JE T’AIDE
3 cheminais depuis longtemps... La voie était large et bordée de fleurs. Je les cueillais les unes après les autres, puis je les effeuillais sur le bord de la route...
Derrière moi, j’apercevais mes dix-sept années tout ensoleillées encore des joies et des illusions de la jeunesse..., et devant moi j’en comptais une multitude d’autres, toutes empreintes de bonheur, et dont les dernières s’abritaient là-bas sous la sérénité des cheveux blancs... La vie, jusqu’ici si enivrante, semblait ne devoir jamais finir. Je me laissais bercer et je rêvais I...
Une main invisible avait un jour placé sur mes yeux des verres trompeurs aux couleurs mensongères. Je regardais et je voyais tout en rose. Je n’apercevais partout que joies et plaisirs, et de la douleur je ne savais que le nom.
Sur ma route, pendant longtemps, je ne rencontrai que des visages riants et des cœurs joyeux..., et jamais des fronts pâlis et des yeux mouillés de larmes.
J’avançais ainsi dans la vie, chevauchant au milieu des illusions, toujours mes verres trompeurs devant les yeux... Les illusions s’amoncelaient devant moi, et à leur sommet je voyais les plaisirs se jouer et folâtrer. J’y courais sans regarder les précipices qui bordaient le chemin, et sans craindre les effondrements de ces amas de vanités et de mensonges.
Et puis, il se faisait tant de bruit autour de moi et en moi !... Des voix sans nombre, toutes plus doucereuses les unes que les autres, se faisaient sans cesse entendre à mes oreilles ; et en moi j’entendais des échos qui leur répondaient et les sollicitaient à parler plus fort et à parler toujours.
Sous mille formes diverses les passions se dressaient..., et chacune avait son langage : toutes grondaient.
Et je marchais toujours vers ces riens mensongers et pourtant enchanteurs, toujours attrayants et toujours insaisissables.
Tout à coup, au milieu de ce bourdonnement confus des passions, j’entendis une voix : Je t'aime.
Etonné, je regardai et ne vis rien, j’écoutai et ne compris pas.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Un moment arrêté, j’allais reprendre ma course, lorsque la même voix me redit plus distinctement : Je t'aime.
Il y avait du charme dans cette voix : elle était douce et tendre, et elle me semblait vraie.
Je me rappelais l’avoir entendue autrefois, mais je l’avais beaucoup oubliée...
Je cherchais à faire revivre mes souvenirs d’enfance, lorsque subitement une main inconnue m’enleva de devant les yeux mes verres trompeurs et fit signe aux vains bruits du monde de cesser leur faux ramage...
Tout changea aussitôt d’aspect. J’aperçus la sérénité du beau ciel bleu, les montagnes et les vallées, et devant moi un magnifique panorama : Bethléem, Nazareth, Jérusalem...
Au-dessus de chacune de ces villes j’entendis la même voix et je lus les mêmes paroles : Je t'aime.
Je regardai plus attentivement et je vis qu’à Bethléem ces mots bénis avaient la couleur du lait blanc et vermeil comme celui qui sortit du sein immaculé de la Vierge-Mère ; les lettres étaient formées de têtes d’anges, qui toutes semblaient sourire.
A Nazareth, chaque lettre suintait les sueurs laborieuses de l’Enfant-Dieu.
A Jérusalem, l’inscription était d’un rouge écarlate. Au-dessus du Cénacle les lettres étaient de feu ; au-dessus du Calvaire, elles ruisselaient du sang.
Plus haut encore et plus près de moi, je vis une Hostie toute rayonnante de lumière et tout empourprée de sang. Un fleuve de lumineuses clartés descendait du ciel dans l’Hostie, puis se répandait sur le monde. Elle rayonnait sur Bethléem, sur Nazareth, sur Jérusalem, sur les contrées les plus lointaines, sur toutes les générations qui passaient et s’évaporaient à ses pieds, sur toutes les cités, sur toutes les familles, sur toutes les âmes qui voyagent de la terre au ciel... Et la voix disait toujours plus haut : Je t'aime.
