‹ La voix, l'oreille et la musique (volume 2)Chapitre 6 sur 6 · LAU6EL · texte numérisé non relu

LAU6EL

I4tt 1HE U MCSIOUS HARHOMIQtB.

absente, mais où ce défaut est racheté par des atermoiements habiles entre les modes majeur et mineur, que rendaient plus facile la multi^ plicité des modes cléricaux.

L'accord parfait majeur, le plus tonique de tous, établit pourtant si bien sa prééminence que jusqu'à une époque assez rapprochée de nous, il fut de règle de terminer sur cet accord un morceau même écrit en mineur. L'accord parfait mineur ne sembla pas assez pur pour l'impression finale et suprême, parce qu'il renferme une tierce qui n'est point au nombre des harmoniques naturelles de la tonique (i). Aussi

(4) lé gAnrs ou mode mijeur a dos propriété bftrmnnt(|ttél exrcfiiioiinellês; (ous les accordi qu'un compose en ; faisant eiitror les unes après les autres les notes qui ont des parentés de conionn)iico avoo la ionique se t^ouvent être des accords par/^its, Aoil de 11 tonique, soil de la quinte ou dominante, soit de la quarlo on ^ons dominante. Le mode mineur n'a qu'un accord paifjit, qui se pO!«e sur la quinte et qui rappelle slots >c mode majeur. Suf eenl airs i opulnirts, il y en a quaire-viirgt dix^neuf en majeur : car roreille peu exercne a h^soin des ai-cotds les plus Craiics, les plus to..i>pies. Le m neui\ à cuu^e du mél «nge d'accords parrails el d'accords iaiparlaiis, a un air de mystère L:) tonalité particulière du m ijpur ti nt encore à ce qu'il possède dans su ^eptièrae, dlteaugmenléo, uMiemibUt c'est-à-dire une note plus TOtsmedô

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Haendel supprime-t-il souvent cette tierce dans raccord final. Sébastien Bach ne termine pai! raccord mineur que des morceaux légers, des préludes; ses morceaux importants, fugues et chorals, reposent tous, même s'ils sont en mi* neur, sur la base tranquille de l'accord majeur* Mozart traite avec le même respect ses compo* sitions religieuses; après avoir troublé Tâme par une harmonie mineure, il la rassérène par une terminaison majeure ; à moins, comme dans le Dies irœ^ qu'il ne veuille pousser jusqu'au bout l'expression de la douleur et de Tangoisse. Ce ne sont point là de prétentieuses subti-»

lités : quiconque ne sent pas ces nuances déli-* cates doit renoncer à s'occuper de musique ou se contenter des grossiers plaisirs du rhythme et des plus vulgaires mélodies. Les grands chanteurs italiens poussèrent très-loin la science des accords : la voix était beaucoup plus propre qu'aucun instrument à développer le sens harmonique, car, nous l'avons dit, il n'y

la tonique que ne Tont les autres modes ; cette sensible prépafd constamment l*oreiUe au retour de la tonique.

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a pas de sons qui soient plus riches et plus remplis de notes harmoniques que ceux qui sortent du gosier humain. Dans les chœurs de Palestrina et dé ses contemporains, on ne trouve qu'une série presque non interrompue d'accords consonnants ; les accords parfaits sont toujours posés de façon à produire le maximum d'effet harmonique (1). Les accords dissonants étaient semés avec grande parcimonie. Il en résulte une douceur idéale, une pureté tout angélique. Mais une. sensibilité vulgaire a peine à les goûter, car on n'y trouve point les rudes et perpétuels contrastes de la musique moderne qui fait saillir la consonnance par la dissonance, comme un dessinateur produit des effets de lumière avec des ombres.

Du wv siècle au xvm* siècle, le sentiment de la parenté des accords ou de leur relation

(1) L'ordre des trois modes qui composent un accord n'est point chose indifférente : les musiciens italiens l'avaient découvert avant que Rameau en donnât la raison. L'accord ut^ nU, toi ne produit pas exactement sur Toreille le même effet que ftij, sol, ut^ ou sol, iU^ mi. Gela se comprend si l'on se rappelle que chaque note est véritablement un concert d'harmoniques.

avec la tonique se développe graduellement.

