‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 52 sur 88 · LA FÊTE-DIEU · texte numérisé non relu

LA FÊTE-DIEU

C’est la fête du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ contenus vraiment, avec son Ame et sa Divinité, sous les espèces ou apparences sensibles du Pain et du Vin. L’Eglise, occupée pendant la Semaine Sainte du Mystère de la Passion de Jésus-Christ, et ne pouvant rendre un culte assez solennel au Saint Sacrement le jour même de son institution, a choisi, pour s’acquitter de ce devoir, le premier jeudi après la semaine de la Pentecôte. Cette fête nous ramène donc au Jeudi-Saint, à la veille de la Passion où Jésus institua le Sacrement adorable de l’Eucharistie, qu’il nous a laissé comme le mémorial de sa Passion.

Empressons-nous, ce jour-là, autour de notre Dieu avec une foi plus vive et un amour plus ardent, et, en recevant Jésus dans nos âmes, remercions-Le de tous les bienfaits dont II nous a comblés.

Nous rappelons aux dévots de la Sainte-Face du Saint-Suaire qu’une indulgence plénière est attachée, aux conditions ordinaires, à tous ceux qui méditeront sur la Passion, devant cette Image, au jour de la Fête-Dieu ou un jour de l’octave de cette fête,

?e $acrc4oeuï et la Sainte=face

La Sainte-Face et le Sacré-Cœur, ces deux dévotions sont si étroitement unies qu’elles nous paraissent inséparables. Issues de la miséricorde céleste, elles naquirent le même jour. Dans l’une,, le Christ

nous offre son portrait tout ensanglanté, comme un mémorial de sa Passion ; dans l’autre, Il permet que la lance du soldat romain explore sa poitrine refroidie et nous y découvre son cœur comme le trophée de l’amour divin.

Depuis le drame du Calvaire, tous les siècles ont vénéré la Sainte- Effigie comme ils ont adoré le Sacré-Cœur,

REVUE DE LA SAINTE-FACE

« Ce double culte n’en fait qu’un, écrit le P. Gros. La Face nous révèle ce que le Cœur symbolise.

Aussi l’Eglise ne voit-elle guère de bon œil les images du Sacré- Cœur de Jésus si le Cœur est isolé de sa Face.

C’est la Face qui permet de dire : Voilà quelqu’un 1 Quand j’ai devant moi la Face et le Cœur de Jésus unis, j’ai devant moi Jésus, et un symbole complet de son âme. Ce fut ainsi que Jésus se montra à Sainte Marguerite-Marie ; et la Face de Jésus, dans cette vision mémorable était sûrement la lumière, la vie et la parole du Cœur. Cette Face de Jésus à Paray-le-Monial était une Face douloureuse, notre Sainte- Face. »

De nos jours, l’Eglise a parlé pour discipliner ces deux dévotions qui tendent au même but : la réparation , le sacrifice. A l’une appartient le culte direct , spécial , distinct , réservé aux diverses parties de la sainte humanité du Sauveur; à l’autre, est maintenu le culte traditionnel , le culte relatif propre aux objets sacrés qui ont approché le corps de Jésus- Christ et des saints.

Mais quand l’Eglise intervient, ce n’est pas seulement pour éclairer, pour préciser la nature d’un culte, c’est aussi pour féconder ce qu’elle touche. C’est ainsi que l’autorité du Saint-Siège approuvant solennellement et étendant à tout l’univers la dévotion au Sacré-Cœur l’a mise dans toute sa splendeur, après qu’elle eut été discutée, combattue, rejetée.

Or Dieu semble réserver au culte de la Sainte-Face les mêmes épreuves et la même gloire finale qu’au culte du Sacré-Cœur. La dévotion à la Sainte-Effigie a toujours été l’objet d’une prédilection toute particulière de la part des Souverains Pontifes. Rome en est le centre et la France le plus beau rayon de gloire.

C’est toujours mourir

Sous le règne de Louis XIV, Anne de Melun, qui tenait par le sang à la plupart des familles royales, se voua pleinement et librement au soin des pauvres malades dans les hôpitaux qu’elle fit construire, en partie de ses deniers.

