‹ La voix du pape [microforme]Chapitre 1 sur 10 · La voix du pape [microforme] · texte numérisé non relu

La voix du pape [microforme]

JOSEPH-MEDARD EMARD, par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, évêque de Valleyfield,

Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses, et à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.

Nos très chers frères,

Par deux fois, en moins de vingt ans, la voix de Notre Très Saint-Père le Pape s’est fait entendre aux oreilles du peuple canadien.

En 1897, dans l’encyelique Affari vos, Léon XIII, de glorieuse mémoire, rappelait dans ses grandes lignes ia doctrine catholique touchant les droits essentiels de l'Eglise et des pères de famille dans l’oeuvre fondamentale de l’éducation de l'enfance, et traçait aux catholiques de ce pays la conduite à suivre, dans les circons-

tances pénibles et désastreuses où les mettait une légis. lation récemment introduite dans une de nos provinces.

Dernièrement le Souverain Pontife Benoit XV, heureusement régnant, adressait à tout l’épiscopat et à tous les fidèles du Canada une Lettre destinée dans son intention à mettre fin à des dissensions douloureuses, créées parmi les fidèles de différentes nationalités; il donnait, avec tout le poids de l'autorité pontificale, des avis et des conseils dictés en même temps par la tendre charité d'un père qui regrette de voir ses fils désunis,et la profonde sagesse du Chef suprême de l'Eglise qui sauvegarde tous les droits dans le respect mutuel de toutes les aspirations légitimes.

Nos très chers frères, la voix du pape est toujours s0lennelle. Toujours elle s'impose, par sa majesté et son ampleur, à la vénération de ceux à qui elle parle: elle commande particulièrement la déférence et la docilité filiale de tous les enfants de l’Eglise.

Et quand elle vient, par un arrêt suprême, couper court à des discussions faites jusque là dans une sincérité commune à tous les partis, elle demande à être obéie simplement et sans réserve ; il ne reste plus qu’à rendre grâce à Dieu d’avoir ainsi pourvu la grande famille chrétienne d’une autorité certaine et absolue, incarnée en permanence dans la personne du pape, successeur de Pierre et comme lui, vicaire de Jésus-Christ.

Et c’est là la grande tradition de l'Eglise: au Père commun tous les fidèles peuvent librement s'adresser, exposer leurs demandes, leurs besoins et même, s’il y a

ne

lieu, leurs griefs et leurs plaintes, Puis la parole du Pape vient terminer toute dispute.

C'est, nos très chers frères, pour accentuer en vos âmes, le sentiment déjà bien connu de votre entière et affectueuse soumission à l'égard de Notre Saint- Père le pape, que nous venons aujourd hui, prenant occasion de la Lettre: Commisso divinitus, vous parler du Souverain-Pontife, de ce qu’il est pour nous de par la volonté du Christ,et de ce que nous devons être Pour lui si nous voulons pleinement rénondre à la volonté de Notre-Seigneur.

Sans doute ce que nous allons dire ne sera pour vous rien de nouveau, et qui ne vous soit depuis longtemps connu. Tout enfant qui sait son catéchisme, sait par là même que le pape est comme Pierre le chef suprême de l'unique Eglise fondée par Jésus-Christ, et que l’obéissance au pape est la condition essentielle de l’union des âmes avec cette même Eglise,

Et c'est bien ce que Vous croyez. Toutefois il en est de cette vérité comme de toutes celles que nous professons. Pour qu’elle soit plus ferme, plus vive et plus profonde, notre foi a besoin de se souvenir des bases qui l’appuient et des motifs qui, selon le mot de l’apôtre, la rendent même raisonnable à notre esprit.

PT

Jésus touchait au terme de sa vie publique, il se pré. parait à l'acte suprème qui allait consommer sur la croix la rédemption du monde. 11 avait prédit sa passion. Jientôt il allait souffrir et mourir,

Mais afin de pouvoir étendre à tous et dans tous les siècles à venir les mérites de son sang, il jetait les premières assises de l'oeuvre complémentaire par laquelle il réunirait tous les rachetés en une seule famille, dont il restera: toujours le premier chef, et qui fournirait à tous ses membres les moyens du salut. Jésus préparait son Eglise,

Il avait appelé et groupé ses apôtres; il leur avait communiqué ses enseignements et les avait faits témoins de ses prodiges.

