Le bonheur périlleux de la richesse
On dit avec raison qu’il est plus facile d’abuser de ce que l’on a, que d’acquérir ce que l’on n’a pas. Quand on a tout à souhait, on prend l’habitude de ne se priver de rien ; et on perd ainsi l’esprit de mortification et de sacrifice qui s’impose pourtant à toute vie chrétienne.
Parce que l’on a les moyens de se procurer tous les plaisirs, l’on est porté à vouloir en jouir et l’on est exposé, par là même, à en abuser.
Les riches deviennent vite égoïstes et il est remarquable qu’ils sont souvent moins sensibles aux misères d’autrui que ceux qui ont peu de moyens mais plus de charité et de dévouement.
Tel qui, dans une aisance moyenne, menait une vie chrétienne, se laisse vite gagner par l’indifférence le jour où la richesse lui sourit. Pour peu que la foi s’obscurcisse et que la conscience s’aveugle, la richesse devient une idole à laquelle on sacrifie tout, jusqu’à son âme.
Combien hélas 1 n’ont trouvé dans les biens de la fortune qu’une tentation séductrice de satisfaire et de développer leurs passions ! Combien ont négligé leurs intérêts éternels, en se laissant entraîner aux jouissances terrestres que leur procuraient trop facilement leurs richesses !
C’est dans ce sens que Jésus a crié : « Malheur aux riches ! » Dans ces conditions, il n’est pas regrettable d’être privé des biens de ce monde. Tout au contraire, ce peut être une bénédiction et une grâce, si avec moins de richesse on s’applique à posséder plus de vertu.