Les faisceaux ou groupes harmoniques se mul* tiplièrent comme autrefois les notes qui sont les éléments simples de la mélodie. On apprit à soutenir une mélodie par l'accompagnement des accords : le récitatif fut la première expression réelle de la musique harmonique. Ce ne fut d'abord qu'une imitation de l'antique déclamation. Cette fonne musicale nouvelle fut inventée vers 1600 par Jacob Péri : l'opéra naît au xvu* siècle sous l'influence de l'admiration des anciens; on y môle les chœurs et les chants solo^ soutenus par Taccompagnement.

Cette dernière innovation est due à Claudio Monteverde et à Yiadana. Aves ces compositeurs apparaissent, pour la première fois, sur les partitions, les basses dites chiffrées (1) : l'idée de l'accompagnement harmonique subordonné au mouvement de la mélodie devient de plus en plus familière.

(1) Chaque accord est représenté par ua chiffre ou une combinaison de chiffres et de signes. Il y a ainsi une sorte d'alphabet harmonique qui abrège la besogne du compositeur.

iftO DE LA MUSIQUE HAHMOMIQUE.

Mais Rameau, on peut le dire, est lé véri«* table créateur de la grande musique : il fonda toute la théorie de raccompagnement et des accords sur la résonnauce multiple et harnio* nique ; assignant à toutes les notes qui suivent la mélodie le devoir de reproduire, autant que. possible, ou la sensation ou le souvenir des harmoniques de la tonique. 11 comprit que tout le mouvement sonore doit s'opérer autour de cette dernière, et que les chœurs, les instruments, les voix, doivent la conserver comnie centre, comme pôle. De cette façon, non-seulement les notes, mais les faisceaux harmoniques forment comme autant de planètes qui sont soutenues par l'attraction continuelle du soleil central, les dissonances sont analogues aux perturbations qui détournent des planètes de leur route, sans cependant modifier la direction générale de leurs orbites.

Il m'est impossible de suivre Rameau dans le détail des lois qu'il a posées dans ses ouvrages, auquel son temps, faute de les bien com-f prendre, n'a pas rendu ample justice. Je dirai

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seulement que Tanalyse de M. Helmholtz, fa^ cililée par la connaissance aujourd'hui précise et achevée des harmoniques, les a toutes justifiées. Il a trouvé des raisons physiques à Tappui des règles qui gouvernent le mouvement des basses fondamentales, la préparation et la réso- • lution des dissonances, les cadences, Tentre-^ lacement des tons, les modulations. Il me suffira d'indiquer quels sont devenus, sous Tempire des lois de Tharmonie, les caractères principaux de la musique. On peut les résumer ainsi : l' exclusion de tout autre mode que le» modes majeur et mineur; 2* prédominance de la tonalité; 3** multiplication des dissonances. L'harmonie a dû forcément choisir le mode majeur pour sa gamme favorite : c'est celle, en effet, où les harmoniques naturelles composent les accords et où, par conséquent, les parentés des notes auxiliaires avec la tonique sont le plus visibles. Le ton mineur a été conservé parce qu'il réveille constamment et spontanément des consonnances majeures : tous les autres modes ont été sacrifiés, parce que leurs

relations toniques sont trop obscures et trop indécises. Le sens de la tonalité a été fortement affiné par l'emploi constant de la sensible, qui^ depuis Rameau, a joué un rôle de plus en plus important. Cette note, jadis dédaignée comme la moins intimement alliée au son fondamental, en est devenue, en quelque sorte, le complé-. ment nécessaire; elle l'annonce par sa dissonance même; elle fait tache et ombre à côté de la tonique, mais la met ainsi mieux en relief. C'est que notre esthétique musicale a pris goût aux contrastes , aux oppositions et y cherche ses plus puissants moyens d'expression. L'harmonie s'est laissée de plus en plus envahir par les dissonances : les accords consonnants, qui jadis formaient la majorité, sont aujourd'hui en minorité. Ce phénomène ne tient pas seulement à une sorte de romantisme musical, il a une cause profonde dans ce que l'on nomme le tempérament. U faut expliquer cette expression : dans la gamme majeure pure, il n'y a pas deux intervalles rigoureusement égaux. Si, dans une série d'octaves, on voulait

