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MAI

Revue de la Sainte-Face

« Montrez-nous, Seigneur, votre Face, et nous serons sauvés. »

Ps. LXXIX, 4.

SOMMAIRE

L’ensevelissement de Jésus, le divin Crucifié. — Le faux et le vrai Bonheur. — La Pentecôte. — Converti par le sourire de la Vierge. — Le grand drame de l’amour, l’Eucharistie et la Passion, étudié dans l’Evangile (suite). — Briseur de Croix. — Le Mont-Blanc et les rats. — Ascension de 'Notre Seigneur Jésus-Christ. — Jésus, le Bon-Pasteur, espérance et consolation de ceux qui souffrent. — Exclamation. Jésus monte au Ciel. — Le Lys de la Mère Admirable. — Deux fêtes du mois de Mai. — Messes de son vivant. — On ne rend pas justice à l’ouvrier. — Une conversion obtenue par la Sainte- Face. — Prière à la Sainte-Face. — Laissez passer les petits oiseaux. — Le Trentain Grégorien^ — Chronique de la Revue. — Quelques pieuses industries de zèle. — Pourquoi il n’y a qu’un seul Dieu. — Intentions de prières. — L’état de grâce. — Le Jésus enchanteur de la 'Nature.

L’ensevelissement de Jésus,

le divin Crucifié

Üjjfe es dévots de la Sainte-Face sont aussi les dévots du Saint-Suaire, SJ qui nous a conservé l’image du divin Crucifié. Lé linceul dans "wj lequel Jésus fut enseveli est deux fois sacré, parce qu’il a contenu ^ le corps de l’auguste Victime et parce qu’il porte dans son tissu lé divin portrait du Sauveur.

Les détails que nous ont donnés les Evangélistes montrent que l’ensevelissement du divin Crucifié, fait à la manière juive, fut hâtif

et incomplet.

La voix bu bon-pasteu^

Jésus était mort le Vendredi à la neuvième heure du jour, la troisième de l’après-midi, d’après notre manière de compter. Les Juifs partageaient la journée en deux parties : il y avait les heures du jour et les heures de la nuit ; mais ils comptaient les jours du soir au soir. Chacun des jours de la semaine commençait à six heures environ du soir et allait jusqu’au lendemain à la même heure.

Au commencement de cette dernière partie de la journée que la Vulgate désigne par l’expression de sera dies, un délai de trois heures seulement était laissé, depuis le moment de la mort, pour l’ensevelissement du corps du Sauveur; car, à partir de six heures du soir, c’est-à-dire du commencement du grand Sabbat pascal, il n’était plus permis de se livrer à aucun travail, à aucune opération manuelle.

Dès que Jésus eut expiré sur la croix, et alors que les ténèbres mystérieuses qui s’étaient étendues sur la contrée avaient fait la nuit autour du Calvaire, les prodiges rapportés par les Évangélistes se produisirent de manière à jeter partout l’effroi et le désordre. Le voile du Temple se déchira de lui-même, le sol trembla, le rocher sur lequel s’élevait la Croix se fendit, un grand nombre de tombeaux s’ouvrirent, rejetant leurs cadavres.

Le Centurion romain, de garde avec sa cohorte au pied de la Croix, avait été saisi à la vue de tous ces prodiges. Les chefs du Sanhédrin, qui assistaient à la mort de la divine Victime, non moins troublés, mais persistant dans leur haine aveugle, étaient vivement préoccupés de l’effet que produiraient sur le peuple ces phénomènes extraordinaires. Ils s’assemblèrent pour délibérer sur les mesures à prendre afin de calmer l’émotion populaire. Ils décidèrent avant tout d’obtenir du gouverneur romain la faculté de dérober leur victime à la vue de la foule, en alléguant qu’il y avait pour eux un devoir strict de religion de ne pas laisser sur la croix le corps des suppliciés, quand s’ouvrirait le jour du Sabbat, coïncidant, cette année, avec la solennité de la fête de Pâques, laquelle allait commencer avec le coucher du soleil. Ils résolurent donc d’envoyer une députation à Ponce-Pilate pour lui demander de faire achever les suppliciés par ses soldats, afin qu’on pût enlever ensuite les trois cadavres.