Dans la lumière éclatante que projetait cette Hostie sur l’horizon sans fin, j’aperçus d’autres foyers ardents et je vis se multiplier à l’infini par le monde les Hosties rayonnantes. Chacune redisait le cri de l’amour : Je t'aime. C’était comme une immense clameur qui, sortant de tous les Tabernacles du monde, montait vers le ciel et allait unir aux Alléluia sans fin de la Patrie les Hosanna'de la terre...
Dans ce concert harmonieux et enivrant des ivresses eucharistiques, je perdis tout sentiment. Mes yeux se voilèrent du côté de la terre et s’ouvrirent sur le ciel, mes oreilles n’entendirent plus les vains bruits de ce monde, mon cœur se ferma à toutes les joies éphémères d’ici-
bas... Puis j’entrai dans un calme profond et dans une suave félicité, sous le charme puissant de la voix qui m’avait ravi et qui me fredonnait sans cesse comme un refrain des chants de la Patrie :
Je t’aime ! Je t’aime !
Et depuis lors l’Hostie illumine ma vie, réchauffe mon coeur et vivifie mon âme. Et en entendant Jésus me redire sur tous les tons son amour mystérieux et tendre, je serre dans mes bras la croix qui me crucifie à la vie et je m’en vais paisible et confiant vers le port éternel, où Jésus s’appelle l’amour et où l’amour se nomme Jésus.
La contemplation au Ciel de la Face adorable de Jésus
d’après Saint Thomas d’Aquin (*)
(( Dans la béatitude, l’âme trouvera infiniment de charmes dans la Face corporelle de Jésus-Christ , que les anges, au témoignage de saint Pierre, désirent toujours contempler. Et la raison que donne la Glose de ce désir, c’est que la gloire postérieure de Celui qui a souffert pour nous comme homme est si grande que les vertus angéliques, toutes parfaites qu’elles sont dans l’éternel bonheur, sont ravies de joie, non seulement de contempler sans cesse la magnificence et l’immortelle divinité, mais encore d’envisager la splendeur de l’humanité qu’il a prise.
« Mais pourquoi désirent-elles voir son visage, et ne cessent-elles jamais de le considérer? C’est que la contemplation de sa divine présence rend les anges si heureux que, quoique toujours rassasiés à la vue de sa gloire, ils soupirent cependant toujours après sa douceur, comme si elle était toujours nouvelle.
« Là, les crachats, toutes les larmes, les gouttes de sang qui, pendant sa passion, découlaient de son auguste Face, deviennent une spéciale et éternelle satisfaction pour les anges et les saints.
« C’est en parlant de ce mortel et passible visage que le Seigneur Jésus disait un jour (Luc, x, 23) : « Heureux les yeux qui voient, etc. >x Ils sont donc bienheureux les yeux qui contemplent continuellement cette Face glorieuse. »
(1) Dans ses Opuscules, Op. 62, ch. 3. .
INTENTIONS DE PRIÈRES
:: /■ mïû-.!) . . . y-
Notre S. P. le Pape. — La paix entre les nations. — Les vocations sacerdotales. — Les retraites de décision à la fin de l’année scolaire. — Un ami de l’QEùvre décédé. — Une généreuse bienfaitrice. — Une importante décision à prendre. — Une mère de famille et son enfant,
RËVUÉ DE LA SAINTE-FACE
Lettre de Son Exc. Mgr Comtois
Evêque des Trois-Rivières (Canada) au R. P. Supérieur Général de la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale relativement à la diffusion de là Sainte-Face dans son diocèse
Evêché des Trois-Rivières Le 23 Août 1938
Mon Révérend Père,
C’est de tout cœur que j’approuve le projet que vous avez formé de répandre dans les familles du diocèse l’image de la Sainte-Face de Notre Seigneur Jésus-Christ d’après la vraie image du Saint-Suaire. Les témoignages si nombreux et si élogieux que vous avez reçus, particulièrement celui du Pape Pie X « désirant que cette image soit répandue en tous lieux et exposée à la vénération dans toutes les familles chrétiennes » et celui de Pie XI déclarant que c’est « l’image la plus suggestive, la plus belle, la plus précieuse que l’on puisse rêver», auraient été plus que suffisants pour provoquer mon assentiment à votre projet.