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conserver pures^ c'est-à-dire fidèles aux vrais intervalles harmoniques, toutes les octaves, toutes les quintes, toutes les quartes et les tierces, on se heurterait à des diflScultés presque inextricables : on a jugé plus commode de résoudre brutalement le problème en conser- .vaut purs les intervalles d'octave pour satisfaire au principe de la tonalité, et en subdivisant l'espace de chaque octave en parties égales. C'est comme si une main toute-puissante pouvait, dans le système solaire, ranger toutes les planètes en file régulière et à des distances égales. L'octave du piano se trouve aujourd'hui divisée en douze intervalles égaux. On comprend que dans leur déplacement les notes s'altèrent; il y a une fraction minime entre les rapports vibratoires des notes tempérées et ceux des notes vraies, des notes harmoniques. Les quintes sont sacrifiées aux octaves ; elles deviennent impures, de môme que les quartes ; le même inconvénient se produit pour les sixtes et les tierces, moins toutefois que dans la gamme pythagoricienne. M. Helniholtz calcule

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que la quinte fausse du piano produit aveo la quinte vraie, comprise harmoniqueraent dans la tonique, un battement par seconde; les quartes ne produisent de môme qu'un battement par seconde; on comprend que cela ne suffise point pour altérer Vharmonie, pour peu que lo mouvement des notes soit un peu rapide. Les tierces et les sixtes fausses engendrent des notes basses de combinaison qui s'entendent surtout sur l'harmonium et le violon et qui blessent des nerfs très-délicats.

L'oreille ne s'est habituée aux perpétuels à pou près du tempérament qu'au prix d'une partie de sa sensibilité naturelle. Par son extrême simplicité, le système a rendu d'immenses services : il a facilité le travail et de la composition et de l'instrumentation. Il a permis de moduler, c'est-à-dire de passer d'un ton à un autre avec une flexibilité et une aisance parfaites. Mais on comprend bien qu'il ait fallu racheter par quelque côté ce que l'on perdait en pureté harmonique : on a dû chercher un stimulant pour la sensibilité blessée, on l'a trouvé

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dans les dissonances, et voilà pourquoi leur influence est deveaue prépondérante et presquQ tyrannique.

Le tempérament a d'abord été appliqué au piano et, faut-il s'en féliciter ou en gémir, il a établi son empire avec d'autant plus de facilité que ses inconvénients sont, sur cet instrument, réduits au minimum. liCS mauvais tons de combinaison qu'engendrent les tierces dans les octaves supérieures peuvent être trèsaffai* blis, quand on amollit les touches du haut de rinstrument. Toutes les dissonances y sont moins sensibles parce que le son, une fois la corde frappée, va en mourant. Beethoven a pu employer dans ses sonates des dissonances qui, sur tout autre instrument, mettraient roreillo à la torture. La fausseté du piano qui ne peut so sentir dans les mélodies, dans les accords eu nrprge, dans le rhythme prompt,. devient néanmoins assez sensible dans les chaînt^s d'acconis très-lents. Sur Torgue, le tempéraineiil (!st détestable dans les regislrcs aigus; il en est do même sur l'harmonium. Les inslrunieiils d Vu»-

chestre peuvent un peu modifier leur hauteur : les violons sont les instruments libres par excellence, et il est encore de tradition de les accorder sur la consonnance de quinte : les ^ands artistes ne cherchent point à asservir leur jeu a.nx mauvaises consonnances tempérées , et comme d'instinct, leurs doigts trouvent toujours les intervalles les plus purs (1). On peut en.dire autant des grands chanteurs, mais malheureusement les grands chanteurs deviennent rares, et Ton peut attribuer, en partie, ce résultat à l'importance ridicule et malheureuse que le piauo a pris dans l'étude du chant. La voix humaine, le plus bel instrument qu'il y ait au monde et le plus riche en harmoniques, est devenue l'esclave d'un instrument dont toutes les consonnances sont faussées.

