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La Volonté de croire

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pour tous les pays.

by Ernest Flammakion

« L'humanisme, dit un disciple de William James% consiste à apercevoir que le problème philosophique concerne des êtres humains, luttant pour comprendre un monde d'expérience humaine par les ressources de l'esprit humain... Il demande à la philosophie de prendre pour prémisses la nature intégrale de l'homme, et pour conclusion sa satisfaction complète, d'écarter les abstractions qui l'éloignent des vraisproblèmes de la vie....; d'embrasser toute la richesse des intelligences individuelles au lieu de lesréduire à un seul type immuable, toute la richesse psychologique de l'esprit humain et la complexité de ses intérêts, de ses émotions, de ses volitions, de ses aspirations, alors même que cette méthode substituerait une complexité concrète à la simplicité de l'abstraction. »

Il semble que cette définition de l'humanisme traduise assez fidèlement la pensée générale de William James, Elle s'élève tout d'abord contre cette opinion tr<»]> répandue qui consiste à attribuer à la connaissance abstraite, à la spéculation pure, une valeur intrinsèque, comme si celle-ci pouvait subsister par ellemême, comme si elle pouvait être détachée de Tactioa

1. Schiller. Sludies in humanism, p. 12 (Macmillan, Londres).

J PREFACE Df TRADUCTEUR

qui conslilue notre raison de vivre ^ Et, d'autre part, cette action elle-même n'est rendue féconde que par la coopération de toutes les forces de notre moi : pour comprendre la vie présente dans son mouvement incessant et pour organiser l'expérience, l'homme doit l'aire appel à tous les éléments constitutifs de sa nature psychologique, à ses souvenirs passés comme à tout le cortège des sentiments, des impressions, des sensations, qui le mettent en contact avec le monde extérieur.

Mais il y a, en outre, au fond de chacun de nous tout un groupe d'impulsions obscures, d'aspirations secrètes, de désirs inquiets, dont il faut tenir compte parce qu'ils représentent également des instruments de connaissance et d'action; et peut-être même ces états de conscience possèdent-ils une valeur particulière précisément parce qu'ils nous permettent de dépasser la minute présente et de donner une direction générale à nos efforts. Cette préoccupation de l'avenir, ce besoin de substituer aux images mortes du passé la recherche d'un infini vivant, de donner à nos pressentiments la solidité de la certitude, de défendre les raisons du cœur même contre les raisons de la raison, caractérise les dix essais que nous publions ici. Le problème religieux y occupe une place prépondérante; lui-même est strictement associé à la question morale et à la question du libre arbitre.

Ce sont là, dira-t-on, des controverses anciennes €t sur lesquelles les philosophes pensent avoir ■échangé tous les arguments imaginables. Cependant, aucune d'elles n'a été définitivement résolue : « il ne saurait exister de vérité finale aussi bien dans le domaine moral que dans le domaine physique, tant que le dernier homme n'aura point déroulé le fil de ■son expérience, tant qu'il n'aura pas dit son dernier

1. -t L'oiicnlation de notre conscience vers l'aciion paraît ôire la loi fondanitutale de noire vie psychologique. » (Bebcsos, Matière et Mémoire, p. 197.)

PREFACE DU TRADUCTEUR é'

mot »^ Il faut donc accueillir toutes les contributions^ personnelles, parce qu'elles peuvent apporter une lumière nouvelle et nous rapprocher de la vérité. Ceux à qui la pensée de W. James est familière se plairont à retrouver ici les principes généraux de sa, théorie de la connaissance, et surtout cette conception particulièrement élevée de la nature humaine, doses devoirs, de ses droits et de ses forces.

La théorie pragmatique de la connaissance s'applique à saisir l'activité mentale au moment même où elle remplit ses fonctions; elle s'exerce sur des exemples individuels et concrets, elle n'accepte jamaisune définition in abstracto. Pour un pragmatiste, un concept demeure sans signification si on le sépare de l'être pensant, un fait n'apparaît digne d'être retenu que s'il se rattache à un dessein, une vérité ne présente d'intérêt que si elle se rapporte à un sujet. Toute logique est une logique personnelle, et 1' « on ne discute pas un problème en termes absolus, mais en termes relatifs à la conduite de la vie "■^.

Toute proposition devient ainsi comme un organisme vivant, riche de tout le processus psychologique dont il est escorté, des images mentales, des émotions, qui accompagnent la connaissance « comme l'ombre accompagne la lumière »3. Le contenu de cette proposition ne saurait être donné a priori, mais il se déroule dans le temps. Définir un concept, c'est évoquer en effet la série des images concrètes qui enpeuvent représenter l'application, c'est exprimer ses^ conséquences pratiques immédiates ou même indirectes, c'est le ramener à un intérêt humain*. La

2. JoHs Dewev. Stiidies in logical theory, p. 13 (Universily of Chicago).

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