VI PRÉFACE
sent être, où un thème mélodique est simplepleraent renforcé ou soutenu par des unissons, des basses -pédales, des sourdines, dont le murmure monotone échappe à la mesure et au rhylhme. Dans un tel concert, et la musique non harmonique n'en peut produire d'autres, la mélodie est tout : seule, elle a des lois, des cadences, un mouvement ; les bruits qui l'enveloppent ne sont point un véritable accompagnement, ils ne sont que le fonds sonore. Fattnosphère lourde et immobile qui soutient les ailes de la pensée musicale.
La mélodie, qui est le dessin musical, devait prendre les allures les plus libres chez les Grecs. Les caractères et la richesse de leurs échelles diatoniques trouvent une explication ralionnelle dans les phénomènes qui dominent ce qu'on pourrait nommer la genèse des gammes. La musique entière est enfermée dans un son; elle en sort par une façon d'embryogénie naturelle. Le son, on le verra, n'est point chose simple; il porte en lui-même une série d'harmoniques. Cette série engendre la série hiérarchique des consonnances : celles-ci étant données, la gamme se trouve créée ou du moin»
appuyée sur ses bases fondamentales.
PRÉFACE. Yti
Ëûtre les soleils fixes de la constellation sonore, le génie particulier des peuples se borne à placer des satellites divers, plus ou moins espacés, plus ou moins nombreux. Tant que la musique reste mélodique, la constellation sonore peut prendre des figures diverses : quand des instruments divers se font entendre ensemble et à des intervalles mobiles, l'harmonie fait sentir rigoureusement ses exigences : la tonique devient le centre des mouvements de l'orchestre et la musique n'admet plus que les intervalles qui en fassent sans cesse sentir la présence. La musique harmonique, qui s'est essayée d'abord dans les chœurs religieux, sur Torgue, dans les canons, les fugues, a atteint ses moyens d'expression les plus puissants et les plus variés dans l'opéra, l'oratorio et la symphonie. On ne devine point ce qui pourrait être ajouté encore aux ressources qu'elle possède aujourd'hui.
Mais l'avenir de ce bel art, dont l'empire s'étend chaque jour sur les âmes, s'enveloppb cependant de quelques incertitudes.
En premier lieu, la musique est-elle bien un art qui doive et puisse se suffire à lui-mémo et qui possède une indépendance égale à celle de l'architeclure, do la sculpture, de la oein-
VJil PRÉFACE.
tureî ou bien rharmonie doit-elle rester la servante ou rinterprète de la pensée religieuse, dramatique ou lyrique? Cette discussion, ouverte dans le siècle dernier, ne semble pas encore close. Les plus grands génies modernes ont tous sacrifié à Topera, et Topera a un caractère ambigu, demi-musical et demi-littéraire.
Pour nous, il nous paraît que si Topera a quelque supériorité sur la symphonie, elle le doit surtout au charme incomparable des voix humaines, qui de tous les instruments resteront toujours les plus souples et les plus expressifs ; il doit peu de choses aux paroles, au livret, dont la banalité contraste si souvent avec la sublimité de la pensée musicale. Réciproquement, la musique déshonore plutôt qu'elle n'ennoblit la grande poésie, car la pensée littéraire ne doit pas être étouffée dans le bruit. On n'imagine point Corneille, Racine, mis en duos, en trios ; les chœurs A'Athalie de Mendelssohn ne tirent aucune valeur des paroles du poète, et produiraient autant d'effet sur les vers les plus médiocres. On verra dans ce livre que la voix humaine atteint son maximum d'effet harmonique, suivant la hauteur du son, sur des voyelles