‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 51 sur 88 · Le bonheur que donne le monde est souvent empoisonné · texte numérisé non relu

Le bonheur que donne le monde est souvent empoisonné

Si le bonheur purement terrestre n’était que factice et éphémère, ce serait un moindre mal ; mais hélas ! il contient souvent des germes empoisonnés qui conduisent les âmes à la mort.

Pour s’attacher trop aux choses de la terre, on méprise les choses du ciel. Pour ne vouloir goûter que les joies de ce monde, on finit par ne plus savoir apprécier les dons de la grâce et les charmes de la vertu. Pour ne rechercher plus que la satisfaction de ses passions, on ferme son cœur aux aspirations surnaturelles et on s’inocule peu à peu le poison mortel qui conduit à l’aveuglement et compromet le salut éternel.

Nous ne fuirons jamais trop le monde, son esprit, ses maximes, ses plaisirs et ses inépuisables illusions. Notre bonheur est à ce prix. Il n’y a pas à hésiter ni à apporter des réserves. Il faut choisir entre le monde et Jésus, entre le. péché et la vertu, entre l’erreur et la vérité, entre l’enfer et le ciel-

Jésus seul possède le vrai et stable bonheur. Oui, je veux L’aimer sans mesure, afin d’être heureux sans fin.

« Qu’il fasse comme moi I »

En 1846, le brave général Bedeau, au retour d’une de ses glorieuses expéditions d’Afrique, rencontra un prêtre qui se rendait à Gonstantine. Aussitôt, il fait arrêter sa colonne, descend de cheval, s’agenouille au pied d’un arbre et se confesse. Puis, se tournant vers ses braves : « Mes enfants, leur dit-il, dans quelques jours, nous reparaîtrons devant l’ennemi ; si quelqu’un de vous veut mettre sa conscience en ordre, qu’il sorte du rang et qu’il fasse comme moi. »

Les chaînes volontaires

de mon “ Prisonnier d’amour ”

dans I’Eacharistie

,ésus était venu du ciel visiter les hommes. Il s’était fait petit à l’infini pour paraître comme l’un d’eux.

Je L’ai contemplé avec amour, confondu avec les créatures, œuvre de ses mains. J’ai assisté aux phases diverses de sa vie humaine. Je L’ai vu mourir sur la Croix du Calvaire. Je L’ai reconnu dans les gloires de sa Résurrection. Et, en pleurant, je L’ai vu repartir, montant au ciel pour n’en plus revenir qu’à l’heure du jugement universel. Sans Jésus, la terre redevient un tombeau ; c’est un Vendredi-Saint qui n’a plus de déclin.

Et, dans ma tristesse, je ne pense pas à m’en plaindre ; car ce sont les hommes qui ont chassé leur Sauveur. Jésus leur a obéi jusque dans la mort.

Éperdu, comme Madeleine devant le tombeau vide de son Maître, j’ai regardé de tous côtés, j’ai interrogé toutes les créatures, j’ai scruté tontes les solitudes, pour voir si je ne retrouverais pas mon Bien-Aimé. Tout à coup, de tous les échos le Nom de Jésus s’est de nouveau fait entendre. J’ai assisté à une nouvelle naissance du Sauveur du monde. J’ai reconnu ses traits divins, malgré ses humiliations plus grandes encore qu’à sa première venue. Depuis deux mille ans, je ne L’ai pas vu vieillir; et à Le contempler toujours le même, j’ai compris qu’il ne devait plus mourir.

Il est là, mon Jésus, dans l’Eucharistie ! Et j’ai peine à comprendre pourquoi II est revenu, Lui que l’humanité avait rejeté. Son ciel pourtant Lui suffit. Que fait-Il donc encore parmi nous, lorsqu’il est tant méconnu ? Qu’est-ce donc qui a pu Le pousser à un tel excès de condescendance? Et de tous les Tabernacles du monde une voix s’élève qui me crie : Y amour !

Ah l l’amour d’un Dieu, je le connais ! De la Crèche au Calvaire il a creusé dans l’humanité un sillon que les siècles ne sauront effacer,

Mon âme est éblouie par ses mystérieux élans, et je me mélie presque de ses excès !

J’aurais rêvé pour Jésus une Eucharistie rayonnante, dans des palais étincelants et dans l’exercice d’une royauté toute de gloire et de majesté. Mais II a préféré une « prison » à un palais, un état apparent de mort à un état glorieux.