Mais j’ai vu de mes yeux, j’ai vu les traits du Sauveur du monde reproduits aussi fidèlement qu’il est possible de les reproduire, puisque l’image que vous m’avez montrée est une photographie de l’empreinte laissée par Notre Seigneur sur le Saint-Suaire, que l’artiste a simplement retouchée pour faire ressortir ces mêmes traits. J’ai admiré l’expression de bonté qui se dégage de ce visage que la mort semble n’avoir touché que pour le rendre à la vie.
Tout à fait gagné à votre cause, je souhaite que vous réussissiez
A INTRODUIRE LIMAGE DE LA SaINTE-FaCE DANS TOUS LES FOYERS DE
mon diocèse. C’est pourquoi, je recommande fortement à Messieurs les Curés et à nos Communautés Religieuses de favoriser votre entreprise et de faciliter de leur mieux lu tâche que vous vous imposez, dans votre désir et votre intention bien connus de faire mieux aimer Jésus.
Jie ne doute pas que tout mon Clergé et que toutes nos Communautés vous feront bon accueil, mon Révérend Père, à vous-même et à vos Fils de la Fraternité , qui seront sans doute vos instruments pour le travail de propagande.
Agréez, mon Révérend Père, l’expression de mon estime In X° Jesu,
Votre tout dévoué
*f* Alfred-Odilon, Evêque des Trois-Rivières
“ ©élodieux concept
de la nature en fête
Hier, premier jour de Mai, tout auprès, dans un tremble J’entendis deux oiseaux qui devisaient ensemble.
Le rossignol disait à la grive : « En ce mois,
Mois d’ivresse ! je veux chanter à pleine voix ;
Jésus ! Vive Jésus! » — Survint la tourterelle Qui l’écoutait : <? Pour moi, je gémirai, dit-elle,
Sur ses douleurs et sur sa mort au Golgoiha. »
— « Fort bien à vous, amie éplorée, ajouta L’allègre rossignol, fort bien, douce palombe.
Murmurez les terreurs de sa divine tombe,
Moi, j’en évoquerai les sereines clartés ;
Et mes Alléluia mille fois répétés
Diront : Ou donc, ô mort, où donc est ta victoire ?
5\u Dieu vivant, au Christ vainqueur, honneur et gloire ! » La grive dit : « Jésus soit à jamais béni!
Pour moi, dans la futaie avoisinant mon nid,
R l’aube, comme au soir de la Reine des Rnges Ma voix à mes petits chantera les louanges. »
La rivière, entendant ce pieux gazouillis,
Parut vouloir ne plus s’enfuir sous le taillis,
Mais y garder son onde à jamais prisonnière. c( Vous me charmez, chanteurs ailés, dit la rivière : Pour vous ouïr, ravis de votre beau dessein,
Mes poissons familiers bondissent dans mon sein ,
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Montent à ma surface et tressaillent de joie.
Rux eaux pures que Dieu goutte à goutte m'envoie Venez boire et mouiller votre aile librement. ' J’arroserai le tremble où votre nid charmant Gazouille, et le fruitier sauvage où la nature Vous réserve toujours riche et douce pâture...
Gais chanteurs du bon Dieu, venez, venez à moi! » Tout le bois aussitôt frémit d un saint émoi.
Et fauvettes, Iinots, palombes et mésanges Offrirent au Seigneur un concert de louanges... L'aubépine, entendant ces chants pleins de douceur,
Dit à la violette : « Ecoute !... Et nous, ma sœur,
Rvec les blancs iris, les thyms, les marjolaines, Répandant les parfums dont nos urnes sont pleines, Embaumons la forêt d’où montent, en ce jour,
Vers Dieu qui nous créa les hymnes de l'amour ! » Rivière, oiseaux et fleurs ayant à leur manière,
En chansons ou parfums, dit à Dieu leur prière.
Un cep de vigne au tronc d’une yeuse enroulé Et, debout près de lui, de blonds épis de blé Parlèrent à leur tour : « Demain — faveur insigne ! — Demain, frères, disait aux blonds épis la vigne.
