‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 85 sur 88 · COMME EN SONGE · texte numérisé non relu

COMME EN SONGE

Dieu me montra de loin la sombre demeure de ceux qui sont condamnés pour toujours, et mon àme, encore imprégnée des joies du ciel, frémit en même temps d’une indicible pitié ; et je dis à Dieu : Seigneur, vous qui êtes le Dieu des miséricordes, n’aurez-vous point pour eux une miséricorde ? Et ma prière était comme leur peine, immense en son intensité. Alors Dieu me dit : « Va leur offrir ma miséricorde. »

Et je passai par ces chemins que nul homme vivant n’a traversés ; j’entendais une rumeur confuse, épouvantable, mêlée de cris et de gémissements ; je frappai à la porte du sombre abîme, et je m’écriai : « Pouvez-vous aimer?... » Il se fit un profond silence, et ensuite une grande clameur formée de toutes les voix : « Non, nous ne pouvons pas aimer ! »

Je restai suffoquée par l’angoisse et la crainte, ne sachant que faire de la miséricorde de mon Dieu ; puis je rassemblai toutes les forces de mon àme, et je m’écriai : « Voulez-vous aimer?... »

Un silence plus long répondit; puis une autre clameur : «Non, nous ne voulons pas aimer ! »

Alors j’adorai la justice de mon Dieu, et je compris que sa miséricorde ne pouvait plus descendre dans le royaume de la haine éternelle.

Marie Jenna

AU PIED DE ÜA CÇOIX

Ét e long du chemin qui mène à la vie, Jésus, dans sa miséricorde, a

1 établi pour les âmes qui montent, deux sortes de stations où elles doivent toutes s’arrêter un temps plus ou moins long, et qu’elles rencontrent toujours et plus rapprochées les unes des autres, à mesure qu’elles-mêmes s’approchent du but.

L’une, V Eucharistie, c’est la force qui relève et soutient, l’alimentation qui ravive, l’espérance qui rassérène.

L’autre, la Croix, c’est la douleur qui écrase, qui ensanglante mais qui purifie.

Cette page est pour vous, pauvres âmes désolées, qui, à cette heure, le cœur saignant, l’âme presque sans amour et l’intelligence sans lumière, vous trouvez arrêtées à la station de la Croix et qui, comme Jésus, dites avec cette voix du cœur si déchirante, alors même qu’elle est si résignée : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonnée ? »

O Jésus, quel est ce groupe fidèle qui se tient debout au pied de votre Croix ?

C’est Marie, votre Mère ; c’est Jean, le disciple préféré ; c’est Madeleine, la repentante ; ce sont ceux qui vous ont le pins aimé et que vous avez le plus aimés sur la terre... Et voilà ce que vous avez choisi pour eux ! Vous les avez placés le plus près possible de votre Croix, juxta crucem ; vous les avez placés debout, Stahat Mater... Oui, debout! Dans votre implacable tendresse, vous avez exigé qu’ils fussent comme un reflet de vous-même par la fermeté ainsi que par les douleurs.

Vous n’avez point pris en compassion que c’étaient des femmes, après tout faibles et tendres • que c’était un homme jeune et peu aguerri aux luttes des grandes souffrances. Vous n’avez pas permis à leur douleur de s’appuyer sur la Croix : non, il a fallu qu’ils restassent debout, stantes ! Debout près de votre Croix, debout à vos pieds !

Juxta crucem... O Jésus, c’est donc ainsi que vous agissez avec ceux qui vous sont chers !

Vous les associez noblement à l’œuvre de la rédemption, vous retracez en eux votre image ; et si parfois, — car, Seigneur, ils ne sont que des hommes et vous savez de quel limon vous nous avez pétris, — ils succombent sous le poids des douleurs, surtout quand vous les comblez par l’amertume de vos délaissements, la plus cruelle de toutes ; alors, pour les relever et les soutenir, vous vous penchez à l’oreille de leur cœur, et, rappelant à leur pensée ce groupe de la Croix, vous leur dites tout bas, avec cette puissance d’accent qui n’appartient qu’à vous et qui remuerait des mondes : Je vous crucifie, donc je vous aime !

REVUE DE LA SAINTE-FACE

0 mon Dieu, comment arrivez- vous à transformer notre nature au point de lui proposer la souffrance comme une preuve d’amour, et conséquemment comme désirable?

Comment avez-vous pu dire à l’homme, charnel et désireux de jouissances, sans qu’il s’élevât contre vous de toute la force de sa libre volonté : Je vous crucifie, donc je vous aime. Oh! c’est que, le premier, vous nous avez aimés jusqu’au crucifiement de tout vous-même : crucifiement barbare de tout votre corps par les tortures physiques, crucifiement cruel de votre cœur par la méchanceté des hommes et l’abandon de Dieu, crucifiement de votre âme par la vue divine de tant de pauvres insensés qui ne voudraient pas profiter de votre mort.

Et, comme l’amour cherche toujours à confondre ceux qui s’aiment dans une parfaite harmonie de situation et de sentiments, vous nous dites en portant sur nous la main de l’amour, de l'amour inflexible comme de toutes les forces : Je vous crucifie, donc je vous aime !

Et vous ajoutez : Voyez Marie, ma Mère, voyez mon disciple bienaimé, voyez Madeleine; tandis que, de ma voix défaillante dont les accents les faisaient palpiter tous les trois, j’ai prié pour mes bourreaux et j’ai eu de miséricordieuses promesses pour le bon larron : pour eux, je n’ai eu que le silence ou cette dure parole, au lieu des sentiments d’une sainte affection : Femme, voila votre fils.

Oui, mais à leur cœur qui s’unissait au mien dans une inexprimable communion de douleur et d’amour, je disais : Je vous crucifie,

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