Après avoir fondé l’hospice de Baugé, en Anjou, et s’y être réservé l’office de balayeuse, Anne de Melun fit graver sur la porte de cet hôpital ces vers dignes d’être médités :

Mourir à l’hôpital ou mourir sur des roses Sont de semblables choses.

Car c’est toujours mourir ;

Mais c’est à l’hôpital et non pas sur les roses Ciue l’homme apprend les choses Pour bien vivre et mourir,

Ufl FOI D’UN GFANO HOWE

B JM Ii’EUCtfARlSTIE

<llW ^poléon , qui a vu tant de têtes couronnées s’incliner devant lui, a

sjp baissé la tête à son tour devant le Dieu de l’Eucharistie.

On sait quelle influence secrète exerçait sur sa mémoire le souvenir de sa première communion. Parcourant en vainqueur l’Ita—

’ lie, il lui est arrivé, dans un des regrettables écarts de son génie,

de supprimer des associations pieuses, des congrégations, mais on a remarqué que nulle part il n’a touché aux Confréries du Saint Sacrement. Partout il les a laissé subsister avec leurs privilèges.

C’est à sa foi en cet auguste Mystère que nous devons de voir le culte qui le concerne figurer dans le décret des préséances. Nos lecteurs liront avec édification et intérêt, nous n’en doutons pas, la teneur de ce décret :

« Lorsque le Saint Sacrement passera à la vue d’une garde ou d’un poste, les sous-officiers et soldats prendront les armes, les présenteront, mettront le genoux droit en terre, inclineront la tête, porteront la main droite au chapeau, mais resteront couverts. Les tambours battront aux champs ; les officiers se mettront à la tête de leur troupe, salueront de l’épée, porteront la main gauche au chapeau, mais resteront couverts : le drapeau saluera.

« Il sera fourni, du premier poste devant lequel passera le Saint Sacrement, au moins deux fusiliers pour son escorte. Ces fusiliers seront relevés de p.oste en poste, marcheront couverts près du Saint Sacrement, l’arme dans le bras droit.

« Les gardes de cavalerie monteront à cheval, mettront le sabre à la main ; les trompettes sonneront la marche ; les officiers, les étendards et guidons salueront.

« Si le Saint Sacrement passe devant une troupe sous les armes, elle agira ainsi qu’il vient d’être ordonné aux gardes ou postes.

« Une troupe en marche fera halte, se formera en bataille, et rendra les honneurs prescrits ci-dessus.

« Aux processions du Saint Sacrement, les troupes seront mises en bataille sur les places où la procession devra passer. Le poste d’honneur sera à droite de la porte de l’église par laquelle la procession sortira .

« Les troupes à cheval viendront après l’infanterie. Les carabiniers prendront la droite, puis les cuirassiers, ensuite les dragons, chasseurs et hussards.

« Les régiments d’artillerie à cheval occuperont le centre des troupes à cheval. La gendarmerie marchera à pied entre les fonctionnaires publics et les assistants.

« Deux compagnies de grenadiers escorteront le Saint Sacrement ; elles marcheront en file à droite et à gauche du dais. A défaut de grenadiers, une escorte sera fournie par l’artillerie ou par des fusiliers, et, à défaut de ceux-ci, par des compagnies d’élite des troupes à cheval, qui feront le service à pied,

REVUE DE LÀ SAINTE-FACE

« La compagnie du régiment portant le premier numéro occuperont la droite du dais ; celle du second, la gauche.

« Les officiers resteront à la droite des files. Les sous-officiers et soldats porteront le fusil sur le bras droit.

<a L’artillerie fera trois salves pendant que durera la procession, et mettra en bataille sur les places ce qui ne sera pas nécessaire pour la manœuvre du canon (*). »

Napoléon n’a jamais complètement oublié sa foi au Dieu de sa première communion ; la vue d’un prêtre, le son des cloches suffisaient pour lui rappeler cet éloquent souvenir.

Ce Dieu lui a été fidèle : c’est dans la dévotion au Saint Sacrement et dans la réception du Saint Viatique que cette grande âme puisa la dernière consolade sa vie.