Votre froment au Corps du Christ sera changé,
Et par l’homme le Pain du ciel sera mangé. »
— « Et vous aussi — destin non moins digne d'envie ! — Répondaient les épis à la Vigne ravie.
Demain, ô notre sœur, le ministre divin Ru Sang de Jésus-Christ changera voire vin...
Unissons donc, épis et vigne, nos louanges Ru parfum des iris, aux chansons des mésanges.
Et par nous, comme par la mésange et l'iris,
Déni soit à jamais le Seigneur Jésus-Christ! 9
?a souffrance jiuriffc et sanctifie à la fois
fN jour, dans un hôpital de Paris, deux jeunes gens, à peu près du même âge, se touvaient cloués côte à côte par la maladie ,sur leur lit de douleur. L’un était un pauvre étourdi que les plaisirs et la légèreté avaient éloigné de Dieu depuis plusieurs années; il avait « fait la vie», comme on dit, et la maladie de poitrine qui le dévorait était, selon toute apparence, la conséquence de ses excès.
L’autre, également poitrinaire, avait au contraire mené dès son enfance une vie admirablement pure : depuis sa première communion, il n’avait jamais manqué sa communion du dimanche; à quatorze ou quinze ans, sa ferveur chaque jour croissante l’avait porté à s’approcher plus souvent encore de la Table Sainte. Il était pur comme un ange, et, au milieu de ses souffrances, jamais une plainte ne sortait de sa bouche.
L’aumônier et la sœur les soignaient tous deux avec un égal dévouement. Ils firent si bien que le premier, au lieu de blasphémer et de se désespérer sous le poids de ses terribles douleurs, rentra dans les voies de son enfance, se réconcilia avec son Dieu, et passa les dernières semaines de sa vie dans des sentiments de pénitence qui firent une profonde impression sur toute la salle. « Je souffre bien, disait-il, mais tant mieux : cela fait plus de pénitence. »
Le second, sanctifié de plus en plus par l’épreuve, faisait l’admiration de tous ceux qui le voyaient. Il avait toujours le visage paisible et souriant, et jusqu’au dernier soupir, il remerciait le bon Dieu de l’avoir tant aimé.
Tous deux moururent le même jour ; et pour tous deux la souffrance, l’amère et terrible souffrance, avait été évidemment une grande visite du Seigueur.
En effet, le bon Dieu qui n’a point fait la souffrance, s’en sert pour nous sauver. Il tire le bien du mal. Il se sert de nos souffrances pour nous ramener à Lui, pour ainsi dire malgré nous.
Combien de gens oubliaient complètement le service de Dieu, que les chagrins, la maladie, la douleur ont fait rentrer dans la bonne voie!
Combien d’élus sont au ciel, qui seraient en enfer s’ils n’avaient point souffert ici-bas ! Et combien sont en enfer, éternellement perdus, qui se seraient sauvés s’ils avaient eu le bonheur de souffrir durant la vie !
En ce sens, la souffrance est toujours une grande grâce, et comme toutes les grâces, elle vient de Dieu,
reVue de Là sainté-facé
Les visibles bénédictions divines sur notre Revue
Les nouveaux abonnés se multiplient. Quand ce numéro paraîtra, nous aurons sûrement atteint le nombre de deux mille pour la France et de mille pour l’Etranger.
Nous ne cessons de recevoir des lettres d’admiration et de félicitation. Visiblement notre Revue fait du bien partout où elle pénètre. C’est donc un véritable apostolat que de la faire connaître et d’engager à s’y abonner. Alors même que cela demanderait de la peine et quelques petits sacrifices, serions-nous justifiables, pour les éviter, de rester indifférents et de nous en désintéresser?
Rappelons-nous que notre Revue est une Revue de foi et d’amour ; qu’elle parle de Jésus, Le fait connaître et Le fait aimer ; qu’elle porte la lumière de vérité dans les esprits, la consolation dans les cœurs, le réconfort dans les âmes ; qu’elle est une messagère de résignation et de paix pour ceux qui souffrent, de courage pour ceux qui luttent, de douce joie et d’esprit surnaturel pour tous.