Un jour, accompagné de ses disciples, Jésus se dirigeait vers les bourgades des environs de Césarée de Philippe. Durant la route il avait prié seul, comme il avait coutume de le faire dans les circonstances les plus graves. Après quoi il adressa cette question à ses disciples : “ Que pensent les foules du Fils de l’homme? Qui disent-elles que je suis? ? Ils répondirent : ‘‘ Les uns prétendent que vous êtes Jean-Baptiste, les autres que vous êtes Elie; d’autres enfin que vous êtes Jérémie ou l’un des anriens prophètes sorti du tombeau. ?? ‘: Mais vous, reprit Jésus, qui dites-vous que je suis? *’ Pre. nant la parole, Simon-Pierre répondit: ‘* Vous êtes le Christ le Fils du Dieu vivant. ’?,

Tu es bienheureuxr, Simon fils de Jean, répondit Jésus, parceque ce n’est ni la chair ni le sang qui te l'ont

révélé, mais bien mon Père qui est dans les cieux.

een en © on

“ET moi je te déclare que lu cs Picrre, que sur cette Picrre je bâtirai mon Eglise, ct que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. ” -

Arrétons-nous ici, nos très chers frères, pour considé. rer quelques points de ce sublime dialogue.

Tous les disciples gardaient le silence, Pierre parle de lui-même, sans y être invité par ses frères, sans les re. présenter. Ce n’est donc Pas en leur nom; ce n’est pas davantage sous le coup d'un enthousiasme éphémère, ni pour »xprimer une tradition de famille ou de tribu. Il était comme les autres ignorant par nature et par éducation. Mais il est saisi par la révélation surnaturelle du Père et, sous l'impulsion du Saint-Esprit, il confesse la divinité du Fils.

Aussi Jésus le proclame bienheureux entre tous, et sur le champ il l’appelle du nom qu’il Jui avait déjà prédit : * Tu es Pierre ??. 2

Or, nous savons par l’Ecriture que les noms donnés par Dieu ne sont point stériles et vides de sens, Au contraire, sous l’action divine ils effectuent ce qu'ils disent et le font connaître.

Ici Notre-Seigneur donne lui-même et très clairement toute la signification pratique qu’il faut attacher au nom de Pierre, il veut dire base, assise, fondement. Celui qui le portera désormais par ordre du Christ, sera le roc sur lequel s’appuiera l'édifice que Jésus doit construire et qui sera son Eglise.

F MATTH., XVI, 13, ss.

? Jo. 1, 42.

Le fondement d'une construction doit en assurer la fermeté, lu cohésion et la durée, Et paree que l'Eglise sera ainsi portée sur Pierre elle sera inébranlable et, dans l'union parfaite de toutes ses parties, elle restera jusqu'à la fin des temps.

Les portes de l'enfer re Prévaudront point contre elle

Toutes les puissances ennemies commandées par Satan pourront se liguer, se lancer à l'assaut et répéter maintes fois la fureur de leurs attaques; que se jettent contre elle l'impiété sous toutes ses formes, l'hérésie, le schisme, la violence, la dépravation des moeurs : que même à point nommé par le monde entier, la rage infernale soulève la plus formidable des tempêtes, toutes ces Vagues éeumantes viendront se briser contre le roc infrangible, qui sera simplement lavé à ses pieds, et rendu plus brillant et plus glorieux après les orages, au grand soleil de vérité et de justice,

Mais Jésus continue : ‘‘ À {toi je donnerai les clefs du rouaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre, scra lié aussi dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié ar:ssi dans le ciel, ”’3

Jésus parle souvent dans l'Evangile du royaume des cieux. Son royaume qui n’est pas de ce monde, c’est le royaume des âmes dans lequel toutes les nations lui ont été dévolues en héritage. Ce royaume vient du ciel comme il est fait pour le ciel. Ce royaume devra cou-

en

* MATTH. XvI, 19.

vrir le inonde et s'étendre à tous les siècles. De ce roVatme Jésus conférera, l'heure venue, les clefs à saint Pierre,

Dans le langage figuré admis partout, mais spéciale. ment chez les Juifs, les clefs signifient le droit supréme et indiscutable d'ouvrir et de fermer, de faire entrer et sortir. On donne au maître les clefs de la maison, aux magistrats les clefs de la ville, C’est done l'auto “té indépendante de toute autre que recevra l'apôtre, C'est sur le royaume du Christ que s'exercera cette autorité absolue, Pierre sera done le vicaire de Jésus- Christ Roi, et lui-même sera roi comme son maître, puisqu'il doit être investi par le symbole des clefs de la puissance royale.