Comme s’il ne nous eût pas assez aimés pendant sa vie mortelle, Il a voulu perdre la possibilité de nous quitter jamais. Et comme s’il eût craint les exigences de sa majesté et les revendications futures de sa justice, Il s’est condamné irrévocablement à demeurer dans l’Eucharistie jusqu’à la fin des siècles, Il s’est constitué Lui-même le Prisonnier de son amour, Il s’est forgé des chaînes qu’il s’est engagé à ne jamais briser, Il s’est lié sur place à une demeure qu’il a juré de ne jamais abandonner.

Ah! qu’il est grand mon ((Prisonnier d’amour», qui enchaîne sa Divinité pour que rien n’en trahisse la puissance et la majesté !

Qu’Il est beau mon « Prisonnier d’amour », qui voile son Humanité, pour que rien n’en révèle les charmes et les attraits.

Qu’Il est admirable mon « Prisonnier d’amour», qui se condamne au silence et à l’immobilité, pour me prouver plus d’amour par plus de sacrifices et de renoncement.

Qu’Il est magnanime mon « Prisonnier d’amour», qui sacrifie l’éclat de sa royauté, pour régner dans les âmes par l’amour et l’humilité.

Qu’Il est condescendant mon « Prisonnier d’amour», qui s’astreint à demeurer dans mon voisinage, pour être à même de me faire plus de bien et de me faire jouir de sa douce et divine présence.

Qu’Il est bon mon «Prisonnier d’amour», qui enlace en quelque sorte le monde, en multipliant partout sa présence, pour que je Le retrouve sur tous les chemins et sur toutes les plages.

Qu’Il est prévoyant mon «Prisonnier d’amour», qui a fixé pour toujours sa tente au milieu des hommes, pour se donner à tous et pour que tous Le trouvent à tous les âges de la vie.

Qu’Il est puissant mon « Prisonnier d’amour », qui a su multiplier ses Prêtres, pour façonner chaque matin les douces chaînes qui m’en assurent la perpétuelle possession.

Qu’Il est tendre mon « Prisonnier d’amour », qui en s’enchaînant dans l’Hostie me la livre en aliment, pour que j’en nourrisse mon âme dans l’exil.

Qu’Il est adorable mon « Prisonnier d’amour», qui ne se tient ainsi à mes côtés que pour m’assimiler sa vie divine, me transformer en Lui et m’introduire un jour dans la Patrie de l’éternel amour,

ftBVUÉ DE LA SAINTE-FACE

0 Jésus, je veux, à mon tour, être le prisonnier de votre amour. Je me forgerai des chaînes qui me lieront irrévocablement à Vous. Je m’enfermerai avec Vous dans votre étroite et solitaire prison, pour y vivre de votre vie et m’y consumer de votre amour. Je Vous garderai mon cœur et en ferai le geôlier de mon amour. Je monterai la garde auprès de votre Tabernacle, et nous nous ferons réciproquement les prisonniers de notre mutuel amour.

Bien attrappé

Un soldat, à la fin de son service, rentrait sous le toit de sa bonne mère. Le dimanche arrive.

— Viens-tu à la Messe avec moi ? dit la pieuse mère.

— Oh ! voyez-vous, ma mère, j’ai voyagé, j’ai vu Paris ; j’ai acquis bien des connaissances dont ne se doute pas celui qui reste dans son village ; vous sentez bien que j’en sais maintenant trop long pour prier comme les bonnes femmes !

— Ah ! tu n’as plus besoin du bon Dieu, maintenant que tu as vu Paris !

— Mais si, ma mère, mais je raisonne et je me dis : « Il ne m’arrivera que ce qui doit m’arriver ; il est donc superflu de rien demander et d’ennuyer le bon Dieu. »

La bonne mère va seule à la Messe. Rentrée chez elle, elle ne prépare rien pour le repas.

Le troupier arrive à l’heure du dîner. La table est vide, pas de feu dans la cheminée.

— Ah ça ! ma mère, est-ce que nous dînons en ville, aujourd’hui?

— Non !

— Mais vous ne m’avez rien préparé.

— C’est que, vois-tu, ton raisonnement m’a éclairée. Je me suis dit comme toi : « Inutile de m’inquiéter ; si mon fils doit faire un bon dîner, il le fera ; s’il doit s’en passer, il s’en passera ; tu vois que je m’instruis aussi bien vite/»

Le fils comprit la leçon, et revenu au bon sens :

— Ma mère, dit-il, faites votre fricot, et dimanche prochain nous irons à la Messe ensemble.