Dans les écoles italiennes, dans les églises du xvi* siècle, la science de l'harmonie sortit du

(1) On ne saurait assez réprouver le jeu tremblé de la plupart des violonistes ; mais cette habitude vient sans doute de ce que l'artiste oscille saos cesse entre les notes tempérées et les consonnances pures.

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chant lui-même; rien De nous rend plus au* jourd'hui Texquise fraîcheur, la pureté angélique des intonations spontanées de la voix humaine. L'harmonie s'est asservie à un instrument banal : la pureté naturelle de la voix humaine est laborieusement et systématiquement flétrie. Oh nos chanteurs modernes pourraient-ils apprendre leur art? il n'y a que la voix qui puisse bien guider la voix : on la mène au contraire avec des instruments qui troublent perpétuellement le chanteur. On le soutient à l'aide d'accords où tous les éléments sont légèrement inharmoniques; de sorte qu'il ignore avec quelle note il doit se mettre en consonnance. 11 résulte de ce trouble perpétuel de l'instinct, que la voix ne sait plus où se poser : elle a de plus en plus besoin de l'accompagnement et l'accompagnement altère de plus en plus son assurance et sa pureté natives. Sur les plus grands théâtres de musique, on ne trouve plus de chanteurs qui sachent s'appuyer réciproquement sans le secours des instruments; ce morceau admirable de Don Juan^ le T?io des mu^--

^es, ne passe pour ai difScile que parce que les voix y sont livrées à elles-mêmes : il n'eût, sans doute, offert aucune difficulté aux anciens chanteurs italiens. C'est parce que Mozart avait encore eu l'occasion de faire des étude» corn* plètes sur la composition vocale, que son harmonie a un caractère si adorable et des séducH tions si irrésistibles.

Cet avantage a manqué à Beethoven; il a moins pensé à Tinslrument sonore humain qu'à l'instrument artificiel de Torchestre : $on génie, qui d'abord s'était inspiré de la musique de Mozart, a cherché des routes nouvelles à mesure que la surdité l'a privé davantage du plaisir d'entendre la voix humaine ; il a jeté dans Torchestre un mouvement nouveau, cherché des moyens d'expression dans le trouble même, dans l'agitation, dans la ronfusion, dans l'acuité des dissonances; le vague majes^ tueux, la terreur, 1 inattendu, la majesié, la tendresse blessée, la désespérante mélancolie de ses œuvres les portent à des hauteurs où la critique ne peut atteindre et qu*elle doit respec-

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tueuiement contempler. Il y a un sublime an musique comme dans les autres arts.

On entend parler quelquefois d'une musique de l'avenir. S'il y a un sens dans ce mot prétentieux, quel peut-il être? La musique moderne étant une musique harmonique, doit il être question de sacrifier la mélodie? Il ne faudrait point jouer sur le mot d'harmonie :

toute musique est harmonique quand elle cesse de se contenter d'une succession de sons solitaires. Mais l'harmonie elle-même n'a d'autre objet que d accompagner, de soutenir une phrase musicale, une mélodie.

Le sens mélodique est si naturel à l'homme qu'il ne peut avoir souvenir d'un morceau musical, si complexe qu'il soit, que sous forme mélodique. Il est bien vrai que les grands harmonistes obtiennent quelquefois des effets sur*prenants avec la phrase la plus simple, répétée à différentes hauteurs et enveloppée de riches accompagnements; mais le ûld'or de la mélodie reparaît toujours, si frêle qu'il soit d'ailleurs, au milieu des moires flottantes, des plis,