[l'en est de même du pouvoir de lier.et de délier. Il s'agit toujours des âmes. Elles peuvent être liées pur la loi qui les régit, par le faute qu'elles peuvent commettre, ou par la peine qu'elles doivent subir, et celuilà seul peut les lier ainsi qui possède la triple puissance qui commande, qui juge, et qui châtie sans appel. Cette autorité législative, judiciaire et coercitive est donnée à Pierre, non seulement sans limite, mais avec promesse d'être en tous ses actes ratifiée dans le ciel,

C’est donc dans la personne de Pierre, la magistrature absolue, placée au sommet de l'organisme spirituel que Jésus va créer, et par lequel il perpétuera sur la terre sa présence et son action.

Durant la dernière cène, à la veille de sa mort, Jésus

vient de prédire à Pierre sa chute déplorable, mais il ajoute aussitôt : ‘ Simon, Simon, voilà que satan a demandé à vous passer au crible cenme du froment. Mais moi, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point. Et loi, une fois converti, soutiens et affermis tes frères. ?’ 4

Ce sont tous les apôtres qui seront exposés aux fureurs de Satan. C’est pour Pierre spécialement que Dieu le Fils prie son Père dans le ciel. Sa prière est divinement efficace. Il demande pour le chef qu’il s’est choisi la fermeté infaillible dans la foi, afin que jamais il ne connaisse pour lui-même l’ébranlement, ni l'erreur. Il veut de plus qu’il soit le soutien de tous ses frères dans l'Eglise, qu’il garde contre les assauts de l’enfer, l’intégrité doctrinale des pasteurs qui enseigneront avec lui, et des fidèles qui les suivront. C’est, avec le magistère authentique, l’infaillibilité dans la possession et l’enseignement de la vérité et dans la conduite des âmes, qui sera garantie par Dieu lui-même, accordant au Sauveur en ce moment solennel l’objet de sa prière.

Le voilà donc ce Pierre, homme ineulte et grossier, ignorant et inconnu, d’origine si obscure et de profession si humble, ce pêcheur maladroit, ce disciple si faible, si craintif, qui tout-à-l’heure ira jusqu’à renier lâchement son maître, le voilà couvert de promesses qui bientôt réalisées feront de lui, dans la primauté de l'honneur et de la juridiction, le chef suprême et infaillible de la Sainte-Eglise de Jésus-Christ.

“ Luc, c. xxrx.

Il en est établi dès lors le fondement.

Sans doute, comme le dira l'Esprit Saint, tous les apôtres sont dans les fondations de cet édifice divin “Le mur de la cité a douze fondements et sur ces douze fondements sont écrits les noms des douze apôtres de

l’agneau. *’ 5

Oui, mais parmi ces pierres, il en est une spéciale qui unit toutes les autres, et qui à part et d’une façon prééminente sera la base véritable décrite par le prophète : ‘* Voici que je poserai dans les fondements de Sion une Pierre éprouvée, une Pierre angulaire, une Pierre précieuse, une pierre stable et fondée sur le fondement.’ °

Ce fondement antérieur, c’est à la vérité Jésus-Christ lui-même: Aucun autre ne saurait être substitué à celui-là ; la pierre première c’est vraiment le Christ.

Mais pour la société humaine, que sera l'Eglise, cette pierre sera cachée dans les profondeurs invisibles de la divinité. A elle viendra donc se souder le fondement visible que tous pourront apercevoir et reconnaître,

celui que Jésus aura fixé en complétant son oeuvre.

L'architecte divin a tracé les plans de l'édifice, il va maintenant procéder à leur exécution.

Page 1