Avisé de cette résolution du Sanhédrin, dont il faisait partie, Joseph d’Arimathie, disciple secret de Jésus et personnage important, se rendit, de son côté, auprès de Ponce-Pilate ; il vint hardiment lui demander le corps du Maître pour lui. Pilate, troublé sans doute aussi par les divers incidents de cette journée tragique, accueillit favorablement la demande de Joseph. Il s’étonna seulement que Jésus fût déjà mort, car il n’avait pas encore reçu de rapport au sujet de la commission donnée aux soldats d’achever au plus vite les suppliciés. Il fit donc mander le centurion pour s’enquérir de lui si Jésus était bien mort*

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La divine Victime avait déjà expiré ; les soldats chargés, à la requête du Sanhédrin, de donner le coup de grâce aux crucifiés, s’étaient rendus au Calvaire ; ils avaient commencé par briser à coups de barres de fer les jambes des deux condamnés, mis en croix à droite et à gauche de Jésus, puis en venant à Jésus, ils avaient vu qu’il était déjà mort, et, pour mieux s’en assurer, au lieu de lui rompre les jambes, ils avaient convenu que l’un d’eux lui percerait le flanc de sa lance. Par la plaie du côté l’eau avait coulé avec le sang. Jésus était bien mort.

Sur le rapport de ces faits par le Centurion, Pilate accéda à la demande de Joseph d’Arimathie. L’évangéliste indique qu’il lui « donna » le corps du divin Supplicié sans aucune rétribution, contrairement à l’habitude des gouverneurs romains, qui se faisaient payer des services de ce genre.

Toutes ces démarches avaient pris du temps. Le jour légal touchait déjà à son déclin. Muni de l’autorisation de Pilate, Joseph se hâta d’aller chercher son ami Nicodème pour procéder avec lui à l’ensevelissement du Maître. Et pendant que l’un allait acheter un linceul, l’autre allait s’approvisionner d’aromates.

On vendait, comme linceul, en Judée, la layette mortuaire nécessaire à l’ensevelissement des morts, qui se composait de plusieurs pièces d’étoffe de diverse grandeur et forme. C’est de ces trousseaux de morts que fabriquait, entre autres ouvrages de ses mains, la matrone juive que la Bible donne comme modèle de la femme forte.

Le linceul proprement dit, comme on le voit par le Saint-Suaire de Turin, et comme les sépultures juives en ont fourni de nombreux spécimens, consistait en une longue et étroite bande de lin ou de toile, sur laquelle on posait d’abord le cadavre, en rabattant la partie supérieure de l’étoffe sur sa tête et en la tirant jusqu’aux pieds. Puis, on enfermait la tète dans un linge en forme de coiffe, et on enveloppait tout le corps d’autres linges qui enserraient le linceul ; on ligotait ensuite de bandelettes les mains et les pieds ; ainsi emmailloté, le cadavre était déposé dans le sépulcre, qui était ordinairement une excavation creusée dans le roc, dont on fermait l’entrée avec une grosse pierre ronde roulant sur des espèces de rainures.

Pour l’ensevelissement, le corps était, au préalable, lavé et oint d’huile parfumée. On répandait aussi des aromates sur le linceul et dans les plis des divers linges, et en plus ou moins grande profusion, selon l’importance du mort que l’on voulait honorer.

C’est ainsi que Joseph et Nicodème se proposaient d’ensevelir Jésus, en grand honneur, dans un linceul de belle et fine étoffe, et avec une provision de cent livres de myrrhe et d’aloès. Mais le temps devait leur

manquer. Il se faisait déjà tard quand ils arrivèrent au Calvaire, avec leurs serviteurs pour les aider.