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des broderies mouvantes de F harmonie. Quelle douceur de distinguer dans le tumulte de l'orchestre, parmi les battements d'aile des arpèges, les grondements des basses, les frémissements passionnés des violons, la voix tendre et timide du hautbois, ou de la flûte. Jamais Beethoven, qu'on peut appeler le premier des harmonistes, n'a étouffé la mélodie sous le cri brutal de Taccompagnement ; en même temps qu'elle ébranle les sens, sa musique parle toujours à ta pensée. Si la musique rêve un avenir nouveau, elle ne doit, ce semble, le chercher que dans le retour aux consonnances pures et dans le sacrifice du tempérament. C'est dans cette voie que M. Heimholtz cherche à la pousser* Rien ne serait plus facile que de ifamener les instruments à cordes à l'emploi des consonnances pures ; les cors et les trompettes dont les notes sont déterminées par la division spontanée d'une colonne d'air sont forcément voués aux bonnes consonnances; restent les instruments à anche, les instruments à vent et les instruments de cuivre où la colonne d'air vibrante est artifî*-

ciellemeut délimitée, l'orgue, rharmonium et eafin le piano. Mais comment réformer le piano qui a fait tout le mal? Quel musicien osera déclarer la guerre à c^t instrument démocratique, qui a introduit partout le goût de la musique, qui n'étant ni trop mélodique, ni trop harmonique, se prête à une sorte d'interprétation banale, et pour ainsi dire moyenne de toutes les œuvres musicales? M. Helmholtz a pris la peine de construire un orgue-harmonium qui n'est point asservi au tempérament : s'attachant à conserver autant que possible les intervalles purs de tierce, il a réussi à obtenir sur son instrument quinze accords parfaits majeurs et mineurs où les grandes tierces sont pures; les quintes demeurent un peu trop hautes, mais elles sont plus près de la quinte pure que sur les instruments tempérés. Je regrette de n'avoir point entendu M. Helmholtz jouer de son harmonium; mais je ne doute point que les modulations n'y deviennent plus expressives, que l'oreille n'y goûte mieux le passage des dissonances aux accords consonnants« Malheureu-

tas DE U I1I18IQUK HABMONIQUB.

sèment on ne peut obtenir les consoonances pures qu'au prix d'une plus griande complication matérielle de l'instrument. Le piano séduit sur^ tout par la simplicité de son clavier : mais s'il est difficile d*espérer que le public y accepte des complications nouvelles, on obtiendra peutêtre que les constructeurs d'orgue renoncent au tempérament qui déshonore le jeu de ce noble instrument sans le rendre facile : on peut sç flatter que quelque jour Torcheslre retrouvera aussi des consonnances pures, quand les instruments à corde y reprendront la primauté que leur disputent aujourd'hui bruyamment les cuivres. Mais le goût musical ne se réformera véritablement que lorsque les écoles de chant banniront tous les instruments tempérés et raffermiront la voix humaine en Tobligeant à chercher un guide dans ses propres harmoniques. Les sociétés chorales peuvent rendre à ce point de vue des servic^es éminents à la condition qu'elles soient dir igées par des hommes de goût, et qu'on les habitue à jouir des belles consonnances plutôt que des oppositions puériles entre

le forte et le piano; le clair-obscur n'est pas tout Tart, pas plus en musique qu'en peinture. Nos chœurs modernes croient avoir atteint le suprême de la perfection quand ils font succéder des chuchotements à des éclats de voix formidables; chanter juste n'est trop souvent que leur préoccupation secondaire. Comme le romantisme littéraire, le romantisme musical s*est trop enivré de lui-même; il est temps qu'il retourne aux sources pures d'où doit découler toute harmonie, comme toute mélodie.

La musique exige des études aussi sévères, aussi sérieuses que la peinture ou la sculpture : elle ne peut point se passer d'un idéal; elle doit choisir des éléments dans les consonnances les plus parfaites, comme le sculpteur choisit un marbre de Carrare sans veines et sans taches; elle doit composer sa gamme d'accords harmoniques, avec autant de soin que le peintre compose sa gamme de couleurs. Le reste est, pour elle comme pour les autres arts, l'affaire du génie.

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