Animons-nous d’un saint zèle. Ne nous contentons pas du bien que nous fait personnellement la lecture réconfortante de ces pages écrites sous le souffle d’une tendre piété puisée à la source de la doctrine, de la vérité et de l’amour ; mais servons-nous en pour en faire bénéficier les autres.
Lorsqu’on voit l’impression profonde que fait la lecture de la Revue dans les âmes pieuses, et souvent même parmi les indifférents, chez qui elle réveille les anciens sentiments d’une foi enfouie dans les souvenirs du passé, on se dit que Jésus a des desseins particuliers de rénovation et de sanctification sur cette publication qu’il a Lui-même inspirée et qu’il bénit si visiblement.
Mettons-nous tous à l’œuvre, dans la prière d’abord, puis dans l’action, en nous efforçant de trouver au moins un ou deux abonnés nouveaux pendant le mois de Juin.
Pourquoi de trois mille abonnés n’atteindrions-nous pas cinq à six mille avant le mois de Juillet?
Formons une couronne autour de notre Revue , et secondons par nos efforts les desseins que Jésus a formés sur elle.
Ch I si j’avais la foi !
Un homme disait un jour à Pascal : « Oh ! si j’avais la foi, combien ma conduite serait bonne ! » Pascal répondit : « Commencez par vous bien conduire, la foi viendra. >
LA VOIX DU BON-PASfÉÙR
lia tnopt poat* an Signe de Croi*
es soldats du tzar Alexandre II rencontrèrent un jour dans; la campagne, auprès d’un village situé sur le territoire russe, un petit berger d’une douzaine d’années.
« Quelle est ta religion ? » lui demandèrent-ils. L’enfant, sans s’effrayer, répond qu’il est catholique. Alors, les soldats voulant l’enrôler dans le schisme, lui commandent de faire le signe de la croix à la manière des Russes. Le petit berger refuse avec énergie et fait plusieurs fois le signe de la croix comme les catholiques romains. Irrité de cette résistance, le chef des soldats lui déclare qu’on va le fusiller s’il ne veut pas obéir. Cette terrible menace reste sans effet.
On conduit alors le jeune berger le long d’une haie, on l’attache solidement à un pieu, et les soldats, reculant de quelques pas, chargent leurs fusils et le couchent en joue. L’enfant tout pâle, mais plein d’un courage surnaturel, les regarde fixement et murmure une dernière prière. Tout à coup le chef fait relever les fusils, et, s’approchant du petit pâtre, il lui dit d’un ton de mépris :
« Misérable, tu ne vaux pas la poudre et les balles que mes hommes allaient t’envoyer ! » et le détachant du pieu : « On va te noyer », ajoute-t-il.
Aussitôt la troupe se dirige vers un étang glacé par la rigueur du froid, car ce drame se passait au commencement de l’hiver 1869.
Arrivé au bord de la glace, le chef, qui prenait un plaisir barbare à prolonger les angoisses du jeune berger, le fait dépouiller de ses vêtements et donne l’ordre à deux de ses hommes d’aller creuser un trou au milieu de l’étang gelé et très profond en cet endroit, et d’y enfoncer la pauvre victime jusqu’aux épaules. Alors lui-même, laissant le reste de la troupe sur le rivage, s’approche du trou où la tête du saint enfant paraissait à peine, et lui dit avec un sourire satanique : « Eh bien ! maintenant, refuseras-tu encore de faire le signe de la croix comme l’ordonne l’Empereur ? »
Le martyr de douze ans, dont le visage, malgré la contraction du froid, rayonne des lueurs d’une sainte espérance, lève à ce moment suprême les yeux au ciel, et dressant dans l’eau son bras avec effort, trace une dernière fois sur son front et sur sa poitrine le signe de la croix comme le prescrit la sainte Église romaine.
Au même instant, un terrible craquement se fait entendre, la glace se brise et l’enfant et ses compagnons sont engloutis dans l’abîme.
Nihil obstat : P. Pourrat, S. S., Censor
Maison du Bon-Pasteur, 228, Boulevard Péreire, Paris (17e) Chèques postaux — Compte n° 208 64 Paris