Le 21 avril, il demanda à l’abbé Vignali d’établir près de sa chambre une chapelle ardente. Comme l’abbé Vignali n’en avait pas encore desservi, Napoléon entra dans de minutieux détails sur tout ce qu’il fallait faire. Antomarchi présent ne put dissimuler un sourire, en voyant l’Empereur si bien au courant des cérémonies de l’Eglise. L’Empereur surprit ce sourire et s’en montra offensé : Je ne suis ni philosophe ni médecin, dit-il, je suis chrétien, catholique romain. Puis, se retournant vers le prêtre, d’un ton radouci : Oui, ajouta-t-il, je suis né dans la religion catholique, je veux remplir les devoirs qu'elle impose, recevoir les secours qu'elle administre. Vous direz, tous les jours, la messe dans la chambre voisine ; vous exposerez le Très Saint Sacrement pendant les Quarante Heures. Quand je serai mort, vous placerez l'autel à ma tête ; vous continuerez à dire la messe ; vous ne cesserez que lorsque mon corps sera en terre.

Le 3 mai, Napoléon reçut le Saint Viatique. C’est ainsi que le Roi des rois, Celui de qui relève tous les empires, vint consoler et fortifier une dernière fois le grand découronné de Sainte-Hélène.

'(*) Art. 45 de la loi du 18 germinal, an X.

On l’appelait le “faiseur de miracles”

D’où venait-il? Du ciel. — Où allait-il ? Au ciel. — Par quelle voie s’y dirigeai t— il ? Par la voie du Calvaire. — Pourquoi ? Pour y mourir. — Mais mourir, ce n’est pas un miracle, c’est commun à tous les hommes I Oui, mais mourir par amour pour payer la dette des autres, n’est-ce pas un miracle de bonté et de miséricorde? — Alors, s’il est mort, il ne fait plus de miracles? Pardon, après en avoir fait toute sa vie, il continue d’en faire au Très Saint Sacrement, là où il demeure pour vous, où il vous aime comme il vous a aimé sur la croix, et où il vous appelle pour vous nourrir de lui-même, vous sanctifier et vous sauver. — O Jésus, me voilà. Je veux être votre miraculé, sauvez-moi.

« Mon Dieu, j’aime bien ceux qui m’aiment; mais j’aime encore mieux ceux qui vous aiment. » Marie Jenn a

H [1 Cïcole du !Bon-3?osfeui?

Réflexions de l’Ame pieuse L’esprit surnaturel

Il n’y a qu’un seul Créateur de l’univers. Il n’y a qu’un seul Conservateur de toutes choses. Il n’y a qu’une seule Providence qui veille maternellement sur nous et sans laquelle pas un seul cheveu ne tombe de notre tête.

Il n’y a qu’un seul Rédempteur et Rémunérateur, un seul Seigneur et Maître, dont nous sommes les heureux sujets, les rachetés, les serviteurs et en même temps les frères et les cohéritiers.

Et c’est Jésus 1 Le Jésus qui nous a fait naître, le Jésus qui nous aime et nous accompagne partout, le Jésus qui dirige tout pour notre plus grand bien, le Jésus qui sera notre récompense et notre félicité éternelles. Il est le Maître souverain et tout Lui obéit. Il se sert des créatures pour nous purifier, nous sanctifier et nous sauver.

C’est donc Jésus seul qu’il faut voir en tout et en tous, jusque dans les moindres détails de ma vie. C’est pour Lui seul que je dois agir, travailler, souffrir, vivre et mourir.

La prière

Le salut, pas plus que les grâces et la sainteté, ne s’obtient sans la prière. Nous ne sommes que de faibles et impuissantes créatures, incapables, sans le secours de la grâce, de prononcer seulement le nom de Jésus d’une façon méritoire. - \

Et nous avons tant de besoins ! Nous sommes obligés de faire face à tant d’ennemis spirituels ! Nous sommes exposés à tant de dangers ! Nous sommes tenus à tant d’efforts constants pour nous maintenir dans le devoir et accomplir en nous les desseins de Jésus !

