrent tous trois et, sur le chemin noir,
Jésus semblait vouloir poursuivre son voyage.
Mais les deux pèlerins, émus par son langage, Sentaient leur cœur brûler d’un feu puissant et doux :
c< Demeurez, dirent-ils, et soupez avec nous. »
Mais quand ils l’eurent vu, bien qu’il ne fût que l’hôte, Choisir, pour le repas, la place la plus haute.
Et, comme il le faisait souvent — quel souvenir ! — Prendre entre ses doigts le pain, le rompre et le bénir, Leur esprit fut soudain inondé de lumière.
Tendant vers le Seigneur leurs deux mains en prière, Sûrs de le reconnaître, heureux éperdument,
Ils l’adoraient...
Jésus disparut brusquement.
Ils étaient pour toujours délivrés de leur doute ;
Et vers Jérusalem ayant refait la rouie Dans la nuit, ils allaient à travers la cité.
Disant à leurs amis :
« Il est ressuscité ! »
Vingt siècles de bonté sont nés de ces mystères.
Je crois en toi. Jésus!... Hélas! d’affreux sectaires Veulent faire oublier ton nom à nos enfants,
Et, pour de bien longs jours, ils semblent triomphants. Qzj’ importe ? Pleins de haine et d’orgueil imbécile,
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Quand ils auraient brûlé le dernier évangile,
Cbuand ils auraient brisé le dernier crucifix.
Et quand aux fils de nos arrière-petits-Jîls,
Ils auraient travaillé l’âme de telle sorte
Qu’on croirait que la foi dans le Christ est bien morte
Et que, dans le sépulcre, au fond du souterrain,
Elle est scellée avec le sceau du Sanhédrin,
Comme le fut jadis ton corps, ô divin Traître,
7\.lors, — oh ! n’est-ce pas ? — il suffirait qu’un prêtre, Errant, au crépuscule, en de mornes sentiers,
Trouvât sur son chemin deux chrétiens, les derniers, Et rompît avec eux, Jésus, le pain mystique.
Oh ! n’est-ce pas qu’a lors, forts de ce viatique,
Comme ceux d’Emmaüs, dès le soleil levant.
Ils iraient proclamer que le Christ est vivant ? 'N’est-ce pas que, semant ta parole féconde.
Ils feraient de nouveau la conquête du monde.
Et que tous, revenant au Dieu de vérité,
De nouveau s’écrieraient :
« Il est ressuscité ! »
François Coppée