ACTE TROISIÈME
ici, que je te tiens cachée dans ce pauvre garni de Charing- Cross, jamais un mot de plainte n’est sorti de la bouche... Et c’est ce qui me désole, vois-tu, j’aimerais mieux entendre les reproches. (Elle s’assied près d’Ilélèno sur le pelit tabouret.)
HÉLÈNE
Des reproches!... grand Dieu I... des reproches, à vous!...
SARAH
Se plaindre, ça soulage... tandis que renfermer tout en soi-même, dévorer ses larmes, ses chagrins...
HÉLÈNE
Mais je vous assure, mère, que je suis heureuse.
SARAH
Pauvre enfant! (Lui preoant les mains.) Comme tes mains sont froides!... Tu n’es pas malade, au moins, ma fillette?...
HÉLÈNE
Non, mère.
SARAH
Laisse-moi les baiser, ça les réchauffera. (Elle courre de baisers les mains d’Hélène.)
HÉLÈNE
Que vous êtes bonne!... Allons, ne vous désolez pas, mère!... Dieu ne peut nous abandonner, il aura pitié de nous...
SARAH, se lorant.
Ahl il est temps qu’il vienne à notre secours! Toutes nos faibles ressources sont épuisées!... (Regardant de tous côtés.) Rien !... plus rien !...
HÉLÈNE, arec une feinte gaité.
Bahl nous finirons par trouver de l’ouvrage, nous gagnerons de l’argent...
SARAH
Mais eu attendant?...
HÉLÈNE
Madame Maggy, notre hôtesse, ne refusera peut-être pas de nous (aire encore crédit...
SARAH, à part.
Si elle savait que ce matin même, elle m’a menacée de nous renvoyer... (Haut.) De l’ouvrage!... C’est à peine si j’ose sortir pour en demander... je crains que ceux qui te cherchent sans doute, ne viennent à découvrir notre demeure... Hier au soir, en sortant d'un magasin du Strand, où j’espérais obtenir du travail, il m'a semblé que j’étais suivie.
LA VOLEUSE D’ENFANTS
HÉLÈNE
Ah! mon Dieu!...
, SARAH
Qu’allons-nous devenir?... Ali I si j’étais seule, ça me serait bien égal, val. . J'ai l’h ibitude du malheur, moi... mais toi qui as été élevée dans l’aisance, dans la richesse... toi qui n’avais jamais manqué de rien, et qui aujourd’hui... (Arec désespoir.) Ah! liens, vois-tu, Jane, il y a des moments où, quand je regarde ton pauvre visage si pâle, les joues amaigries, j’ai envie de...
HÉLÈNE, inquiète.
De quoi donc, mère?...
SARAH
Eh bien! de... d’aller trouver ce lord à qui je t’ai enlevée, et de lui dire : tenez, je vous la ronds, reprenez-la... et qu’elle vive !... qu’elle vive !...
HÉLÈNE, se levant et coarant à elle.
Nous séparer!... oh ! jamais!... jamais, ma mère!... (sue
l’étreint dans ses bras.)
SARAH, avec au cri de joie .
Ah! tu m’aimes donc?
HÉLÈNE
Si je vous aime?... Mais, avant même de savoir que j’étais votre fille, je vous aimais déjà... dès la première fois que je vous ai vue, j’ai senti mon cœur se fondre en une tendresse inconnue... Si je vous aimel...
SARAH, la serrant dam ses bras.
Ah tça console, ces choses-là!.. . ça console I
HÉLÈNE
Et vous iriez me rendre à celui qui voulait contraindre mon cœur I... à l’homme qui, pendantquinze ans, m’a privée de votre vue, de votre affection, de vos caresses... à l’homme qui m’a volée à vous... car... il m’a volée, n’est-ce pas, mère?... vous me l’avez dit...
SARAH, avec embarras.
Oui... oui... volée... tout enfant... au berceau... pendant une absence que j’avais été forcée de faire...
HÉLÈNE, lui prenant la main.
Eh bien! maintenant que nous sommes réunies, il ne faut plus nous quitter... Les privations, la pauvreté... bah!... qu'est-ce que cela?... Je suis la fille d’un matelot, moi !... Je sais être forte contre la tempête... L’orage gronde... Eh bien! laissons passer l’orage, mère, et attendons le ciel bleu I
Di