Instinctivement mon âme s’élève pour aller puiser en Jésus lumière et vérité, courage et générosité, amour et fidélité.

Ma vie doit être une prière continuelle, puisque continuellement j’ai besoin de Jésus. Cesser de prier, c’est cesser de combattre, c’est courir à la défaite, c’est perdre contact avec Jésus, c’est annuler son action dans mon âme et c’est me priver du plus grand des bonheurs, celui de vivre amoureusement uni à Jésus.

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La résignation

Nous sommes dans une vallée de larmes. La route que nous suivons est épineuse et bordée de précipices. Le sang de notre cœur est destiné à couler goutte à goutte sous le glaive toujours prêt à le transpercer.

Depuis que le péché a passé sur la terre, il y a fait circuler la souffrance dans toutes les directions, et il n’y a pas un coin du monde où l’on puisse se flatter de ne point souffrir. C’est justice, parce que c’est expiation. C’est miséricorde, parce que c’est salut et sanctification.

A moi de considérer les peines de la vie sous cet aspect sanctifiant et consolateur. J’accepterai alors avec résignation et même avec amour et reconnaissance tout ce que Jésus m’enverra de douloureux et de crucifiant, dût-Il me demander les plus grandes immolations ; car j’y reconnaîtrai, avec les divines exigences de sa justice, l’amour de son Cœur.

L’amour de Jésus au Très Saint Sacrement

Pour m’aider à souffrir, comme pour donner de l’efficacité à ma prière et inoculer à mon âme l’esprit surnaturel qui doit la vivifier, j’ai Jésus ! Jésus tout près de moi, Jésus toujours à ma disposition, Jésus anxieux de ma sanctification et de mon salut, Jésus s’offrant à être partout le compagnon de mon exil, la nourriture et la vie de mon âme.

Oh ! non, la douleur n’est plus la douleur, puisque Jésus est avec moi pour la porter. Mes infirmités spirituelles ne sont plus inguérissables, puisque Jésus est là pour soulager toutes les misères et guérir tous les maux. La terre n’est plus un lieu d’exil, puisque le Jésus des bienheureux l’habite et en fait un ciel.

O Jésus-Eucharistie, je veux couler mes jours heureux et paisible dans votre divine compagnie. Vous serez mon oasis dans le désert de ce monde. En Vous seul je veux me reposer, mettre toute ma confiance, trouver tout mon bonheur, vivre et me consumer d’amour.

La dévotion filiale à la Très Sainte Vierge

Il n’y a pas d’enfant sans mère ; il n’y a pas Jésus sans Marie. Les deux me sont nécessaires pour être heureux et pour avancer dans la voie de la perfection. Il me faut une Mère pour guider mes pas, une Educatrice pour m’instruire des choses du ciel, une Protectrice pour me défendre contre mes ennemis, un Modèle parfait qui m’apprenne à suivre Jésus, à L’imiter, à souffrir, à vivre et à mourir pour Lui.

O Marie, ma tendre et divine Mère, c’est vous que je veux aimer, écouter, suivre et imiter. Comme vous je veux aimer Jésus, et vous m’en parlez si éloquemment ! Par vous je veux aller à Jésus, et vous m’y conduisez si maternellement ! Avec vous je veux posséder Jésus, et vous me Le donnez si abondamment ! Prenez mon âme, je vous la confie, et gardez-la pour les siècles éternels.

LA VOIX DU BON-PASfEÜk

Dialogue entre Jésus et Saint Pierre

is-moi, Pierre, fit Notre Seigneur au Prince des Apôtres, que fait-on

ift W sar la terre, en ce moment-ci ?

Saint Pierre assujettit ses lunettes, s’accouda les bras croisés sur la lucarne des cieux, et après avoir regardé attentivement, il ' ^ répondit :

— Seigneur, je vois une bande d’hommes rassemblés dans une grande salle, et qui pérorent à tour de rôle. Ils ont des crânes chauves, des oripeaux brodés sur l’estomac ; et leurs faces me rappellent des souvenirs de mon jeune temps. Attendez, ils ont un air de famille avec les pharisiens d’autrefois ; vous savez, ceux qui ne voulaient pas que vous régniez sur eux ? Ce sont les mêmes yeux hypocrites et rageurs, le même rictus de haine au coin des bouches.