« M’as-tu demandé une fois pardon ? »

Un saint eut une vision, dans laquelle il vit Satan debout devant le trône de Dieu ; et, ayant prêté l’oreille, il entendit l’esprit malin qui disait : « Pourquoi m’as-tu damné, moi qui ne t’ai offensé qu’une fois, tandis que tu sauves des milliers d’hommes qui t’ont offensé tant de fois ? » Et Dieu lui répondit : « M’as-tu demandé pardon une fois ? »

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Comment Marie mérite le titre de Reine des Martyrs

^ourquoi appelle-t-on ainsi Celle qui jamais ne reçut ni coup, ni blessure, ni outrage quelconque en sa personne sacrée ? Comment peut-elle être exaltée au-dessus de ceux dont les corps ont souffert les violences les plus barbares et les tourments les plus aigus pour l’amour de Jésus? Marie est en vérité, Reine de tous les Saints, Reine de ceux qui « marchent avec le Christ, vêtus de blanc, car ils en sont dignes » ; mais comment est-elle Reine de ceux « qui furent tués pour la parole de Dieu, et pour le témoignage qu’ils en rendirent ? »

Pour répondre à cette question, il faut d’abord se souvenir que les douleurs de l’âme peuvent être aussi terribles que celles du corps. Les méchants qui sont présentement en enfer et les élus de Dieu qui sont en Purgatoire souffrent seulement dans leurs âmes, car leurs corps sont encore dans la poussière ; pourtant, qu’elle est rigoureuse, cette souffrance ! Et peut-être que beaucoup, parmi nous, de ceux qui ont vécu longtemps, pourraient affirmer que, même en l’absence absolue de toute souffrance physique, il est des douleurs écrasantes et qui transpercent comme une épée.

Quelle horreur accablante dut pénétrer la Vierge Marie pendant la Passion et le Crucifiement de son Fils ! Son angoisse fut un glaive qui traversait son âme, comme Siméon le lui avait annoncé au moment de la Présentation au Temple. Si Notre Seigneur Lui-même ne pouvait endurer la perspective des douleurs qui l’attendaient sans qu’une sueur de sang l’inondât, son âme réagissant ainsi sur son corps sacré, ne voyons-nous pas, par là, combien peut être grande la douleur mentale ?

Quand Jésus fut bafoué, meurtri, flagellé, cloué à la Croix, Marié ressentit tous les outrages et toutes les tortures qui lui étaient infligés d’une manière aussi vive que si les bourreaux l’eussent frappée ellemême. Elle aurait pu pousser des cris d’angoisse à chacune des douleurs de son Fils... Elle agonisa dans l’agonie de Jésus. Elle souffrit une Passion associée à la sienne, elle fut crucifiée avec Lui ; la lance qui perça le Cœur de Jésus perça en même temps son âme de Mère. Pourtant il n’y eut pas de signes visibles de ce martyre intime : Marie demeura debout, silencieuse, recueillie, solitaire, immobile au pied de la Croix de son Fils, entourée par les Anges, et voilée dans sa sainteté virginale aux regards de tous ceux qui prenaient part au crucifiement.

Marie est donc très véritablement la Reine des martyrs.

Cardinal Newman,

REVUE DE LA SAINTE-FACE

lie premier “ Vive Jésus ” a retenti dans le eiel avant d’être aeelamé sur la terre

- - V e Seigneur (Jésus) désigna soixante-douze disciples et les envoya devant Lui, deux à deux dans toutes les villes et tous les lieux où Lui-même devait aller (Luc, x, 1). Les soixante-douze revinrent avec joie disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre « Nom ». Il leur répondit : Je contemplais Satan tombant du ciel comme la foudre (Luc, x, 17).

Saint Bernardin de Sienne se demande, qu’est-ce que cela signifie ? Comme si le Fils de Dieu disait à ses disciples : Vous vous étonnez que Satan fuie l’invocation de mon « Nom ». Mais ce n’est pas la première fois que cela arrive, il y a longtemps que mon « Nom » l’a précipité de son trône dans les profondeurs de l’abîme.

Tout au commencement de la création, les anges virent que (( Moi » Fils de Dieu je me revêtirais un jour de la chair humaine. Les anges fidèles se conformèrent au décret divin et adorèrent. Satan et ceux de sa suite, faisant oppositon à ce décret, refusèrent leur adoration. Aussilôt, un bruit se fil entendre comme de tonnerres, de tremblements de terre et de combats entre les anges du ciel.

Et au cri de « Vive Jésus » ! Michel et les siens précipitèrent dans l’abîme Satan et sa troupe.

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