PROLOGUE
DANIEL
Jure-moi qu’ils ont menti!
SARAH, riant.
Ah! ahl je te le jure, va!...
DANIEL, loi prenant les mains.
Jure-le-moi sur ta fille... tu sais qu’un faux serment porte malheur; tu sais que si tu blasphèmes, ta fille mourra.
SARAH
Ma petite Jane!
DANIEL, lai tenant toujours les mains.
Jure-moi sur elle maintenant, que ces hommes ont menti, (sarah demeure immobile.) Tu gardes le silence?... Sarah, pourquoi ne jures-tu pas?
SARAH, dégageant ses mains.
Parce qu’il y a assez d’anges dans le ciel, et que je veux garder ma fille.
DANIEL
Malheureuse! c’était donc vrai?
SARAH
Pourquoi appellent-ils cela un crime d’abord? je ne tue personne. Est-ce que jamais j’ai versé le sang des autres?
DANIEL
Mais arracher des enfants aux caresses, aux baisers de leurs mères...
Eh bien! est-ce que je les connais, moi?... Je te parle à cœur ouvert, Daniel, tu ne me trahiras pas, parce que tu es mon ami et qu’ensuile, les pasteurs gardent les secrets qu’On leur confie... je veux être riche, non pour moi, mais pour Jane... je ne veux pas que ses petits pieds aillent tout nus dans la neige, comme les miens... quand j’étais à Clifdon... je ne veux pas qu’elle tende la main aux passants, comme je la tendais, moi ; je ne veux pas qu’elle ait faim et soif, comme j’avais faim et soif, moi; que m’importent les enfants des autres!... que les mères pleurent et deviennent folles, que m’importe 1... pour moi, il n’y a au monde que ma fille... c’est le bonheur de ma fille que je veux, je le
K aierais de mon âme et de mon sang, entends-tu?... eh ien! je peux bien l’acheter avec les larmes des autres mères !
DANIEL
Non, tu entendras ma voix et mes prières... ton cœur
inflexible se laissera attendrir! Sarah, on attend le retour du Nelson, le navire sur lequel Adams est parti. Adams revient pour t’épouser.
SARAH
M’épouser!... qui lui demande cela?
DANIEL
Ne laimes-tu donc plus?
Si !... Je lui ai été fidèle, depuis son départ.
DANIEL
Eh bien I lu ne veux donc pa3 donner un père à ta
SARAH
Un père ? pourquoi?...
DANIEL
Pour la protéger.
SARAH
La protéger!., est-ce que je ne suis pas là. moi, sa mère ?
DANIEL
Ainsi, tu refuses d’épouser Adams ?
SARAH
Oui... si je l’épousais, il aurait des droits sur Jane. Si nous nous séparions, lui et moi, pour un motif ou pour un autre, il voudrait peut-être la garder... D’ailleurs, que faut-il pour la rendre heureuse?... de l’argent... j’en ai, et j’en aurai encore bien davantage.
DANIEL
Mais cet argent est maudit.
SARAH
Hé doncl que je sois maudite et que Jane soit riche!
DANIEL
Prends garde, toi qui n’écoutes pas les sanglots des mères, prends garde, un jour peut-être, c’est à deux genoux que tu demanderas pardon à Dieu.
SARAH, avec un orgueil sauvage.
Je ne me suis jamais agenouillée, Daniel ; je ne m’agenouillerai jamais.
DANIEL
Dieu fait chanceler les plus forls et les jette devant lui, le front dans la poussière... Au revoir, fasse le ciel que tu ne sois pas punie !