— C’est la race qui se perpétue, Pierre. Qu’est-ce qu’ils disent, ceux-ci ?

— Je ne distingue pas très bien, Seigneur, mais je crois deviner quelque chose : Humanité affranchie de l’esclavage des dogmes... superstitions abolies... guerre à Dieu... prospérité... fraternité universelle... paix indéfectible... progrès de l’homme, souverain maître des forces de la nature... génie... civilisation...

— Je connais la chanson, Pierre ; on la chantait à Sodome, à Thèbes aux cent portes, à Ninive et à Babylone. Ils ont un peu changé l’air, mais dans l’ancienne il y avait plus de poésie.

— Seigneur, vous allez sans doute écraser ceux-ci comme leurs devanciers ?... Un bon petit déluge, ou un tremblement de terre, pour leur apprendre que vous existez toujours ?

— Prends patience, Pierre. Du reste, ils sont si bêtes qu’ils ne comprendraient rien. Regarde, et tu verras s’ils ont conservé une lueur de raison.

Saint Pierre se pencha, le buste en avant, et vit une ville énorme envahie par les eaux d’un fleuve débordé. La terreur et la désolation assombrissaient les visages. Mais les hommes chauves, ayant pris des radeaux pour se rendre à leur salle de réunion, se mirent à continuer les couplets de leur vieille chanson : Prospérité... domination sur les éléments... l’homme planant comme un Dieu sur la nature assujettie...

Saint Pierre haussa les épaules et regarda d’un autre côté.

Il voyait des enfants manier avec une dextérité surprenante pour leur âge des armes variées, et assassiner gaiement des vieillards et des femmes ; des tribunaux jugeant sans relâche des causes criminelles ; et des prisons colossales qui regorgeaient de pensionnaires.

Et les hommes chauves et décorés psalmodiaient sur un ton grotesque et funèbre des mots étranges : Emancipation des consciences... morale indépendante et progressive... éducation intégrale des masses...

Saint Pierre fronça les sourcils avec colère et dégoût. Un autre spectacle retint son attention.

Des châteaux brûlaient sous les regards narquois d’une foule avinée ; les

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riches fuyaient devant le courroux des pauvres haineux. Et pendant ce temps, le chœur des pontifes édentés célébrait l’avènement de la justice sociale, en marmonnant d’une bouche saliveuse les noms d’égalité, de concorde et de fraternité.

Tout à coup saint Pierre fut secoué d’un irrésistible rire. Les bonzes décrépits avaient pris des palmes dans leurs mains, et, ayant mis d’accord leurs voix chevrotantes, ils chantaient un hymne à la paix universelle. La main sur le cœur et les yeux au ciel, ils bêlaient : « Les peuples sont pour nous des frères... frontières abolies... férocités d’un autre âge... apaisement des conflits... civilisation... paix... progrès. »

Or, leur cantique était ponctué aux temps forts par une basse d’artillerie surgie de tous les points de l’univers. Le sable de toutes les plages buvait le sang des guerriers de toute couleur. Des flottes bardées d’acier sillonnaient les mers, allongeant au-dessus des vagues des canons énormes ; et la terre entière, hérissée de pointes de fer, ressemblait à une pelote d’aiguilles.

— Pax, pax, dit Jésus en souriant, et non erat pax (*) : c’était la même rengaine du temps de David...

Des croix tombaient au bord des routes comme des chênes que l’on abat ; les églises s’éboulaient dans la mousse et les ronces ; et sur les routes, on voyait les serviteurs du Christ s’en aller en exil, chassés comme des malfaiteurs.

Et les bonzes, accentuant le rictus haineux de leurs bouches, hurlaient à tue-tête : Justice intégrale... fraternité... égalité...