D’abord, il fallut déposer Jésus de la Croix. Cette opération délicate, difficile, dut se faire avec toutes les précautions que commandait le respect. Il y avait à délier les mains et les pieds des cordes qui les retenaient, à enlever les clous dont ils avaient été percés, à descendre le corps de la Croix, puis à le porter au tombeau*

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Avec le peu de temps qui restait jusqu’aii coucher du soleil, Joseph et Mcodème se rendirent compte qu’ils ne pouvaient procéder à l'ensevelissement complet, selon les rites et dans les formes d’usage. Pour suppléer au lavage et à fonction du cadavre, qui demandaient beaucoup de soin et d’attention et auraient pris beaucoup de temps, en raison des plaies dont toutes les parties du corps étaient couvertes, ils enduisirent le linceul d’une mixture de myrrhe et d’aloès * c’était le moyen d’éviter l’adhérence de l’étoffe aux chairs et la réouverture des plaies avec de nouveaux suintehients, quand on aurait retiré plus tard le linceul, pour procéder à fonction et à l’embaumement définitif.

C’est après- avoir respectueusement détaché le corps de Jésus et

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l’avoir mis entre les bras de sa sainte Mère, restée jusqu’à la fin auprès de la Croix, que les disciples, avec leurs serviteurs, préparèrent le linceul qui devait le recevoir. L’opération put se faire, à quelques pas de là, sur la pierre de fonction, et qui aura été pieusement conservée.

Quand la longue pièce de lin destinée à l’ensevelissement du divin Crucifié eut été tout imprégnée de la mixture, assez liquide pour être régulièrement étendue partout, Joseph et Nicodème prirent le corps sacré et le couchèrent sur le dos, dans la partie inférieure du linge, qu’ils replièrent ensuite au-dessus de la tête, en la rabattant sur le devant du corps et sur les pieds. Puis, pour fermer le linceul sur les côtés, ils l’enveloppèrent d’autres linges, garnis intérieurement aussi de parfums, mais sans ligoter le cadavre de bandelettes, afin que tout ne fût pas à défaire, quand les pieuses femmes qui avaient assisté à l’ensevelissement provisoire reviendraient, après le jour du sabbat, comme elles en durent témoigner le désir aux disciples, pour laver et oindre le corps sacré, selon le rite juif, et terminer la sépulture.

Ayant bien vu comment les choses s’étaient passées, elles ise hâtèrent dé courir à la ville afin d’acheter, avant le repos sabbatique, les parfums et aromates nécessaires pour l’embaumement définitif. Elles revinrent, en effet, le surlendemain au tombeau, dans l’intention d’achever l’œuvre des disciples. Mais le Christ était ressuscité et le tombeau était vide. Les linges accessoires de la sépulture étaient épars sur le sol de la grotte sépulcrale ; mais l’Ange de la résurrection avait roulé à part, dans un coin, le grand linceul, qui allait conserver, pour l’avenir, l’effigie du divin Crucifié empreinte dans son tissu.

Jésus était ressuscité, mais II avait laissé un témoignage de reconnaissance à ceux qui honorèrent sa sépulture, comme II l’avait fait sur le voile charitable de Véronique en gravissant le Calvaire. Depuis le Vendredi-Saint, les premiers chrétiens possédaient la Face de Jésus vivant et allant au supplice ; et voilà que, sur le Saint-Suaire qui l’avait enveloppé au tombeau, par des empreintes miraculeuses, encore apparentes aujourd’hui, Jésus nous laisse son portrait dans l’état où la mort le réduisit par amour pour nos âmes.

La divine Providence nous a conservé, presque intacte, cette précieuse relique et nous pouvons, grâce à elle, contempler la Face adorable de notre divin Sauveur.

Comment une âme chrétienne pourrait-elle rester indifférente devant tant d’amour porté par tant de douleur?

Isce faux ef le üitoî Bonheui?

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