Alors saint Pierre n’y tint plus, il quitta sa lucarne, et regardant le Seigneur en face, il lui dit : <r Maître, c’est trop ; ces hommes sont pervers et déments, pires que les Juifs qui vous ont crucifié ; et si vous avez encore des amis sur la terre, ils méritent d’être pendus pour avoir toléré de pareilles abominations. Les lâches et les méchants, à votre place, je les pulvériserais sur l’heure.

— Ce n’est pas la peine, mon ami, répondit le divin Maître avec sérénité, je n’ai qu’à les laisser continuer ainsi quelques instants. Regarde, et dis-moi ce qui arrive. »

Pierre se remit à la fenêtre et eut un sursaut d’épouvante.

Sur un signal parti on ne sait d’où, des armées innombrables s’étaient mises à la rencontre les unes des autres, munies d’engins formidables et bizarres, et une efîroyable tuerie avait commencé. Une mer de sang couvrait la surface de la terre. On se battait sur les frontières ; on s’égorgeait dans les villes. Châteaux, usines, moissons, tout flambait. Plus de travail, plus de pain. Les rages, les rancunes, les convoitises secrètes suppuraient au grand jour, comme des abcès qui percent. Une clameur immense montait de la terre fumante, faite de plaintes et de rugissements.

Pierre se retourna, effaré, du côté de Jésus.

— « Quelle horreur, Seigneur, qu’est-ce que ceci ? »

— c Ce n’est rien, Pierre, c’est leur civilisation qui opère. »

Dans cet inexprimable chaos, les organes de la vie industrielle et sociale avaient sombré ; et les hommes ne trouvaient plus de quoi se vêtir et de quoi s’armer, parce que les inslruments raffinés qui produisaient les objets néces-

(1) Ils disent toujours : Paix, paix... et il n’y a point de paix.

saires étaient détruits, et que personne ne savait plus se faire un vêtement ou une maison. Aussi les survivants se cachaient dans des cavernes, et, couverts de peaux de bêtes, ils dévoraient la chair des animaux morts.

Alors, le Seigneur dit à son apôtre : « Pierre, tu vas prendre ton bâton et redescendre sur la terre. Maintenant, il faut tout recommencer comme il y a 2.000 ans. Tu iras chercher ces malheureux dans leurs tanières, tu leur apprendras le signe de la croix. Tu leur enseigneras qu’il existe un Dieu créateur du ciel et de la terre, souverain maître de l’homme ; et tu t’efforceras, comme les disciples que tu envoyas jadis, de les civiliser de nouveau. »

pésus, regardez-moi !

mon Jésus ! regardez-moi. Td’ayez pas égard à ma misère, à mon indignité ; fermez les yeux sur mes faiblesses, oubliez mes infidélités, ne Vous souvenez plus de mes ingratitudes ; mais continuez à me regarder dans votre miséricorde, ne me perdez jamais de vue, afin de me garder fidèle ou de me ramener à Vous si j’ai le malheur de m’en écarter.

O mon Jésus! regardez-moi encore, regardez-moi toujours, et précisément parce que je suis faible et misérable ; parce que je ne puis me conduire seul ; parce que si Vous ne me fascinez par votre divin regard, je suis exposé à me laisser séduire par les créatures, les attraits trompeurs du monde, les illusions mensongères du démon. Et pourtant, ô mon Jésus, tout infidèle que j’ai été, et malgré que je l’aie mérité, je ne voudrais pas que Vous fermiez les yeux sur moi, que Vous ne me regardiez plus dans votre amour, que Vous m’abandonniez jamais à mes misères, à mes faiblesses, à mes infidélités répétées !

O mon Jésus ! regardez-moi pour me dire, par votre divin regard, que Vous avez pitié de moi, que Vous tenez compte de ma bonne volonté, que Vous saurez me défendre et me secourir toujours... Regardez-moi pour me rappeler votre amour, pour me faire souvenir sans cesse de vos sollicitudes, de vos tendresses, de vos miséricordes !

O Jésus ! regardez-moi sans cesse ; et, avec votre sainte grâce, je ferai tout pour Vous donner la consolation de pouvoir toujours contempler en mon âme les fruits de votre amour et de votre miséricorde, dans ma fidélité, ma générosité et mon amour !

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